Des risques en cascades

Le 25 septembre 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les îles, territoires menacés par l'océan réchauffé.
Les îles, territoires menacés par l'océan réchauffé.
VLDT

 

La synthèse du rapport spécial du Giec sur l’océan et la cryosphère pointe les effets en cascade du réchauffement sur l’océan. Et le peu de solution à notre disposition.

 

Montée du niveau de la mer, acidification, désoxygénation, réchauffement, changement de régime des courants et des vents, bouleversements des échanges entre les différentes couches de la colonne d’eau sont quelques-unes des conséquences du changement climatique pour l’océan.

Conséquences qui souvent se conjuguent et s’amplifient. Elévation de la température des eaux de surface, vagues de chaleur marines, baisse du pH et du taux d’oxygène dégradent l’environnement de biotopes vitaux, tels les récifs coralliens.

murs vivants

Dans les mers chaudes, ces massifs vivants constituent un rempart contre la houle et les vagues de submersion pour les côtes ou les lagons. Ils servent de nurseries à nombre d’espèces marines, parfois pélagiques. Leur mort, comme c’est désormais le cas de la grande barrière de corail australienne, vulnérabilise les espaces littoraux, érode la biodiversité marine et menace notre sécurité d’approvisionnement en protéines marines.

Le réchauffement, et c’est l’un des points clés du rapport spécial sur les océans et la cryosphère, contribue aussi à « désoxygérer » les eaux marines. Plus l’eau est chaude (en surface notamment), moins elle contient d’oxygène. Homogène, cette couche renforce la stratification des masses d’eau, réduisant la ventilation des couches profondes.

l'océan à bout de souffle

Andrew Bakun (NOAA) a aussi montré que le réchauffement atmosphérique crée un différentiel de température entre l’océan et la terre qui peut renforcer les remontées d’eaux pauvres en oxygène. Dopés par l’apport de tonnages considérables de nutriments[1], ces phénomènes contribuent à étendre le nombre et la surface des zones marines désoxygénées (OMZ). Les derniers recensements estiment à plus de 500 leur nombre sur la planète bleue. Des zones désormais désertées par la faune marine. Et donc par les pêcheurs.

Comment enrayer pareilles évolutions ?

Face à la montée des eaux, la construction d’ouvrages de protection semble possible. Mais il sera impossible de tout fortifier. Elever des murs contre l’Aqua Alta pourrait réduire d’un facteur 100 à 1.000 fois les risques d'inondations, confirment les auteurs de la synthèse du rapport. A condition toutefois d’y consacrer «des dizaines, voire des centaines de milliards de dollars par an». Même une ville aussi riche que New York peine à financer de tels ouvrages. Ces protections s’annoncent toutefois plus efficaces pour les mégapoles côtières que pour les grands deltas agricoles ou les petits Etats insulaires qui n'ont pas les moyens de financer de tels travaux.

gagner du temps

Finalement, la solution préconisée, d’un rapport à l’autre, reste invariable: baisser les émissions de gaz à effet de serre. Certes, cela n’influera pas rapidement sur l’acidification ou sur l’oxygénation des mers, mais réduire le débit de la pollution ralentira ses conséquences «Ça donne plus de chances de conserver les écosystèmes, et ça permettrait de gagner du temps», confirme la climatologue Valérie Masson-Delmotte.

Gagner du temps pour quoi faire ? Pour construire des dignes, renforcer les infrastructures, déménager des cultures menacées par le sel marin. Autant d’efforts d’adaptation qui menés rapidement peuvent favoriser une nouvelle cohabitation entre un océan plus hostile et une humanité frappée par le changement global. Cohabitation nécessaire si l’on veut éviter tout risque massif d’émigration. Avec les conséquences géopolitiques que l’on peut imaginer.

 



[1] Les nitrates agricoles et les phosphates de nos lessives favorisent la prolifération de phytoplanctons amateurs d’oxygène marin.

 



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