Des terres rares au fond du Pacifique

Le 04 juillet 2011 par Geneviève De Lacour
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Des scientifiques japonais ont rendu public, lundi 4 juillet, la découverte d'immenses gisements de terres rares contenus dans les sédiments du  Pacifique. Ces gisements ont été repérés dans la boue du plancher océanique à une profondeur comprise entre 3.500 et 6.000 mètres.

Cette découverte aux conséquences multiples, tant technologiques, qu'énergétiques et géopolitiques est majeure. Car jusqu'à présent, ces dix-sept minerais, (comme l’yttrium, le terbium, le dysprosium, le lanthane, le néodyme, etc.) nécessaires à la fabrication de nombreux produits de haute technologie —des téléphones portables aux écrans LCD en passant par les voitures électriques et les éoliennes— étaient naturellement présents dans le sous-sol mais très difficiles à extraire, et dans des conditions environnementales et sociales désastreuses. Surtout, selon un article publié lundi 4 juillet sur le site de la BBC, ils sont exportés à 97% par la Chine, qui dispose d'environ un tiers des ressources mondiales et qui en contrôle les prix en réduisant les volumes commercialisés.

Ainsi, la demande de terres rares au niveau mondial a explosé au cours de ces 30 dernières années, passant de 30.000 tonnes dans les années 1980 à environ 120.000 tonnes en 2010, soit nettement plus que la production annuelle qui est de 112.000 tonnes. Malgré leur nom, les terres rares ne sont pas rares géologiquement. Les sources hydrothermales du plancher océanique relarguent des quantités non négligeables de ces éléments, sous forme de nodules polymétalliques. Les terres rares se concentrent aussi dans les boues. Mais jusqu’à présent ces gisements n’avaient pas été recensés.

La découverte des scientifiques japonais pourrait changer la donne. Les résultats de leurs recherches, publiés dimanche 3 juillet dans la revue britannique Nature Geoscience, démontrent que les fonds sous-marins contiendraient près de 100 milliards de tonnes de terres rares, soit plus de 1.000 fois la concentration que l'on trouve sur la terre. Les minerais rares ont été repérés sur une superficie de 11 millions de mètres carrés, en particulier dans les eaux internationales à l’est et à l’ouest d’Hawaii ainsi qu’à l’est de Tahiti. Yasuhiro Kato et ses collègues ont réalisé une large évaluation des possibles ressources en examinant 2.000 échantillons de sédiments collectés sur 78 sites dans tout le Pacifique et ont analysé une concentration moyenne de 0,2% dans les boues dans l’est du Pacifique Sud et de 0,1% près d’Hawaï. Certains gisements atteignent une épaisseur de 70 mètres.

«Une seule zone d’un kilomètre carré entourant l'un des sites de prélèvement pourrait satisfaire, à elle seule, un cinquième de la consommation annuelle mondiale de ces éléments», déclare Yasuhiro Kato, professeur des Sciences de la terre de l’Université de Tokyo. «Un tiers des gisements relevés contenait un pourcentage important de terres rares et de l’Yttrium.» Reste à savoir si l'exploitation de gisements situés à très grande profondeur, essentiellement entre 4.000 et 6.000 mètres, sera possible technologiquement et rentable économiquement. Selon les scientifiques japonais, ces éléments semblent faciles à collecter, même s’il est, pour l’instant, difficile d’en estimer le coût.
 
En revanche, une telle prospection fait craindre aux défenseurs de l’environnement des dommages importants sur les écosystèmes marins, et surtout autour des sources hydrothermales qui abritent des espèces uniques au monde. La vie marine assez pauvre du plancher océanique froid est aussi fragile puisque lente à se régénérer. Les destructions laissées par une telle exploitation pourraient être irréversibles selon les écologistes.


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