Des millions de tonnes de bois à terre et pas de marché
Le 28 janvier 2009 par Sonia PignetLa tempête qui a touché le sud-ouest du pays le week-end dernier a dévasté des centaines de milliers d’hectares de forêts. Une fois les arbres évacués, il faudra leur trouver des débouchés, dans un marché du bois qui n’a déjà pas le vent en poupe.
La tempête Klaus a tout emporté, ou presque. Trois jours après que les vents ont balayé violemment le Sud-ouest, les acteurs de la filière bois ont fait une première estimation des dégâts. Plus de 300.000 hectares du massif forestier de pins maritimes auraient été sinistrés à plus de 60%, soit 30% de la surface de forêt des Landes. «15 à 20 millions de mètres cubes de pins ont été mis à terre», estime Eric Toppan, responsable du service économique de la fédération des forestiers privés de France. Le pin est l’essence la plus atteinte, mais pas la seule. Les peupliers de la vallée de la Garonne et de Midi-Pyrénées ont aussi fais les frais de Klaus. «C’est une catastrophe bien plus grave qu’en 1999», analyse Eric Toppan. Il y a 10 ans, le marché du bois était en forme, et avait pu absorber ces millions de stères, notamment grâce à l’Espagne. «Aujourd’hui, la filière tourne au ralenti, il y a peu de commandes et des stocks déjà importants», souligne-t-il. Or, l’industrie du bois dans cette région représente le tiers de l’économie de la filière en France.Face à ce qu’il qualifie de «crise écologique touchant un secteur majeur de l’économie», Michel Barnier, ministre de l’agriculture et de la pêche, a réuni mardi 27 janvier les principaux acteurs de la filière bois pour discuter de la mise en place d’un plan d’urgence. La réunion a permis de dégager une première enveloppe de 5 millions d’euros pour effectuer les travaux forestiers. Car avant de chiffrer les aides financières et de proposer des mesures pour valoriser le bois, la priorité est d’évaluer précisément les dommages et, surtout, de dégager les bois couchés avant qu’ils ne s’abîment. Au contact du sol, les pins maritimes bleuissent et perdent leur qualité esthétique. Sur les peupliers couchés mais non déracinés apparaissent des gourmands (rejets), qui empêchent alors les opérations de déroulage et leur utilisation pour le secteur de l’emballage. «Il faut que le bois soit exploité d’ici deux mois», estime Eric Toppan.
La seconde urgence, selon Michel Barnier, sera de stocker le bois. «Le contexte économique est plus grave qu’en 1999. On ne pourra pas vendre le bois dans l’immédiat», a-t-il confirmé mardi en sortie de réunion de crise. Le stockage des pins se fait sous brumisation pour maintenir l’humidité du bois. Une méthode techniquement au point, rôdée lors de la tempête de 1999, mais coûteuse. Ensuite seulement viendra le temps de la valorisation et de la reforestation. Parmi les pistes évoquées, la valorisation énergétique. «Le marché du bois énergie monte en puissance», indique Joseph Behaghel, de l’Office national des forêts (ONF). Mais il est actuellement trop peu développé pour absorber ces énormes quantités de bois. Les pays de l’Europe du Nord, tels que l’Allemagne ou la Suède, ont plus développé le bois énergie. En France, «c’est une filière qui se met en place. On produit environ 200.000 t par an de plaquettes de bois, ce n’est pas le même ordre de grandeur que nos stocks de bois», ajoute Eric Toppan. Il faudrait des financements rapides et la possibilité de sortir rapidement les bois des forêts actuellement inondées. Mais il semble improbable d’écouler tout le bois par cette voie.
«Il faut une grande politique nationale autour du sujet», a donc insisté Michel Barnier. Pour ne pas stocker trop longtemps ni déprécier le cours de la matière, «il faudra accélérer la consommation de bois, notamment pour le chauffage et la construction». Pour cela, «tous les outils seront mobilisés»: mesures fiscales, aides financières, etc. «Nous allons nous appuyer sur les conclusions des dernières Assises de la forêt pour mettre au point un plan global», a ajouté le ministre en charge de l’agriculture. La France fera également appel au fonds de solidarité européenne.
Seule note positive de cette catastrophe, estime Joseph Behaghel: «Le retour d’expérience de la gestion de crise de la tempête de 1999 devrait permettre de mettre en place plus rapidement un dispositif adapté».
21 réactions
Bernard THIERRY | 03/03/2009 - 12H09
chantiersorgaisés avec des chomeurs Pour "mettre en place rapidement un dispositif adapté", comme vous le dites, ne peut-on faire appel à des équipes de chomeurs volontaires qui seraient hébergés et nourris sur place? Ce bois convient-il pour faire des granulés pour les chaufferies avec les chutes?
