Des réactions en chaîne dans le monde nucléaire

Le 16 mars 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email

 

La catastrophe de Fukushima n’en finit plus de faire des vagues… politiques. Après la Suisse qui a remis aux calendes grecques sa décision de poursuivre son programme nucléaire civil et le moratoire allemand [ JDLE], le monde est pris d’une frénésie de sûreté.

 

A commencer parla France. Reprenantà son compte une annonce faite par le Premier ministre, mardi 15 mars, le président de la République a confirmé le lancement d’ «une revue complète des systèmes de sûreté de nos centrales nucléaires». Un audit dont le résultat «sera rendu public», a-t-il conclu. Pas de débat sur l’énergie à attendre, et encore moins sur l’atome, comme annoncé un peu vite par certains environnementalistes. Cela étant, Nicolas Sarkozy a promis d’ «intensifier l'effort d'harmonisation et d'amélioration des normes de sûreté au niveau européen et international». Une initiative en ce sens devrait être prise dans le cadre du G20.

 

L’Espagne devrait suivre l’exemple français. Mercredi, le ministre de l’industrie a annoncé, devant les Cortès, que Madrid avait «demandé une étude sismique complémentaire ainsi qu'une étude sur les risques d'inondation» des 8 tranches en service. Une annonce qui vise à rassurer les anti-nucléaire qui, outre-Pyrénées, rappellent que le réacteur de Garona est du même type et du même âge que la première tranche de Fukushima Dai Ichi.

 

En Italie, le gouvernement Berlusconi –qui entend lancer la construction de 4 réacteurs- marche sur des œufs. C’est le 12 juin, en effet, que les électeurs décideront, dans le cadre d’un référendum, de poursuivre ou non la renaissance du nucléaire italien. Lundi, lors de la présentation des comptes de son groupe, Fulvio Conti, l’administrateur délégué d’Enel, a quasiment supplié ses compatriotes de ne pas «réagir de manière émotive».

 

Ce que ne feront pas les présidents tchèque et slovène. Aujourd’hui, Vaclav Klaus et Danilo Türk se sont prononcés à Prague contre la remise en cause de l'énergie nucléaire. «Le temps n'est pas propice à des décisions politiques et à la propagation de la panique», a déclaré le président slovène. Avec le franc-parler qui le caractéristique, Vaclav Klaus estime que les appels aux restrictions ou à l'abandon de l'énergie nucléaire qui se font actuellement entendre au sein de l'UE constituent un «populisme opportuniste».

 

Un message qui ira droit au cœur du président de l'UE. Herman Van Rompuy a annoncé mercredi que les ministres européens de l'énergie allaient tenir une réunion extraordinaire lundi 21 mars à Bruxelles pour tirer les premières leçons de l'accident nucléaire au Japon.

Le sujet sera aussi à l'ordre du jour du prochain sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE, prévu les 24 et 25 mars, selon M. Van Rompuy.

 

La discussion promet d’être animée. Car le chancelier autrichien n’a de cesse d’exiger de ses voisins européens des garanties sur l’innocuité de leur parc nucléaire. «Cette catastrophe doit déclencher une large discussion sur l'utilisation de l'énergie nucléaire, pas seulement en Europe mais dans le monde», a insisté mardi le chancelier social-démocrate Werner Faymann.

 

A l’évidence, la Turquie n’y participera pas. Ankara entend toujours construire avec la Russie un réacteur de 1.000 mégawatts (MW). «Nous comptons maintenant les mois, voire les semaines, pour entamer avec la Russie notre projet de centrale nucléaire à Akkuyu», sur le littoral méditerranéen turc, a dit le premier ministre turc Recep Erdogan, lors d'une visite de travail à Moscou mardi soir, indique l'agence turque Anatolie.

 

En Chine, officiellement, la catastrophe de Fukushima n’existe pas ou presque. Le terme « fuite nucléaire» était censuré mercredi sur le principal site de micro-blogging en Chine, vraisemblablement pour tenter d'éviter un emballement, indique l’ AFP. Mais devant l'avalanche de messages anxieux, Sina a diffusé mardi à ses abonnés un «avis de réfutation des rumeurs», dans le but d'apaiser les esprits. Ce qui n’est pas gagné. Car, dans le même temps, les Chinois entendent les informations selon lesquelles les compagnies aériennes déploient des ponts aériens pour rapatrier leurs compatriotes bloqués au Japon. Deux navires, pouvant transporter 4.000 passagers, devaient quitter mercredi le port de Yantai vers le Japon, a aussi indiqué la radio nationale chinoise. Pis, dans l’après-midi de mercredi, le Conseil des Affaires d'Etat (gouvernement) a ordonné une inspection générale de la sécurité de ses centrales nucléaires et a suspendu toute approbation de projet de nouvelle centrale nucléaire.

 

Autre pays nucléaire, l’Inde n’entend pas, pour le moment, changer de cap. Le premier ministre Manmohan Singh s'est échiné à rassurer l'opinion sur les 20 réacteurs en activité en affirmant lundi que le département d'énergie atomique allait réviser immédiatement leurs systèmes de sécurité.

 

Mais les associations environnementales s'inquiètent aussi du projet de construction de 6 réacteurs EPR sur le site de Jaïtapur, dans l'Etat du Maharashtra, qui devraient fournir à terme près de 10.000 MW.

 

«Si le projet est maintenu, les autorités vont devoir communiquer davantage sur la sécurité parce que personne ne sait quels sont les risques», considère Ravi Agarwal, le directeur de l'association environnementale Toxic Links.

 

Le site est situé sur une zone sismique, mais les autorités ont assuré que les installations sont sûres.



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus