Diabète: la piste des perturbateurs endocriniens se précise

Le 21 janvier 2016 par Romain Loury
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8% de diabétiques dans le monde
8% de diabétiques dans le monde
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Le diabète n’est-il lié qu’au manque d’activité physique et à l’alimentation? De plus en plus d’études tendent à montrer que d’autres facteurs entrent en jeu. Notamment les perturbateurs endocriniens, selon des travaux présentés jeudi lors d’un colloque [1] sur le sujet organisé à l’Institut Pasteur.

«Nous assistons à une extraordinaire augmentation du diabète», constate Patrick Fenichel, endocrinologue au CHU de Nice. Son évolution défie en effet tous les pronostics: en 2000, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) prévoyait 330 millions de personnes atteintes d’un diabète de type 2 (non insulinodépendant) en 2030 dans le monde. Or en 2013, on comptait déjà 380 millions de diabétiques, soit une prévalence mondiale de 8%!

Certes, il y a des facteurs génétiques, probablement peu importants, et bien sûr la sédentarité, la suralimentation, le vieillissement de la population… mais «ces facteurs ne suffisent pas à expliquer l’augmentation impressionnante de la pandémie diabétique», juge Patrick Fenichel. Et un nombre croissant d’études suggèrent le rôle de facteurs environnementaux tels que la pollution de l’air, les métaux lourds et les perturbateurs endocriniens.

Pour ces derniers, les données épidémiologiques sont désormais bien étayées. Du moins en ce qui concerne les perturbateurs endocriniens persistants, qui demeurent longtemps dans l’organisme: dioxines, furanes, PCB, pesticides organochlorés, etc. Pour les moins persistants, dont le bisphénol A et les phtalates, les études chez l’homme livrent des résultats discordants, tandis que celles chez l’animal pointent plus clairement leur responsabilité.

Le bisphénol A associé à un risque accru

Menée par Fanny Rancière, épidémiologiste au CRESS (Inserm UMR1153, Paris) [2], et ses collègues, une étude présentée jeudi à l’Institut Pasteur étaye l’hypothèse d’un rôle du bisphénol A. Les chercheurs ont étudié la cohorte DESIR, lancée dans les années 1990 sur plus de 5.000 participants afin d’étudier les déterminants du diabète.

Portant sur 755 de ces personnes, l’analyse révèle un risque accru de développer un diabète de type 2, mais uniquement chez ceux en surpoids: chez ces derniers, les chances sont multipliées par 2,18 pour ceux présentant un taux urinaire élevé de bisphénol A-glucuronide, principal dérivé du BPA dans l'organisme.

Déjà observée lors d’autres études sur les perturbateurs endocriniens non persistants, cette divergence selon le poids est difficile à expliquer. D’autant que le surpoids constitue un facteur de risque de diabète. Possibilité «encore très hypothétique» selon Fanny Rancière, les personnes en surpoids ou obèses pourraient être plus exposées au bisphénol A, qui serait stocké puis libéré par le tissu adipeux.

Le bisphénol S aussi?

Encore plus inquiétant, le bisphénol S, l’un des substituts au bisphénol A (celui-ci est interdit dans les contenants alimentaires depuis janvier 2015 en France), pourrait avoir les mêmes effets. Selon des résultats préliminaires de la cohorte DESIR, sa détection dans l’urine serait liée à un risque multiplié par 2,49 de développer un diabète de type 2 par la suite.

Or les mesures ont été prises entre 1994 et 1996, alors que seuls 7,5% des participants présentaient du BPS dans leurs urines. Nul ne sait quelle est désormais cette proportion, un sujet auquel l’InVS pourrait bientôt s’atteler.

[1] Le deuxième colloque sur les perturbateurs endocriniens et leurs effets sur les écosystèmes et la santé humaine se tient jeudi 21 et vendredi 22 janvier à l’Institut Pasteur. Il est organisé par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et de la santé (Anses).

[2] CRESS: Centre de recherche épidémiologie et statistique Sorbonne Paris Cité.



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