Déterrage de blaireaux: reprise des hostilités

Le 14 mai 2013 par Marine Jobert
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Après avoir été mis au jour, le blaireau est saisi avec des pinces.
Après avoir été mis au jour, le blaireau est saisi avec des pinces.
©Meles

A partir du 15 mai, et alors que la période de chasse n’est pas ouverte, le déterrage de blaireaux sera à nouveau autorisé de façon anticipée dans toute la France. Une pratique «barbare» selon l’Association de protection de la faune sauvage (Aspas). Une tradition ancestrale, à visées prophylactiques de surcroît, selon la fédération nationale de la chasse (FNC). Un schisme indépassable autour de Meles Meles, un mustélidé de belle taille, reconnaissable aux bandes longitudinales noires qu'il porte sur le museau[1]. Il est inscrit en annexe III de la Convention de Berne, sur la liste des espèces de faune protégée. L’Union internationale pour la conservation de la nature l’a inscrit sur sa liste rouge en tant qu’espèce faisant l’objet d’une préoccupation mineure, c’est-à-dire présentant un risque faible de disparition en France et la plupart des pays d’Europe ont attribué au blaireau le statut d’espèce protégée[2]. A l’instar du renard ou du ragondin, le blaireau est chassé par des équipes de 4 à 6 personnes, qui pratiquent la vénerie sous terre. En 2006, le ministère de l’écologie comptait 1.500 équipages de vènerie sous terre (soit 40.000 pratiquants et de 60 à 70.000 chiens)[3]. Retour sur une pratique qui hérisse les défenseurs de la faune sauvage et qui ravit ses adeptes.

 

La vènerie sous terre a ses codes. Le blaireau ne sortant qu’à la nuit tombée et les chasseurs chassant de jour, il s’agit d’aller chercher l’animal au fond de son terrier. Une fois l’entrée d’un logis identifié, «les déterreurs envoient un de leurs chiens s’engouffrer dans le terrier. Pendant qu’il parcourt les longues et sombres galeries du blaireau, les chasseurs, oreilles collées au sol, guettent sa progression signalée par ses aboiements puis décèlent au ton de ces derniers que le blaireau est tenu en respect dans un accul. Au signal, pelles et pioches en mains, les veneurs sous terre commencent l’excavation», décrit l’Aspas dans un communiqué. Une description en tous points identique à celle réalisée au Journal de l’environnement par Pierre de Boisguilbert, secrétaire général de la société de vènerie, qui poursuit: «Les opposants, et particulièrement l’Aspas, estiment que c’est une chasse cruelle. Mais elle est on ne peut plus naturelle. Il n’y a aucune arme, cela se joue entre le chien et le blaireau, c’est la loi de la nature qui règne». Il estime que «les gens du XXIe siècle, et particulièrement les citadins, ont pris trop de recul par rapport à la nature».

 

Le déterrage s’achève. «[Les chasseurs] l’extirpent alors de son refuge à l’aide d’énormes pinces métalliques qui lui infligent de douloureuses blessures, plus pénétrantes à chaque mouvement. Trainé au sol, le blaireau est alors exécuté ou, selon les termes exacts, ’servi’ avec un fusil, un pistolet, une dague ou une aiguille enfoncée derrière la tête, ou parfois assommé à coups de pelle ou de manche de pioche. Tout autour, les chiens, ramenés en surface, attendent la ‘récompense’ de leur travail, sous la forme d’une dépouille souillée de sang et de terre (…) Il arrive que le mustélidé ne soit pas abattu dès sa sortie du terrier, il est alors donné aux chiens qui ‘finissent le travail’ en l’éviscérant vivant avant de le déchiqueter.» L’Aspas concède que l’animal n’est pas systématiquement tué, mais note que sa survie est très hypothétique après avoir été soumis à un tel stress.

 

Les chasseurs surveillent avec attention que l’animal ne soit pas considéré comme «nuisible» par l’Etat, [JDLE] et soit maintenu dans la catégorie «gibier», «pour que cet animal qu’ils aiment chasser ne soit pas éradiqué», précise Pierre de Boisguilbert. Citant les «traités» et les «œuvres picturales» consacrés à la pratique de la vènerie, le porte-parole de la FNC explique que la chasse du blaireau a aussi des visées prophylactiques: car en plus d’aller parfois se nourrir dans les cultures de maïs, l’animal serait vecteur de la tuberculose bovine[4]. Une façon toute particulière de présenter les choses. Dans un document établi en 2011, l’office national de la chasse et de la faune sauvage –dans le cadre du réseau SAGIR (pour «surveiller les maladies de la faune sauvage pour agir»)- indique que non seulement ce sont les animaux bovins qui transmettent à la faune sauvage la tuberculose, mais que la maladie n’a été découverte en France que depuis 2001, en Seine-Maritime d’abord, puis en Charente et en Dordogne. Ce sont surtout les cerfs et les sangliers qui sont touchés. Rien qui puisse justifier, de près ou de loin, la tradition de la vènerie.

 

En Côté d’Or –département où la maladie a le plus sévi- l’ONCFS précise qu’«il est important de noter qu’aucun blaireau n’a été trouvé infecté hors de la zone d’infection bovine, indiquant que la tuberculose chez cette espèce est corrélée aux foyers bovins». Au plan national, l’ONCFS indique que «si la réduction des densités d’animaux sauvages sensibles peut contribuer à la prévention de l’installation de foyers sauvages et de recontamination des bovins, d’autres facteurs (environnementaux, mode de gestion cynégétique, mode de conduite des troupeaux...) sont à prendre en compte et la mise en œuvre de mesures de biosécurité dans les cheptels bovins est essentielle». La planète cynégétique et agricole est donc appelée, par l’ONCFS elle-même, à revoir certaines pratiques. La chasse au blaireau est ouverte pour près de 9 mois.

 

 

 



[1] Une évaluation réalisée par les chasseurs en 2008 estime que «sur la base prudente de 3 blaireaux par terrier principal», il y aurait environ 220.000 blaireaux sur les 54 départements étudiés. L’Aspas soutient qu’ils seraient moins nombreux, aux alentours de 150.000.

[2] En Irlande depuis 1985, au Royaume-Uni officiellement depuis 1992, au Portugal dans les années 1990, en Espagne depuis 1989, en Italie dans les années 1980, en Hongrie depuis 1974, en Belgique depuis 1973, au Luxembourg depuis 1974, aux Pays-Bas depuis 1994. Si le blaireau reste chassable en Allemagne, il ne l’est que 3 mois dans l’année. Au Liechtenstein, le blaireau est chassé 4 mois par an, mais le déterrage est interdit. En Suisse, où la période de chasse est également restreinte, le déterrage est interdit depuis 2012. Source: Aspas.

[3] L'Aspas rapporte qu’en 2009, à Cluny (championnat de France de déterrage), la Fédération nationale des chasseurs annonçait qu’elle avait enregistré plus de 3.000 équipages (70 à 80.000 pratiquants, plus de 100.000 chiens).

[4] Ce qui a amené le département de la Côte d’Or à classer le blaireau comme «nuisible», ce qui le rend chassable toute l’année et par tous moyens.

 

 



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