Des phénols pour ajuster au mieux le poids de bébé

Le 21 septembre 2011 par Romain Loury
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L’exposition aux phénols pendant la grossesse perturbe le poids de naissance des garçons, à la hausse ou à la baisse selon les composés, selon une étude franco-américaine publiée dans la revue Environmental Health Perspectives (EHP).

 
Qu’il s’agisse de phtalates ou de phénols, tous des perturbateurs endocriniens, «la question de l’impact sanitaire chez l’humain est particulièrement importante, étant donné que la plupart des femmes enceintes sont exposées à ces substances, contre lesquelles le placenta ne constitue généralement pas une barrière efficace», rappelle dans un communiqué le coordonnateur de l’étude, Rémy Slama, de l’unité Inserm U823 («Ontogénèse et oncogenèse moléculaire») de Grenoble.
 
Et elles y sont en effet bien exposées, selon ces travaux [1]: parmi les 20 composés étudiés, 8 des 11 phtalates et 5 des 9 phénols étaient présents dans les urines d’au moins 95% des femmes enceintes étudiées. Or certains d’entre eux ont un impact sur le poids de naissance du garçon.
 
C’est le cas du 2,5-DCP et du 2,4-DCP, deux dérivés du 1,4-dichlorobenzène, dont l’utilisation dans les produits antimites a été interdite en 2009. Les enfants les plus exposés au 2,5-DCP présentaient un poids de naissance diminué de 152 grammes.
 
Deux autres phénols entraîneraient un effet inverse, à savoir une hausse du poids de naissance à plus forte exposition. Il s’agit de la benzophénone-3, filtre ultraviolet des crèmes solaires, et du fameux bisphénol A, présent entre autres dans les plastiques alimentaires et récemment interdit dans les biberons.
 
Aucun des autres phénols étudiés, ni aucun des phtalates, ne montrait d’effet significatif sur le poids de naissance ou sur d’autres mesures, telles que la circonférence crânienne.
 
Alors que l’effet du 2,5-DCP et celui de la benzophénone 3 avaient déjà été suggérés chez l’homme, il s’agit d’une première pour le bisphénol A. A ce jour, son effet sur le poids de naissance n’avait été évoqué que chez l’animal, rappelle l’un des co-auteurs de l’étude, la Grenobloise Claire Philippat.
 
Prochaines étapes pour les chercheurs: déterminer l’impact sur la croissance fœtale grâce à l’échographie, et voir si l’effet se maintient chez les jeunes enfants. Un autre objectif sera d’évaluer le risque de malformations génitales (hypospadias, cryptorchidies) en fonction de l’exposition aux phénols et aux phtalates.
 
[1] Menée par plusieurs unités Inserm (Grenoble, Montpellier, Rennes, Villejuif) et par les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC selon l’acronyme anglais, en charge de la surveillance épidémiologique aux Etats-Unis), cette étude a porté sur 287 femmes enceintes. Elles proviennent de deux cohortes françaises, Eden (hôpitaux de Nancy et Poitiers) et Pélagie (plusieurs hôpitaux bretons).


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