Diabète, obésité: la faute à la flore

Le 02 mai 2012 par Romain Loury
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La flore intestinale s'avère un excellent indicateur
La flore intestinale s'avère un excellent indicateur

La composition de la flore intestinale conditionne le risque de maladies métaboliques comme le diabète et l’obésité, selon de récentes études françaises.

«Chaque individu est doté d’une flore intestinale spécifique et d’un métabolisme qui diffère selon le régime alimentaire suivi», explique l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) dans un communiqué. Le régime peut à son tour déséquilibrer la flore, débouchant sur des maladies comme le diabète ou l’obésité.

C’est ce phénomène complexe qu’illustre l’étude publiée dans la revue Gut par l’équipe de Rémy Burcelin, de l’Institut des maladies métaboliques et cardiovasculaires (I2MC, unité Inserm 1048, université Toulouse 3). Des travaux conduits sur des souris génétiquement identiques, nourries avec un régime enrichi en graisses, diabétogène mais non obésitogène.

Après trois mois de cette alimentation, certaines souris développent bien un diabète, tandis que d’autres en restent indemnes, mais toutes demeurent maigres. La différence réside dans la flore intestinale, majoritairement composée de bactéries de type Bacteroidetes chez les animaux diabétiques, de type Firmicutes chez ceux restés sains. Une divergence qui se traduirait par des changements de perméabilité de la barrière intestinale.

Plutôt qu’une conséquence du diabète –ou de son absence-, ces changements en semblent la cause. C’est ce qui ressort d’une autre expérience, au cours de laquelle les chercheurs ont directement modifié la flore par l’ajout de fibres au régime graisseux: «La plupart des caractéristiques physiologiques ont été modulées par l’ajout de ces fibres. Le métabolisme des souris traitées avec ces fibres est proche de celui des souris maigres et non diabétiques», constate l’un des auteurs, Matteo Serino.

S’il semble possible de prévoir la survenue d’un diabète par l’examen de la flore, les chercheurs évoquent la probable efficacité d’interventions nutritionnelles: «Il est possible qu’une supplémentation en fibres, ciblant la flore intestinale, empêche l’apparition de maladies métaboliques comme le diabète, même en cas de régime riche en graisses», avance Matteo Serino.

Au-delà du diabète, l’obésité serait aussi liée à la flore intestinale. Lors d’une autre étude française [1], des souris ayant reçu une greffe de flore prélevée sur des rats obèses le sont devenues à leur tour. La conséquence d’une plus grande prise de poids face à un régime donné, mais pas seulement: ces souris faisaient aussi preuve d’un plus grand appétit, suggérant un impact comportemental de la flore.

Selon l’Institut de veille sanitaire (InVS), 4,39% de la population française était atteinte d’un diabète traité par médicaments en 2009 (derniers chiffres disponibles), soit 2,9 millions de personnes. En raison du vieillissement de la population et de la hausse de l’obésité, ce chiffre a connu une augmentation annuelle de 6% au cours de la décennie 2000.

[1] Menée par l’équipe de Mihai Covasa, de l’Institut Micalis (Microbiologie de l’alimentation au service de la santé, Institut national de la recherche agronomique, Jouy-en-Josas), cette étude a été présentée au congrès Experimental Biology 2012 de la Société américaine de nutrition (ASN), qui s’est tenu du 21 au 25 avril à San Diego (Californie).



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