Des pistes cyclables temporaires, plutôt éphémères

Le 04 juin 2020 par Victor Miget
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Piste cyclable
Piste cyclable

Trois semaines après le déconfinement, de nombreux itinéraires cyclables temporaires ont déjà disparu. La faute à la précipitation selon le gouvernement.

 

L’usage du vélo a progressé en France après le confinement. L’association Vélo et territoires a enregistré une hausse de 87 % de la fréquentation des itinéraires cyclable par rapport au début de l’année. La politique gouvernementale porterait-elle ses fruits? «Il y a mille kilomètres de pistes cyclables temporaires qui sont déployés grâce aux collectivités territoriales. Je veux encourager très fortement les élus à poursuivre la dynamique», avait assuré la ministre de la Transition écologique et solidaire Elisabeth Borne. Le gouvernement a misé sur le vélo lors du déconfinement, afin de soulager les transports publics et éviter un report massif sur la voiture individuelle.

Rétropédalage

Une politique qui n’est pas sans ratés. Trois semaines après le début du déconfinement, certains aménagements ont déjà été retirés. Parfois, quelques jours seulement après leur installation. Exemple le plus médiatisé : Marseille. A peine mise en place Avenue Prado, une piste cyclable était supprimée faute «d’avoir trouvé son public», avait justifié la métropole. Signe, selon elle, d’une délicate cohabitation entre les modes de transports, générant «un sentiment d'insécurité pour les usagers cyclistes». Des centaines de cyclistes ont manifesté sur ladite avenue pour demander le retour de la piste. La métropole a promis «une étude plus poussée».

Même constat à Argenteuil (Seine-Saint-Denis). Trois jours après avoir matérialisé une piste cyclable sur une avenue, la municipalité la supprimait le 31 mai. Raison invoquée: les deux roues motorisées se sont appropriés l’aménagement.

Pérenniser

« Ces pistes temporaires ont été mises en place dans l’urgence, leur tracé peut encore faire l’objet d’évolutions (…) il n’y a peut-être pas eu forcément toutes les concertations en amont (…) mais ce n’est pas une bonne idée de se dire maintenant "on va repousser le vélo pour laisser plus de place à la voiture" », proteste Elisabeth Borne.

Pour Pierre Serne, conseiller régional d’Ile-de-France (EELV) et président du Club des villes cyclables les raisons sont multiples. «La campagne du deuxième tour des municipales semble avoir eu un impact par endroit». Avec des élus qui ont «préféré prioriser» leurs automobilistes par rapport aux cyclistes. Quant à l’argument de la faible fréquentation, invoqué à Marseille, il est «spécieux». «Il faut du temps pour que les choses se stabilisent et la reprise des activités et des déplacements est très progressive. Il n’y a que 20% du trafic sur le réseau de transports en commun francilien et on en conclue par pour autant qu’il faut fermer des lignes».

De l’avis de Pierre Serne, au contraire, l’objectif est de pérenniser au maximum ces aménagements. Dans cette optique, le Premier ministre, Edouard Philippe, avait annoncé vendredi 29 mai que serait injecté un milliard d’euros dans un fond de dotation de soutien à l’investissement local. Objectif : accompagner les investissements « verts » des communes. Dont les pistes cyclables feront parties.