Des surfaces d’intérêt écologique sans grand intérêt pour la biodiversité

Le 29 novembre 2016 par Marine Jobert
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Un exemple de surface d'intérêt écologique.
Un exemple de surface d'intérêt écologique.
©MAAF

Pas très écologiques, les surfaces d’intérêt écologique? C’est la critique formulée par deux ONG, à l’heure où la Commission tente de bannir les pesticides de ces zones censées améliorer la biodiversité de terres agricoles, en passe de devenir des déserts biologiques.

Un cinquième des terres agricoles de l’Union européenne sont considérées comme surfaces d’intérêt écologique (SIE). Cette notion constitue l’une des trois mesures-phares du verdissement de la politique agricole commune (PAC) de 2013, avec la diversification de l’assolement et le maintien des prairies permanentes. Pour y prétendre, l’agriculteur doit consacrer 5% de sa surface en terres arables[1] à des pratiques censées être bénéfiques pour la biodiversité. Listées avec précision, leur mise en œuvre donne droit à des équivalences en surface (voir ici), qui seront prises en compte dans le calcul des paiements directs.

Plantes fixant l’azote

Or, assurent The European Environmental Bureau (EEB) & BirdLife Europe & Central Asia (ECA) dans une étude, alors que les agriculteurs ont plus qu’atteint sur le papier l’objectif fixé par la PAC, ce sont des cultures aux effets négligeables sur la biodiversité qui sont cultivées sur 75% des terres déclarées comme SIE. En cause: les cultures de plantes fixant l’azote, celles portant des cultures dérobées[2] ou a? couverture végétale, plantées ou semées au détriment des jachères (qui occupent un cinquième des SIE), dont les conséquences positives pour la biodiversité sont bien plus élevées. Ce constat arrive à point nommé, alors que la Commission ferraille pour interdire les pesticides sur les SIE.

Liste des essences d'arbres éligibles dans le cadre des surfaces d'intérêt écologique.

 

Seule exception: l’alfafa

Basé sur une revue de la littérature scientifique menée pour le compte des deux ONG bruxelloises, ce constat s’explique par plusieurs facteurs, et notamment par le fait que la culture des plantes fixant l’azote est le plus souvent intensive et implique l’utilisation d’engrais et de pesticides. En outre, c’est surtout la macrofaune du sol qui est bénéficiaire de ce type de cultures, au détriment des oiseaux communs, qui ont besoin des chaumes pour se nourrir et s’abriter. Les cultures dérobées ou a? couverture végétale n’ont d’intérêt pour la biodiversité que si elles sont constituées d’un mélange de plantes appréciées par les pollinisateurs ou les oiseaux, et qu’on les laisse arriver à maturité pour qu’elles puissent être consommées. La seule exception notable concerne l’alfafa, à condition que la plante soit cultivée pendant au moins une année, en évitant les coupes estivales et en bannissant l’usage des pesticides.

Pas d’oléagineux sans pesticide?

Leur usage est au cœur d’une bataille en cours. D’un côté, la Commission, soutenue par les ONG. De l’autre, les syndicats agricoles dominants et les producteurs de pesticides. La Fédération française des producteurs d’oléagineux et de protéagineux estime, par exemple, «qu’interdire l’usage de produits phytosanitaires sur ces surfaces reviendrait nécessairement à rendre impossible les cultures de plantes fixatrices d’azote que sont les légumineuses. Or chacun s’accorde à reconnaitre les nombreux atouts environnementaux de ces productions.» En arrière-plan se profile l’interdiction des agrocarburants de première génération en 2020, principal débouché actuel des oléagineux.

La France protège les pesticides

La France, à l’unisson de 17 autres pays européens, combat la proposition de la Commission (voir ici), estimant que cette interdiction «limiterait les décisions de production des agriculteurs». Des considérations que PAN-Europe a qualifié de «honteuses» et «scandaleuses.» «Interdire les pesticides est un geste simple et humble pour aider les citoyens à comprendre l’aspect écologique de ces SIE, souligne François Veillerette, le président de PAN-Europe. Si nous ne pouvons même pas interdire les pesticides dans les SIE, est-ce que cela vaut la peine de poursuivre le paiement du verdissement de la PAC lors de la prochaine révision du budget européen?»



[1] La terre arable se définit comme la surface agricole utile moins l’ensemble ‘prairies permanentes + prairies temporaires de plus de 5 ans + cultures pérennes’.

[2] Une culture dérobée est implantée entre deux cultures principales de la rotation, mais se distingue d'une culture intermédiaire par un objectif de valorisation de la production.

 



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