Des pesticides dans l’air du Cognac

Le 19 juillet 2013 par Marine Jobert
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Le vignoble, très gros consommateur de pesticides.
Le vignoble, très gros consommateur de pesticides.
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La vigne est la culture la plus consommatrice de pesticides, et en particulier de fongicides. Des produits que l’on retrouve sans surprise dans l’air des villes et des villages alentours, comme l’a constaté Atmo Poitou-Charentes lors de campagnes effectuées tout au long de l’année. Les prélèvements ont été réalisés sur la commune de Juillac-le-Coq (Charente), en plein cœur de la zone viticole du Cognaçais, ainsi qu’à Poitiers (Vienne), à 150 kilomètres de là. Les résultats ont été publiés il y a quelques jours.

 

Les données ont été obtenues avec un appareil de mesures situé non pas à côté des vignes, mais au centre du village de Juillac-le-Coq, «de manière à être représentatif de l’exposition des populations vivant dans ce secteur». Verdict: «L’étude des concentrations montre très nettement la prédominance de l’impact des traitements viticoles sur la présence des pesticides dans l’air». En première ligne: le Folpel, utilisé pour prévenir une maladie du vignoble -la flavescence dorée- contre laquelle l’Etat a décrété une lutte obligatoire. Si 9 catégories de pesticides détectées, en 2006, ont disparu en 2012, «le nombre de molécules augmente. Leur profil évolue très vite au gré des interdictions de la Commission européenne et des décisions des firmes de ne plus les homologuer», constate Agnès Hulin, ingénieure qui a mené l'enquête d’Atmo Poitou-Charentes, citée par le journal La Charente Libre. Six molécules interdites d'utilisation ont été détectées dans l'air en 2012, dont trois herbicides (diuron, alachlore, trifluraline), deux fongicides (procymidone, tolylfluanide) et un insecticide (lindane). «Le cas du lindane, interdit depuis 1998, est préoccupant puisqu'il est encore présent à des concentrations non négligeables (...) mais les concentrations ont fortement diminué depuis 10 ans, et diminuent encore en 2012.»

 

Ces résultats amènent le centre hospitalier universitaire de Poitiers à lancer l’opération Phytotif’. Celle-ci consiste à analyser à intervalles réguliers le cuir chevelu de 100 viticulteurs et de 100 résidents. Des mesures de l'air dans les champs et dans les maisons des participants seront effectuées en parallèle, à partir de septembre prochain. Une étude menée par Eric Ben-Brick, médecin de l’unité en consultations de pathologies professionnelles et environnementales, qui tente de trouver de nouveaux indicateurs des contaminations. En 2011, dans une étude écologique réalisée avec le soutien de la Région Poitou?Charentes, une équipe du CHU de Poitiers avait montré une surmortalité significative de la population habitant dans les vignobles de 29 % pour la maladie de Parkinson et de 19 % pour les lymphomes, rappelle Atmo Poitou-Charentes.

 

Plus surprenant, les pesticides relevés à Poitiers –et ce malgré l’absence de surfaces viticoles significatives autour de la ville, note Atmo Poitou-Charentes- mettent en évidence que 30% d’entre eux sont issus des traitements de la vigne (contre seulement 5% en 2011). On y retrouve notamment des concentrations particulièrement élevées de Folpel.

 

La question de la présence des pesticides dans l’air est épineuse [JDLE], puisqu’il n’existe aucune norme, tant nationale qu’européenne, qui spécifie des limites de qualité sur le paramètre «pesticides» dans l'air, ainsi que le confirme le Commissariat général au développement durable (CGEDD) dans une parution récente portant sur les polluants atmosphériques. En 2000, l’Anses avait publié des «Recommandations et perspectives pour une surveillance nationale de la contamination de l’air par les pesticides», qui visait surtout à établir et harmoniser les pratiques au plan national. Ce vide réglementaire concerne les pesticides comme les biocides, également suspectés d'être responsables de la diffusion des molécules mises en cause dans la survenance de cancers, les troubles de la reproduction et les troubles neurologiques.

 

Au plan national, le plan Ecophyto 2018 -qui ambitionne de réduire de moitié l’usage des pesticides en 10 ans- n’a pas fait baisser les volumes épandus chaque année. Bien au contraire, puisque l’indicateur Nodu (pour nombre de doses unités[1]) qui a été retenu pour évaluer les fluctuations de pesticides dans le cadre du plan Ecophyto 2018 montre une augmentation de plus de 2% en 2011 par rapport à 2010.

 



[1] Il s’agit d’un indicateur «toutes cultures», calculé annuellement à partir des données de vente transmises par les distributeurs secondaires. Il rapporte la quantité de chaque substance active à une dose «unité» qui lui est propre et permet donc d’apprécier l’intensité du recours aux pesticides, indépendamment d’éventuelles substitutions de substances actives par de nouvelles substances efficaces à plus faibles doses. Il permet ainsi une meilleure appréciation de l’évolution des pratiques agricoles.

 



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