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Yan Meroth | 20/02/2009 - 14H52
Faire feu de tout bois Autre piste qui ne semble pas avoir été citée: le bois d'oeuvre, en particulier la construction ossature bois. Cette utilisation s'accomode très bien du résineux, et ne souffre pas d'un bois peu esthétique car bleui. Il y a aussi les panneaux de fibre de bois en sus des contreplaqués et OSBs, avec différents usages selon les densités, épaisseurs, et adjuvants. Et aussi, si le bois est de qualité et esthétique correcte, la possibilité du reclassage par traitement thermique (bois chauffé), pour utilisation extérieure style bardage ou autre. Le pb de la gazéïfication est "qu'est-ce qu'on fait de l'usine ensuite?" En effet, il y aura forcément une baisse d'activité une fois le stock "klaus" étanché. Si en plus les produits de son économiquement pas viable hors stock klaus, ça va pas le faire.
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CULDAUT Jean | 18/02/2009 - 18H02
Un filière de panneaux bois qu'il faudrait développer en France! Pourquoi ne pas en profiter pour développer des filière bois pour produire les indispensables panneaux en bois (type OSB sans produits nocifs rajoutés) dont la maison de demain zéro énergie et même d'aujourd'hui pour améliorer sa thermique a cruellement besoin ? Ce marché semble aujourd'hui importateur, avec un transport coûteux pour la planète, alors que le territoire national a un potentiel remarquable de bois et forêts qu'ils faudrait mieux gérer pour le plus grand bien de tous et des constructeurs de demain soucieux de matériaux naturels aux performance remarquables...
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Besset Guillaume | 16/02/2009 - 23H10
GAZOBOIS Bonjour, Ne pensez vous pas que le gazobois à un potentiel très important, apparemment, même les résidus des résineux peuvent être convertis en gaz naturel de synthèse ! Voir : http://is.gd/j9IM
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Frédérick MASSA | 09/02/2009 - 17H24
Derrière l'arbre se cache la forêt Beaucoup de compassion pour les forestiers, il est effectivement difficile de trouver des débouchés pour le bois ; mais pour informations aux lecteurs, vendre aujourd'hui du carton, du papier, du film plastique et autres produits et matières premières secondaires issus du tri des "déchets" est devenu compliqué et peu lucratif dans le contexte actuel. Une pensée donc aussi pour cette profession.
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BINDER Pierre | 02/02/2009 - 21H41
autonomie de la chaudière (je ne suis pas un marchand de bois ni de chaudière bioomasse).Il faudrait rendre obligatoire un systeme mécanique de sécurité qui approvisionne le bois et rende au systeme une mini-autonomie. De plus un opérateur devrait pouvoir prendre la relève si tel n'est pas le cas. En effet, sinon que faire si une panne électrique intervient? Question: pourquoi EDF interdit le gaz nat en alimentation d'un alternateur auxiliaire ???
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BINDER Pierre | 02/02/2009 - 15H28
Même à Lyon pour 25MW Même à Lyon vous avez des centaines d'entreprises qui ont du bois de palettes cassée ou de calage non traité qui peut faire tourner des chaudières. Mais aujourd'hui il n'y a pas de marché pour ce bois donc il est cédé gratuitement et broyé. Je l'ai vécu... Autre suggestion: que fera t'on en hiver 2009-2010 s'il fait - 10°C pendant 10 jours et que Poutine ferme les robinets du gaz? Panne électrique généralisée et d'appro du gaz. Un conflit majeur. Le bois doit nous rendre notre indépendance énergétique et bien plus...
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BINDER Pierre | 01/02/2009 - 12H08
Danger du bois énergie? 3 remarques à Mr FLUCHERE: - le bois tombé au sol ne va pas "sécher" mais se décomposer et émettre du CH4. Et c'est bien le probleme aussi de gaz à effet de serre qui va poser cette tempète. - La combinaison Feuillu-résineux existe déjà dans les Landes et cela permet de limiter l'acidification des sols et de briser une monoculture qui rend vulnérable aux atteintes parasitaires - De plus le probleme du bois énergie n'est pas sa pollution mais c'est sa méconnaissance par une génération qui a été éduquée avec le préjugé que le bois était une énergie obsolète. Combien de HAP (Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques) sont libérés par l'industrie du pétrole et du gaz? Dans 10 ans il sera toujours opportun de mettre des filtres sur les chaudières biomasse si la réglementation l'impose; Ces filtres existent outre Rhin. De plus le Bilan CO2 du bois -énergie est (proche) de 0 donc tres bénéfique. Aujourd'hui il n'est plus un projet de chaudière supérieur à 1MW qui ne soit plus mené par les BE en étudiant pas le bois-énergie. Salutations
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jean fluchere | 30/01/2009 - 18H00
Affligeant Je trouve les premiers commentaires de cette information absoluments affligeants. Comment peut-on se réjouir d'une catastrophe économique et écologique dans les landes? C'est faire bien peu de cas du travail des sylviculteurs déjà fortement touchés en 1999 et afficher un profond mépris vis à vis de ceux qui travaillent dans le long terme et qui ont vu une vie de travail anéantie en quelques heures. Car c'est une réelle catastrophe économique pour toute une filière mal en point et qui ne s'en relevera peut-être pas. C'est aussi une catastrophe écologique car outre la disparition de tous ces arbres, il y a une forte atteinte à un équilibre écologique dont on ne connaît pas les conséquenses. Ajoutons à cela que les branchages qui sont au sol vont rapidement sécher et constitueront un matériau de base pour l'incendie de forêt ans le courant de l'été. Ceux qui parlent de mixité feuillu-résineux ont-ils pris des renseignements auprès des spécialistes de ce type de sol très particuliers. Sans compter que l'on a aussi vu des feuillus à terre. Ceux qui parlent de bois énergie savent-ils que la combustion des essences de résineux est fortement émettrice de HAP et d'autres polluants? Je pense que ce sont des irresponsables qui ont une vision déconnectée de la réalité.
