Des résidus de médicaments et de pesticides dans l’eau en bouteille

Le 25 mars 2013 par Marine Jobert
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Des résidus de pesticides et de médicaments jusque dans l'eau en bouteille.
Des résidus de pesticides et de médicaments jusque dans l'eau en bouteille.
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L’eau minérale naturelle et l’eau de source contiennent aussi des pesticides et des résidus de médicaments. C’est la découverte réalisée par 60 Millions de consommateurs et la Fondation France Libertés, qui ont fait analyser des eaux en bouteille. Si l’on savait déjà que l’eau du robinet était notamment polluée par les activités agricoles, industrielles et par les rejets médicamenteux, ces analyses sont une nouvelle preuve de l’impact délétère des activités humaines sur la ressource en eau.

 

Une hormone de synthèse, des vasodilatateurs et des désherbants dans des eaux en bouteille. Voilà la découverte réalisée presque par hasard par le journal 60 Millions de consommateurs et la Fondation France Libertés. Lancés dans une opération de transparence sur le prix et la qualité de l’eau en France, les deux organismes ont recherché 85 molécules, parmi 47 bouteilles d’eau, 3 bonbonnes d’eau et une dizaine d’échantillons d’eau du robinet prélevés dans 3 départements. Parmi les 85 polluants recherchés, «certains étaient plus susceptibles d’être retrouvés dans l’eau en bouteille, et d’autres dans l’eau du robinet», raconte Emmanuel Poilane au Journal de l’environnement. A la lecture des résultats, le directeur de la Fondation confesse avoir eu «une vraie surprise»: certains des polluants régulièrement retrouvés dans l’eau du robinet sont également présents dans l’eau en bouteille.

 

C’est le cas du tamoxifène, l’hormone de synthèse la plus vendue pour traiter les cancers du sein (dont les effets secondaires sont fort nombreux). Cette molécule est présente en quantité «infime»[1], précise Thomas Laurenceau, le rédacteur en chef de 60 Millions de consommateurs, interrogé par l’AFP. «Mais c’est suffisant pour qu’on s’interroge sur la pureté originelle imposée par la réglementation des eaux minérales», ajoute t-il. Le bilan national 2011 de la qualité des eaux conditionnées précise que l’eau minérale naturelle tout comme l’eau de source, sont des eaux «d’origine souterraine, microbiologiquement saines et qui doivent être protégées contre les risques de pollution». En France, 158 eaux sont conditionnées: 78 eaux minérales naturelles, 74 eaux de source et 6 eaux rendues potables par traitement. Les agences régionales de santé sont chargées de tester ces eaux, notamment en fonction de paramètres microbiologiques, physicochimiques généraux, minéraux, organiques (dont les pesticides) et d’indicateurs de radioactivité. Ces analyses ne prévoient donc pas de rechercher la présence de substances médicamenteuses.

 

Sur les 47 eaux en bouteille analysées, 10 contenaient des résidus de médicaments et de pesticides. Des traces d’Atrazine et d’Hydroxyatrazine –des désherbants[2] interdits depuis 2003- ainsi que du Buflomédil et du Naftidrofuryl –des vasodilatateurs[3]- ont été retrouvés Pour les 10 prélèvements d’eau du robinet, 8 contenaient 1 à 4 des 85 molécules recherchées; à savoir des pesticides, mais aussi des résidus de médicaments (dont du tamoxifène décelé notamment en milieu urbain, à Rennes et Limoges). Sur les 3 bonbonnes analysées, des traces de perturbateurs endocriniens avérés ont été relevées (diéthlphtalate, bisphénol A, un retardateur de flamme), ainsi que de l’Atrazine.

 

«Il y a un problème de comportement humain», dénonce Emmanuel Poilane, qui pointe la façon dont les structures de santé et les particuliers se débarrassent sans précaution des médicaments. Les rejets «naturels» -par la miction- sont également une cause de contamination du milieu. «On sent bien que la protection de la ressource en eau n’est une urgence ni pour le ministère de l’écologie, ni pour les gens. Pourtant, trouver des polluants dans l’eau du robinet aurait dû être une première alerte. En trouver dans l’eau en bouteille devrait imposer de mettre en place d’urgence des nouvelles pratiques!»

 

60 Millions de consommateurs et la Fondation France Libertés se défendent de vouloir «mettre en cause l’honnêteté des embouteilleurs» -«sur l’ensemble des marques, il y a un problème»- et insistent plutôt sur leur «inquiétude concernant la qualité de la ressource globale». «Ce n’est pas une alerte consommation que nous lançons, mais bien une alerte sur la ressource en général», précise Emmanuel Poilane. «Si tous les micropolluants sont ici présents en très faibles teneurs», alerte 60 Millions de consommateurs, «leur variété interroge sur les potentiels effets cocktails».

 

La chambre syndicale des eaux minérales conteste les résultats de cette étude. Elle indique avoir procédé à une contre-expertise par un "laboratoire indépendant" du CNRS au sein de l'université de Bordeaux.  «Il n'y a aucun résidu de médicaments dans les eaux minérales (…), elles sont parfaitement conformes aux normes en vigueur en France, et vont même au-delà de ce qu'exige la réglementation», écrit la fédération des industriels «minéraliers» dans un communiqué. 60 Millions de consommateurs et la Fondation France Libertés ont procédé deux fois aux mêmes analyses sur les mêmes échantillons, après avoir eu communication de cette contre-expertise menée par les industriels de l’eau. «La seconde analyse a confirmé cette présence» indiquent les deux organismes.

 

60 Millions de consommateurs et la Fondation France Libertés lancent un manifeste pour l’eau potable et plaident pour l’organisation d’assises nationales de l’eau. «Nous devons mettre ce dossier sur le haut de la pile pour ne pas hypothéquer notre bien commun le plus fragile!», écrivent-ils.



[1] Dans la Mont Roucous, Saint Yorre, Salvetat, Saint Armand (Du Clos de l’abbaye) et Carrefour Discount (Céline Cristaline).

[2] Vittel (Grande Source), Volvic (Clairvic), Cora (Saint Pierre), Cristaline (Louise).

[3] Dans l’Hépar pour le premier et dans la Saint Armand pour le second.

 



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