Des papillons stérilisés pour des fruits sans pesticides

Le 07 décembre 2011 par Romain Loury
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Des chercheurs australiens et néo-zélandais ont mis au point une méthode de lutte contre le papillon «LBAM» dans la culture fruitière, en recourant à la stérilisation des mâles, lors de travaux publiés dans le Journal of Economic Entomology.

 
Le LBAM (pour Light Brown Apple Moth, ou Epiphyas postvittana) est un petit papillon qui cause des ravages dans l’agriculture fruitière. Originaire du sud-est de l’Australie, il s’est répandu dans le reste du pays avant d’envahir la Nouvelle-Zélande et de se rendre en Californie, et il a aussi été observé en Europe, notamment dans les Iles britanniques et en Suède.
 
Plutôt que de recourir aux insecticides, de plus en plus mal acceptés par les consommateurs, l’équipe de David Suckling, de l’institut néo-zélandais de recherche sur les plantes et l’alimentation, propose une technique plus naturelle, s’appuyant sur la stérilisation des mâles.
 
Cette approche n’est pas vraiment nouvelle: elle repose sur la technique dite «élevage de mâles stériles» (technique SIT), qui a donné des résultats intéressants contre la mouche méditerranéenne des fruits. Son principe: irradier des mâles pour les rendre stériles, puis les relâcher en nombre dans la nature dans le but de surpasser les mâles normaux dans la lutte pour les femelles (qui ne s’accouplent qu’une seule fois dans leur vie).
 
Mais pour le LBAM comme pour tout lépidoptère, la difficulté réside dans le fait qu’il faut une dose élevée d’irradiation pour aboutir à la stérilité. A tel point qu’en plus d’être stériles, «leur compétitivité et leur performance sur le terrain» pourraient se trouver réduites, expliquent les auteurs. Or, sans attrait des femelles pour les mâles irradiés, c’est toute la technique SIT qui devient stérile.
 
Les chercheurs ont recouru à une méthode plus indirecte: ils ont irradié des pupes mâles [1], testant pour cela plusieurs doses afin d’obtenir une stérilité partielle (supérieure à 90%), sans endommager les autres fonctions. Une fois atteint l’âge adulte, ils les ont croisés avec des femelles normales, afin de mimer les conditions naturelles.
 
Résultat: la progéniture de ces insectes (appelée génération F1) se trouvait réduite; quant aux individus qui naissaient tout de même, leur développement était ralenti, et ils comportaient une grande majorité de mâles, également des stériles partiels. «Il pourrait y avoir beaucoup plus d’individus en F1 que d’animaux stériles relâchés, mais il n’y aurait aucun animal viable au-delà de la génération F2», concluent les chercheurs.
 
Selon la Société entomologique des Etats-Unis, «le département californien de l’alimentation et de l’agriculture a déjà dépensé plus de 70 millions de dollars (52,31 millions d’euros) pour éradiquer le LBAM, et estime que s’il n’est pas éradiqué il coûterait plus de 133 M$ (99,39 M€) chaque année aux agriculteurs californiens».
 
[1] Chez les insectes, la pupe est le troisième stade de développement: œuf, larve, pupe, imago (adulte).


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