Des perturbateurs endocriniens sur la table du petit-déjeuner

Le 20 mars 2013 par Marine Jobert
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Quelques exemples de voies d'exposition quotidiennes à des perturbateurs endocriniens dans la maison.
Quelques exemples de voies d'exposition quotidiennes à des perturbateurs endocriniens dans la maison.
GF

Ils ont leur place sur la table du petit-déjeuner ou dans le cartable pour le goûter. Ils sont vaporisés dans les maisons contre les insectes, on s’en sert pour éliminer les poux de nos chères têtes blondes et nous dormons dessus. Ces produits -des céréales, des viennoiseries, du pain industriels et des gâteaux, mais aussi des insecticides ménagers, des acaricides utilisés dans les textiles de literie (matelas, linge de lit, oreiller, couette) ou des colliers antipuces pour les animaux- ont été analysés par Générations futures (GF) dans une étude intitulée Exppert (pour Exposition aux pesticides perturbateurs endocriniens). L’association a ciblé deux familles de pesticides -les organophosphorés et les pyrethrinoïdes- connues pour leurs propriétés neurotoxiques et suspectées d’être des perturbateurs du système endocrinien[1] (PE). Les premiers auraient des effets sur le développement neurologique et la reproduction masculine lors du stade fœtal. Les seconds sont suspectés d’effets sur la reproduction masculine (qualité du sperme, dommage à l’ADN des spermatozoïdes et troubles des hormones de reproduction). Sans prétendre refléter «l’état moyen de la contamination par des substances chimiques des aliments à base de céréales vendus en France», ni être «parfaitement représentative de la présence de pesticides PE dans l’ensemble des produits de consommation courante», précise GF, l’étude démontre que les consommateurs, «et tout particulièrement les enfants», sont exposés quotidiennement à des faibles doses de pesticides.

 

Pour les produits alimentaires à base de céréales, «75% des échantillons analysés contiennent des résidus de pesticides[2] –sans dépassement des limites maximales de résidus (LMR)- et sur ces 75%, tous contiennent une ou plusieurs substances, organophosphorées ou pyrethrinoïdes». Ces données, note GF, «sont tout à fait cohérentes avec les données de la direction des fraudes (DGCCRF) et les enquêtes de surveillance des résidus de pesticides présents dans les aliments [JDLE]». Pour les produits non alimentaires, sur les 181 produits commerciaux étudiés, 108 contenaient –au moment des relevés- une ou plusieurs substances organophosphorées ou pyrethrinoïdes. Même si GF relève un manque de transparence et d’accès aux données pour certains produits, il n’y a rien de très étonnant à ces résultats. Alors, quel est l’intérêt d’effectuer ces recherches?

 

En optant pour des produits de consommation courante, l’association tente d’alerter les pouvoirs publics sur l’exposition ubiquitaire et quotidienne des populations aux pesticides dont les effets PE sont établis. «Nous demandons le retrait programmé des insecticides PE pointés par ce rapport, écrit GF, qui appelle le gouvernement à faire de l’élimination à terme de tous les PE de notre environnement un axe majeur de sa politique de santé environnementale, afin de protéger les enfants nés ou à naître.» Une étude de la même association, menée en 2010, avait démontré qu’un enfant, dans la même journée, peut être exposé à 37 molécules PE (dont 12 pesticides). Les enfants, qui consomment environ 70 grammes de viennoiseries et céréales par jour sont amenés à consommer des blés qui ont été traités –«plus de 80% des échantillons testés avec un dépassement des LMR pour certains pesticides», selon la DGCCRF- lors du stockage des grains de blé dans des silos ou des containers.

 

Ce rapport est rendu public à quelques jours de la deuxième réunion sur la future stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens, et alors qu’une bataille est en cours sur la définition des PE au plan européen, dans le cadre du règlement Pesticides. «La Commission européenne devra proposer une définition des PE qui seront concernés par cette exclusion fondée sur des critères scientifiques d’ici le 14 décembre 2013. Les enjeux sont évidemment très importants pour l’industrie, car la définition des PE à exclure (…) servira de base à d’autres législations européennes, comme la directive Biocide ou Reach», rappelle GF. Et de citer l’Allemagne ou la Grande-Bretagne comme pays s’activant pour imposer une définition restrictive des PE. Lors de l’ouverture de la Conférence environnementale, en septembre 2012, le président François Hollande déclarait que «nous découvrons chaque jour un peu plus les risques associés à des polluants mal appréhendés comme les PE qui agissent sur la fertilité ou la croissance. Ce sont des questions de société essentielles pour les Français qui veulent être informés, prévenus, protégés, on les comprend, pour ce qui concerne notamment la santé de leurs enfants».

 

 



[1] Notamment par une bibliographie scientifique parue en 2011, dans laquelle 49 études utilisant différentes approches épidémiologiques et différentes méthodes d’évaluation d’exposition basées sur l’étude de biomarqueurs dans les urines ou le sang étaient employées, précise GF.

[2] Les produits contenant des résidus sont les biscuits BN blé complet fourré à la fraise, les biscuits Petit déjeuner Belvita, les céréales complètes Chocapic, les céréales complètes Spécial K3, le pain complet Carrefour, le Pain de mie Harris, les pâtes spaghetti Panzani, les Croissants Pasquier, des viennoiseries Doowap brioche pépites de chocolat.

 



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