Des océans plus acides, des poissons plus téméraires

Le 15 avril 2014 par Romain Loury
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Une demoiselle peu farouche
Une demoiselle peu farouche
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L’acidification des océans pourrait altérer le comportement des poissons à leurs risques et périls, les rendant notamment moins conscients de la présence de prédateurs, révèle une étude publiée dans la revue Nature Climate Change.

 

Avec l’absorption continue de CO2, les océans ne cessent de s’acidifier: les risques sont déjà connus pour les invertébrés, dont les coquilles et exosquelettes seraient plus difficiles à construire. Or les poissons pourraient aussi pâtir d’un pH acide: selon Philip Munday, de l’université James Cook de Townsville (Australie), et ses collègues, ceux-ci s’avéreraient dangereusement téméraires en milieu acidifié, au risque de trop s’exposer à leurs prédateurs.

Déjà observé en aquarium, le phénomène trouve enfin confirmation en milieu naturel. En l’occurrence dans des récifs coralliens de la baie de Milne, à l’est de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, dont le volcanisme sous-marin enrichit les eaux en CO2. Le pH est en moyenne de 7,8 aux alentours des récifs acidifiés par ces fuites gazeuses, similaire à celui que l’on s’attend à voir en 2100 sur l’ensemble du globe.

Les chercheurs ont étudié quatre espèces de poissons, deux de demoiselles (demoiselle à queue blanche, demoiselle citron) et deux d’apogonidés (apogon à rayures jaunes, apogon à cinq lignes). Pour chacune d’entre elles, ils ont comparé des individus vivant dans des récifs coralliens situés à proximité d’une infiltration de CO2 à d’autres évoluant dans une eau sans CO2.

A chaque fois, le constat est le même: les poissons en milieu acide n’ont pas peur de passer 90% de leur temps dans une eau où règne l’odeur d’un de leurs prédateurs, alors que ceux en milieu contrôle n’y laissent pas une nageoire. Selon les chercheurs, ce n’est pas leur odorat qui serait touché, mais plutôt leur capacité à distinguer entre les odeurs.

Moins de temps à l’abri

L’acidité les rend aussi moins casaniers: ils passent en général moins de 12% de leur temps niché dans leur abri, contre plus de 80% de leurs congénères vivant à pH normal. Selon les chercheurs, ces changements comportementaux pourraient être dus à une «interférence avec les récepteurs aux neurotransmetteurs, liés à des changements permanents de concentrations des acides et des bases dans le sang et les tissus des poissons».

«Si le comportement des poissons ne s’adapte pas à la montée des niveaux de CO2 au cours des prochaines générations, il pourrait y avoir de sérieuses conséquences pour la structure et la fonction des futures communautés coralliennes», ajoutent-ils.

Pour l’instant, les chercheurs n’ont noté aucune différence quant à la répartition par espèces selon le pH… à l’exception d’une moindre concentration de prédateurs en milieu acidifié. Ce qui pourrait expliquer pourquoi les poissons étudiés, bien que plus téméraires, ne sont au final pas moins nombreux en milieu acide.



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