Des perfluorés dans le quart de l’eau française

Le 29 juin 2011 par Geneviève De Lacour
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email

Avec un don d’ubiquité non feint et une toxicité probable, la famille des molécules perfluorées suscitent quelques questions de santé publique auprès des autorités.Le ministère de la santé a donc saisi l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) pour établir un premier état des lieux de la présence de ces composés dans les eaux. L’Anses publie aujourd’hui 10 juin son rapport.

Fabriqués depuis la fin des années 1940, les composés perfluorés appartiennent à une large famille qui compte plusieurs centaines de molécules. Elles sont utilisées pour imperméabiliser les textiles, le cuir et les emballages. Elles entrent aussi dans la composition des mousses anti-incendie, des revêtements d’ustensiles de cuisine antiadhésifs. Dans l’industrie électronique, elles servent à la synthèse de polymères fluorés.

Deux molécules, l’acide perfluorooctanoïque (PFOA) et le sulfonate de perfluorooctane (PFOS), sont particulièrement étudiées car elles forment des produits de dégradation des composés les plus utilisés, et aussi parce qu’elles sont suspectées d’être des perturbateurs endocriniens. Très persistants et résistants à la dégradation, les perfluorés se retrouvent dans tous les compartiments de l’environnement et dans la chaine alimentaire.

La campagne d’analyse menée en deux étapes par l’Anses a débuté l’été 2009 et s’est poursuivie en juin 2010. Au total 331 échantillons d’eau brute et 110 d’eau traitée ont été analysés, ce qui porte à 20% la production d’eau potable en France qui a bénéficié de cette première campagne. L’Anses a développé la méthodologie d’analyse et a procédé aux analyses. Les prélèvements ont été réalisés en fonction des captages et des débits de production pour que la campagne soit la plus représentative possible de la réalité nationale. «Il s’agit d’une photographie très précise de l’état de la ressource», précise Valérie Baduel, directrice générale adjointe de l’Anses.

10 molécules différentes ont été recherchées. La méthode analytique développée a permis de quantifier 3 PFAS (PFOS, PFHxS et PFBS) et 7 PFCA (PFDA, PFNA, PFOA, PFHpA, PFHxA, PFPeA et PFBA) avec une limite de quantification de 4 nanogrammes par litre.

Résultat, la plupart des échantillons analysés présentent de très faibles concentrations, à la limite du quantifiable en fait. Seuls 25% d’entre eux présentent des concentrations mesurables. Les 3 composés perfluorés les plus fréquemment retrouvés dans les eaux traitées sont les PFOS, le PFHxS (perfluorohexansulfonate) et le PFOA, à des concentrations qui restent de 4 à 30 fois inférieures aux valeurs réglementaires proposées par l’Allemagne et les Etats-Unis. «Les résultats sont cohérents avec les études qui existent, la présence des molécules perfluorées dans les eaux françaises est de l’ordre du nanogramme», commente Valérie Baduel.

Alors pourquoi se lancer dans un tel programme d’investigation? «Nous sommes dans le domaine de l’exploratoire» explique-elle. Et de préciser que «l’enjeu des faibles doses, comme dans le cas des médicaments, par exemple, va s’accroitre à l’avenir». Les composés perfluorés sont largement utilisés par les Français dans des produits domestiques variés. De plus «ces molécules sont amphotères et donc particulièrement solubles dans l’eau et extrêmement persistantes dans l’environnement», explique-t-elle.

Ce premier état de lieux sera complété par une évaluation des risques. «Ce travail porte sur une trentaine de substances identifiées comme préoccupantes pour leur toxicité sur la reproduction ou leur action de perturbateurs endocriniens», précise l’Anses dans sa note de synthèse. Le travail d’évaluation des risques va se dérouler sur plusieurs années en incluant un programme de recherche intitulé «Contreperf», mené de 2011 à 2013, et qui permettra d’améliorer les connaissances en matière de toxicologie de ces composés.



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus