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Des sodas à l’E150 cancérigène?

Le 14 mars 2012 par Romain Loury

Deux grandes marques de sodas, Coca-Cola et Pepsi, ont été mises sous pression afin de changer de colorant, l’E150, accusé de contenir un composé cancérigène, le 4-méthylimidazole (4-MEI).

C’est le Center for Science in the Public Interest (CSPI) qui a levé le lièvre en février 2011. Cette association américaine de consommateurs avait alors écrit à la Food and Drug Administration (FDA) pour lui demander d’interdire deux types de colorant caramel. Un E150 donnant leur couleur brune au Coca-Cola et au Pepsi, mais aussi à certaines bières et sauces soja.

Il s’agit des colorants E150c («caramel III», ou caramel ammoniacal) et E150d («caramel IV», au sulfite d’ammonium), contenant du 4-MEI. Une substance chimique dont une étude du National Toxicology Program (NTP) a suggéré un effet cancérigène chez le rat et la souris [1].

Pour la FDA comme pour l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), le 4-MEI ne pose aucun risque pour la population aux doses auxquelles elle est exposée. En mars 2011, l’Efsa lui a décerné une dose sans effet toxique observable (Noael) de 80.000 microgrammes (µg) par kilogramme de poids corporel par jour [2].

Selon l’Etat de Californie, le risque est en revanche réel: en janvier 2011, il a fixé au 4-MEI un maximum de 29 µg consommés par personne et par jour. Un seuil auquel il provoquerait un cas additionnel de cancer pour 100.000 habitants, et au-dessus duquel tout produit vendu dans cet Etat devrait porter un avertissement.

C’est en s’appuyant sur cet avis californien que le CSPI vient de repasser à l’attaque. Et ce par une enquête révélant des taux bien plus élevés: de 142 et 146 µg dans deux canettes de Coca-Cola, de 103 et 113 µg dans deux canettes de Coca-Cola light, de 145 et 153 µg dans des produits Pepsi (normal et light). Soit l’équivalent, selon le CSPI, de 15.000 cas de cancer pour l’ensemble de la population américaine.

«Sans aucune nécessité, et avec l’accord de la FDA, Coca-Cola et Pepsi exposent des millions d’Américains à un produit chimique qui entraîne des cancers», s’insurge le directeur du CSPI, Michael Jacobson, dans un communiqué appelant la FDA à interdire ces colorants caramel.

Réaction immédiate de l’American Beverage Association: «La science ne montre absolument pas que le 4-MI présent dans les aliments et les boissons constitue une menace pour la santé humaine». Elle estime qu’il faudrait boire 2.900 canettes de Coca-Cola par jour pendant 70 ans pour atteindre la plus faible dose utilisée dans l’étude du NTP.

Si Coca-Cola défend aussi la sécurité de ses produits, la firme d’Atlanta va «demander à ses fournisseurs de colorant caramel de faire le nécessaire afin de satisfaire les exigences de l’Etat de Californie», a déclaré l’une de ses porte-parole, Diana Garza Ciarlante, à la National Public Radio. Un fait rare pour la boisson la plus consommée au monde, dont la recette fait l’objet du plus grand secret.

Quant à PepsiCo, il a indiqué au CSPI «s’être tourné en Californie vers un colorant contenant moins beaucoup de 4-MEI, et [qu’il] prévoirait d’en faire autant dans le reste du pays», indique l’association.

[1] Lors de cette étude menée par le National Toxicology Program (NTP), il y avait une hausse «équivoque» d’incidence de leucémie chez les rats femelles, mais une augmentation «claire» des cancers du poumon chez les souris mâles et femelles.

[2] A noter que la dose journalière admissible (DJA) fixée chez l’humain est calculée à partir de la Noael, mesurée chez l’animal, en la divisant par un facteur 100 à 1.000. L’Efsa n’a pas fixé de DJA pour le 4-MEI, seulement une Noael.