Des promesses insuffisantes pour stabiliser le réchauffement à 2°C

Le 30 novembre 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
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En rouge, les pays dont les promesses climatiques sont très insuffisantes.
En rouge, les pays dont les promesses climatiques sont très insuffisantes.
Climate Action Tracker

Les Etats promettent de maîtriser leurs émissions de gaz à effet de serre. Ces engagements ne sont pas à la hauteur de l’enjeu climatique. Explications.

Voilà près d’un an que les choses sont connues. Lors de la COP 20, de Lima, la communauté internationale s’était entendue pour publier, avant le printemps 2015, des esquisses de politiques climatiques nationales. But avoué de l’exercice : estimer le niveau de l’effort auquel la collectivité international est prête. De quoi aiguillonner, par la suite, les négociations.

147 copies

Las, cette première promesse n’a pas été tenue par tous. Il aura fallu atteindre la fin de l’été pour avoir une bonne idée de l’état d’esprit climatique des gouvernements. Un retard qui n’a pas été apprécié par les fonctionnaires onusiens qui devaient fournir pour la Toussaint une évaluation des contributions nationales volontaires, les désormais fameuses INDC. Ce qui fut fait, avec les données disponibles.

Toutes les INDC ne figurent pas dans l’étude. Au moment où les experts onusiens ont commencé leur travail (le 1er octobre) 147 gouvernements avaient rendu leur copie[1], soit 75% des parties à la convention à l’origine de 86% des émissions comptabilisées en 2010. Pas si mal. En 2010, à la suite du sommet climatique de Copenhague, une soixantaine de pays avaient pris des engagements.

Hausses masquées

La plupart de ces contributions post-Lima portent sur le périmètre national, ciblent généralement les mêmes gaz à effet de serre (en général les 6 du protocole de Kyoto[2]) et fixent, la plupart du temps, des objectifs chiffrés de réduction d’émissions. Plus de la moitié d’entre elles prévoient des réductions par rapport à un scénario tendanciel (business as usual), contre un tiers qui comportent des objectifs en valeur absolue, à l’instar de l’Union européenne. Quelques-unes (l’Inde et la Chine) en restent aux intensités carbone de leur croissance économique. Une habile façon de masquer une forte hausse des émissions.

À l’évidence, la rédaction de ces documents a été mûrement réfléchie. Nombre d’entre elles comportent des objectifs sectoriels (transports, bâtiments, production d’électricité, aviation, fret maritime), en matière d’usage des terres, de foresterie, d’économie d’énergie et d’énergies renouvelables. D’autres, en revanche, conditionnent l’ampleur de l’effort au volume d’aide financière ou technologique extérieure.

Hétérogénéité massive

Chacun choisit les références les plus avantageuses. Certains pays ont pris 1990 comme année de lancement, d’autres démarrent leur politique climatique en 2000, 2005, 2013, 2014, voire 2015. Même hétérogénéité pour l’échéance des programmes: 2025, 2030, 2035, 2040 et —pourquoi pas— 2050. Les programmes d’action sont plus nombreux qu’on pouvait le craindre. La plupart dévoilent le processus institutionnel qui sera mis en œuvre: institutions concernées, législation à prévoir, etc. Beaucoup ciblent les actions à engager en priorité: modernisation des réseaux, réforme de la fiscalité, captage-stockage géologique du CO2, développement de la finance carbone. À ce dernier propos, plus de la moitié des INDC envisagent d’utiliser des mécanismes de flexibilité, comparables au très décrié mécanisme de développement propre (MDP).

profitable mais insuffisant

Globalement, estiment les experts onusiens, la mise en œuvre des INDC sera profitable, mais très insuffisante pour stabiliser le réchauffement à un niveau inférieur à 2 °C à la fin du siècle. En 2025, l’Humanité pourrait ainsi émettre 55,2 milliards de tonnes équivalent CO2 par an et 56,7 à l’horizon 2030. Soit une augmentation, en 2020, de 42%, et de 46% en 2030, par rapport au niveau d’émissions comptabilisé en 1990[3].

Malgré un ralentissement de la croissance par rapport aux décennies précédentes, ces chiffres sont trop élevés (de 8,7 Gt/an en 2025 et de 15 Gt/an en 2030) pour que l'on puisse stabiliser le réchauffement à 2 °C. «Les INDC peuvent limiter à 2,7 °C la montée prévisible de la température moyenne en 2100», concède Christina Figueres, secrétaire exécutive de la convention, dans un communiqué. Verdict confirmé par Carbon Action Tracker et par l’Agence internationale de l’énergie. Dans le meilleur des cas.  «Nous ne pouvons estimer avec précision une température à la fin du siècle à partir d’INDC qui ne couvrent que la période allant jusqu’à 2030. Or rien ne nous dit si l’effort de réduction des émissions va ralentir ou s’accélérer après 2030», rappelle le climatologue Olivier Boucher (LDM/CNRS).

«Les INDC permettent de faire la moitié du chemin qui nous sépare de l’objectif des 2 °C. La COP21 doit maintenant crédibiliser la deuxième partie du chemin», complète l’ancien ministre du développement, Pascal Canfin. Cette seconde partie du chemin est-elle encore à notre portée ? Oui, mais ça n’est pas gagné. Selon la promptitude avec laquelle elle mettra en œuvre ses INDC, l’Humanité devra tout de même réduire de 1,6 à 3,3% par an ses émissions de gaz à effet de serre pour avoir une chance raisonnable de stabiliser le réchauffement à 2 °C. Durant la première décennie du siècle, les concentrations de CO2 dans l’atmosphère ont progressé, en moyenne, de 3,3% par an.

 

 


[1] Au moment où nous mettons en ligne, 177 pays ont soumis leur copie à l’ONU.

[2] Gaz carbonique (CO2), méthane (CH4), oxyde nitreux (N2O), hexafluorure de soufre (SF6), hydrofluorocarbures (HFC), hydrocarbures perfluorés (PFC).

[3] En 1990, l’Humanité a rejeté 38,8 Gt équivalent CO2, 40,5 Gt éq.CO2 en 2000, 48,1 éq.CO2 en 2010.

 



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