Des produits chimiques qui retardent la puberté

Le 12 mai 2011 par Geneviève De Lacour
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Deux produits perfluorés seraient à l’origine d’un retard de puberté. C’est ce qu’affirme une étude publiée le 10 mai dernier dans la revue Chemical and Engineering News portant sur 6.000 enfants vivant à proximité d’un site industriel DuPont.

Depuis 1951, cette usine a rejeté dans l’air et dans la rivière Ohio (Etat de l’Ohio) de l’acide perfluorooctanoïque (PFOA), un surfactant utilisé dans la production de Teflon.
 
Des analyses, réalisées précédemment, ont montré que les populations vivant à proximité de l’usine ont un taux élevé de ce contaminant dans le sang.
 
En 2001, les résidents de la vallée de l’Ohio ont intenté une «class action» contre DuPont, affirmant que la consommation d’eau contaminée avait affecté leur santé. L’industriel a donc accepté de financer des recherches pour connaître l’impact du PFAO sur la santé des habitants de la vallée. Jusqu’à présent, les scientifiques ont réussi à prouver, mais uniquement sur les animaux, que le PFAO est cancérigène et qu’il affecte le développement des organes sexuels.
 
Tony Fletcher, épidémiologiste à l’école de médecine tropicale et d’hygiène de Londres, chargé de réaliser cette recherche complémentaire, a voulu savoir si le PFAO affecte les humains et les animaux de la même façon.
 
En 2005 et 2006, les chercheurs ont donc collecté des échantillons de sang ainsi que l’historique médical de 69.030 personnes qui vivent dans le district atteint par la pollution. Tony Fletcher et ses collègues ont ensuite analysé les données collectées auprès de 3.067 garçons et 2.931 filles d’un âge compris entre 8 et 18 ans.
 
Ils ont détecté une concentration en PFAO de 26 nanogrammes/ml chez les garçons et de 20 ng/ml chez les filles. Des concentrations bien supérieures à la moyenne nationale aux Etats-Unis qui est de 4,2 ng/ml.
 
Les scientifiques ont aussi recherché la présence d’un autre composé perfluoré, le perfluorooctane sulfonate (PFOS), qui affecte également la maturation sexuelle des animaux. Ce composé n’est pas produit par l’usine DuPont. Les résultats indiquent une concentration dans le sang légèrement supérieure à la moyenne nationale.
 
Pour connaître l’âge de la puberté chez ces enfants, les scientifiques ont utilisé un questionnaire et ont mesuré leurs niveaux d’hormones sexuelles dans le sang. En comparant les taux de PFAO et de PFOS avec l’âge de puberté, ils ont constaté que les filles possédant un taux plus élevé de PFAO entraient plus tardivement dans la puberté. Les garçons et filles dont le taux de PFOS est plus élevé que la moyenne nationale, commencent également leur puberté avec retard. Pour les deux substances chimiques, le retard moyen est de 4 à 6 mois, ce qui représente «un changement significatif», selon le docteur Fletcher, «mais qui n’a pas d’impact sur la santé».
 
«Ces résultats sont surprenants car beaucoup de perturbateurs endocriniens provoquent un phénomène de puberté précoce», déclare Tony Fletcher. Il espère que cette étude, la plus large jamais réalisée sur l’effet de ces deux molécules perfluorés sur la puberté des humains, ouvrira la voie à d’autres recherches sur des groupes différents de populations.
 
Christopher Lau, un pharmacologue de l’Agence de protection de l’environnement américaine (EPA, selon l’acronyme en anglais) se déclare surpris que le PFOS utilisé dans les détachants et d’autres produits ait plus d’effet sur la puberté que le PFAO. Parce que les enfants suivis montraient des concentrations de PFOS dans le sang proches de la moyenne nationale, «des études complémentaires devront être réalisées pour déterminer si une faible augmentation de la concentration en PFOS peut significativement affecter leur développement», conclut Christopher Lau.
 


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