Développement durable: la société civile se rebiffe

Le 05 mars 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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19 ONG, syndicats et mutuelles présentent un projet de société.
19 ONG, syndicats et mutuelles présentent un projet de société.
VLDT

 

Alors que le président de la République plagie les propositions climatiques de Pierre Larrouturou, une vingtaine d’ONG, de syndicats et de mutuelles publient un nouveau projet de société. En ayant les élections européennes en ligne de mire.

 

A 24 jours du Brexit, la campagne pour les élections européennes débute à peine. Lundi 4 mars dans la soirée, le président de la République française faisait publier dans de grands quotidiens des 28 pays de l’Union une tribune intitulée «Pour une renaissance européenne».

En 22 langues, Emmanuel Macron tente d’enfoncer les digues du «repli nationaliste [qui] ne propose rien». Le locataire de l’Elysée propose donc. D’abord, la création d’une agence européenne de la démocratie, chargée de protéger les élections nationales contre les «cyber-attaques et les manipulations».

Afin de se prémunir contre les prochaines vagues de migrants que le réchauffement ne manquera pas de lever, Paris suggère de «remettre à plat l’espace Schengen», de renforcer l’agence Frontex de contrôle des frontières et d’harmoniser les politiques d’asile.

bouclier social

Voilà de quoi séduire un électorat conservateur. Mais le tenant du «en même temps» n’a pas renoncé à sa bipolarité. Pour continuer à «définir les normes du progrès», l’Europe devra aussi se doter d’un «bouclier social», «garantissant la même rémunération sur le même lieu de travail, et un salaire minimum européen», estime Emmanuel Macron.

Sous-traitance présidentielle. Le gouvernement a mandaté une trentaine de personnalités pour réfléchir aux moyens et aux méthodes pouvant faire progresser la cause environnementale au niveau international. Ce One Planet Lab a remis, le 4 mars, ses propositions sur le changement climatique, la protection des océans, la préservation de la biodiversité et la finance verte au président de la République. Les premières annonces pourraient être faites lors de la session de l’ONU Environnement, le 14 mars.

Lequel piétine même les plates-bandes écologistes, en proposant de diviser par deux l’usage des pesticides en 2025, de créer une «force européenne sanitaire» et, «contre la menace des lobbies», d’instaurer une évaluation scientifique indépendante.

pacte Finance Climat

S’inspirant du pacte Finance Climat de Pierre Larrouturou et Jean Jouzel, Emmanuel Macron entend financer la transition écologique grâce à une nouvelle Banque européenne du climat. D’ailleurs, en un mot comme en cent: «Toutes nos institutions doivent avoir le climat pour mandat».

L’adresse présidentielle n’aurait-elle pas convaincu tout le monde? Quelques heures après sa publication, 19 acteurs de la société civile[1] présentaient leur Pacte social et écologique. De leur propre avis, il ne s’agit pas d’une contribution au Grand débat national, mais d’un véritable projet de société.

démocratie rénovée

«Il s’agit de montrer à l’exécutif, qui laisse croire que l’on peut faire sans les corps intermédiaires, que ces mêmes corps intermédiaires proposent aux politiques et aux citoyens un nouveau mode de développement et de consommation, de nouveaux modes de transport, une démocratie rénovée», résume Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT.

Au cœur des 66 propositions, «donner à chacun le pouvoir de vivre», «remettre la justice sociale au cœur de l’économie», préparer l’avenir «en cessant de faire du court terme l’alpha et l’omega de nos politiques publiques». Enfin, partager le pouvoir «pour que chacun puisse prendre sa part dans la transformation de nos vies».

Cette transformation pourrait être facilitée par la généralisation, par exemple, des repas bio dans les restaurants d’entreprise, ou par l’obligation faite aux entreprises de rendre leur stratégie compatible avec l’Accord de Paris. Les signataires proposent aussi de taxer toutes les émissions de CO2, de développer le maillage ferroviaire. Mais aussi de reverser le produit de la taxe carbone au financement de la transition écologique. Entre autres.

observatoire de la durabilité

A l’instar de Pierre Larrouturou ou des initiateurs de Place publique, les rédacteurs du Pacte social et écologique ne s’engageront pas dans la prochaine élection. Ils préfèrent aiguillonner les responsables politiques et leurs projets. Notamment en créant cet automne un observatoire qui évaluera la durabilité des lois et des décrets à venir.

Deux mois et demi avant le scrutin européen, bien des propositions sont sur la table. Les partis, qui peinent à constituer leur liste et rédiger leur profession de foi, ne devraient plus tarder à s’en emparer.



[1] France Nature Environnement (FNE), Fondation pour la nature et l’homme (FNH), Humanité et Biodiversité, Réseau Action Climat (RAC), ATD Quart-Monde, Fondation Abbé Pierre, Secours catholique, CFTC, CFDT, Union nationale des syndicats autonomes (UNSA), Cimade, France Terre d’asile, Fédération des associations générales étudiantes (FAGE), Fédération nationale des Francas, Ligue de l’enseignement, Mouvement associatif, Mutualité Française, Pacte civique, Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés sanitaires et sociaux (Uniopss).

 



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