Diesel: des effets sur les fœtus sur deux générations

Le 28 juillet 2016 par Marine Jobert
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Pour la première fois, des chercheurs montrent chez l’animal que l’exposition maternelle chronique aux gaz d’échappement de moteur diesel muni de filtre à particules, pendant la gestation, entraîne des effets délétères sur la croissance et le métabolisme des fœtus en première et deuxième génération.

Quels sont les effets sur les femmes enceintes et leurs fœtus des particules fines émises par les moteurs diesel filtrés lors des pics de pollution? Même si des résultats scientifiques montrent des corrélations entre l’exposition à des polluants atmosphériques et des anomalies cardiaques, ou une diminution du diamètre pariétal, ces réponses restent difficiles à isoler, tant les individus sont exposés par des voies multiples à une soupe chimique. C’est pour cela que Pascale Chavatte-Palmern[1], Rémy Slama[2] et Flemming Cassee[3] se sont associés pour développer un modèle animal qui leur permettrait de mieux cerner les conséquences de l’inhalation chronique par la mère, pendant la gestation, de gaz d’échappement de moteur diesel muni de filtre à particules (comme pour les voitures vendues en Europe). Les résultats sont clairs: effets délétères sur la croissance et le métabolisme des fœtus en première et deuxième génération. Des résultats publiés dans Particle & Fiber Toxicology.

Grâce à la microscopie électronique, les chercheurs ont constaté la présence de nanoparticules provenant des gaz d’échappement de moteur diesel dans le placenta et dans le sang du fœtus. «Cela veut dire que les nano passent à travers la barrière du placenta et vont dans le sang fœtal. On en a aussi trouvé dans le foie et la rate des fœtus pour l’instant», précise Pascale Chavatte-Palmer.

Comme sur le périph’

Le placenta de la lapine étant assez proche de celui des femmes, les chercheurs ont installé des mammifères gestantes dans des tubes (et pas dans des cages, où les animaux se lèchent et sont donc contaminés par voie orale). Ils les ont exposées à partir de trois jours de grossesse, cinq jours par semaine et à raison de deux heures par jour (en deux fois) à l’équivalent «de ce qu’une femme enceinte qui prend sa voiture et va à son travail en prenant le périphérique» respirerait en période de pic de pollution, raconte Pascale Chavatte-Palmer au Journal de l’Environnement. Soit une exposition de 83 microgrammes par mètre cube (μg/m3) sur 24 heures, quand l’Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise de ne pas dépasser 25 μg/m3 pour les particules fines d’un diamètre 2,5.

Vascularisation réduite

Trois échographies plus tard, les lapereaux montrent des signes sans équivoque: le périmètre crânien est plus petit que la moyenne (comme chez  fœtus humain exposé à des pollutions comparables), le tour de taille est «statistiquement limite» et les chercheurs observent une très importante réduction de la vascularisation du placenta, réduisant l’apport de nutriments au fœtus.

Et pourquoi ne pas poursuivre sur la troisième génération? Trop lourd et trop coûteux, mais envisageable à l’avenir si l’alerte lancée par cette étude est prise au sérieux par les pouvoirs publics.

Perturbation métabolique

Les lapereaux femelles exposées in utero devenues matures, elles s’accouplent avec des mâles qui n’ont pas connu les gaz d’échappement. Et là, si aucun retard de croissance n’est observé chez leur progéniture, apparaissent des perturbations dans les échanges d’acides gras. «Or on sait que ces perturbations peuvent entraîner à l’âge adulte de l’obésité ou du diabète, par exemple. Et que d’autre part les gens de petit poids à la naissance ont plus de risque de développer une tension artérielle, de l’obésité, du cholestérol, etc.», détaille la chercheure à l’Institut national pour la recherche agronomique (Inra), qui penche pour une modification métabolique chez cette deuxième génération, causée par l’exposition de la mère aux particules fines. «Le but n’est pas d’affoler les gens, conclut Pascale Chavatte-Palmer. Mais quand il y a des pics de pollution, il faut absolument penser à la femme enceinte.»

 

 


[1] Unité mixte de recherche BDR ‘Biologie du développement et Reproduction’ Inra-Enva.

[2] de l’unité Inserm U823 (‘Ontogénèse et oncogenèse moléculaire’), Inserm/université de Grenoble.

[3] du Center for Sustainability, Environment and Health, National Institute for Public Health and the Environment, Utrecht University.

 



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