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VAXELAIRE stéphane | 30/01/2009 - 14H39
le bois de la tempête et après ? Développer la filière bois énergie très bien. Mais une fois construite les chaudières à plaquettes ou les centrales à biomasse, celle-ci ont une durée de vie de 20 ans minimum, il faudra alors les alimenter en bois. Alors même si dans un premier temps il y a une ressource bon marché il ne faut pas non plus faire n'importe quoi et se précipiter. Développer la filière raisonnablement oui, et parallèlement mettre en place des aides pour pouvoir exporter ce bois vers les régions déjà consommatrices ou d'autres pays européens.
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BOCHET marc | 29/01/2009 - 17H47
filiere bois énergie La filière bois énergie permettrait d'écouler tous les bois abimés et il y en aura. comme les arbres abattus et abimés ne sont de toutes façon pas utilisable dans l'immédiat il n'en couterait pas tant de développer en parallèle la construction de chaudières susceptibles de le bruler. En dehors du bois de la tempete ce serait un encouragement pour les propriétaires à entretenir leurs massifs. La france compte pas mal de zones boisées qui ne fournissent pas de bois de qualité faute d'être correctement gérées.le bois énergie pourrait payer une gestion plus dynamique mais surtout ne pas faire de concurrence aux pétroliers et à notre chère AREVA.....
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PAUCHET Jean Jacques | 29/01/2009 - 16H00
Notre capacité d'adaptation C'est avant tout une grave catastrophe écologique pour la faune et la flore. L'urgence N° 1 c'est de se mettre au travail pour replanter rapidement. Ensuite, si bien entendu il faut aider la filière pour redonner à cette forêt de pins des Landes sa notoriété, il ne faut pas se tromper en aidant la filière bois au détrinent d'autres filières. On peut par exemple développer la filières des bois composites, des béton de bois, des isolants en bois. Décideurs arrêter de vous lamenter, si vous n'avez pas d'idées créatives pour traiter les millions de M3, lancer un concours d'idées et demander aux pouvoirs publics de garantir les investissements
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AMBLARD CHARLES | 29/01/2009 - 13H45
du bois ? Quelle bonne nouvelle ! Pour des milliards de gens, avoir du bois, c'est gagner au loto. Bravo à notre système économique (capitaliste ou autre, peu me chaut) qui aboutit à faire d'un produit fabuleux "une catastrophe environnementale". On est où ? Qui pense ? Et puis la forêt des Landes du second empire, totalement artificielle... Pas de questions à ce sujet ? La nature n'est pas méchante avec ses coups de vent, elle est ce qu'elle est qui permet ce qu'elle permet et quand on y touche...on prend quelques risques. On peut en tous cas le penser quand on voit ce qu'on a fait de notre planète pour le plus grand bonheur de l'homme... Un paumé qui n'a pas bien compris que le bonheur c'est le pavé parisien.
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PARDO Jean-Marc | 28/01/2009 - 23H03
Catastrophe écologique ? Une tempête à l'origine d'une catastrophe écologique ? Ce n'est pas la première ni la dernière et la nature s'accomode bien de ce genre d'évênement. Si des arbres plantés par l'homme en monocultures souffrent, c'est dommage pour leurs exploitants mais c'est une chance pour les autres espèces de retrouver un peu d'espace.
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AUDOUIN Jérôme | 28/01/2009 - 20H13
Dommage que le Grenelle de l'environnement n'ait été que du marketing politique et n'ait pas mis en oeuvre les recherches des experts des groupes de travail... Faire du développement durable c'est aussi prévoir et anticiper. Une fois encore les politiques n'oeuvrent pas en ce sens. Ce n'est pas la tempête ni les crises écoomiques et financières qui sont à l'origine des coûts supportés par les citoyens mais nos politiques...
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LOISON jean marie | 28/01/2009 - 20H13
Du bois au sol peut être une bonne nouvelle pour ceux qui se chauffe au bois car les granulets avaient subis un forte augmentation cette tempête fera peut être baissé le prix de ces granulets. Il faudra surveiller ce marché d'autre part il ya des pays qui seront demandeurs si le prix est attractif PSFOL
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VIVELAFORET Dominique | 28/01/2009 - 19H48
Biomasse Si dans le cadre des énergies renouvelables, alors que les marchands d'éolien sont prets à massacrer les forêts du Sud Ouest (région parmi les moins ventées de France !) on avait développé la biomasse, le devenir des pins aujourd'hui à terre serait en grande partie réglée. Quant à l'intervenant qui souhaite voir nos forêts détruites, remplaçées par du photovoltaïque, on croit rêver. Ca rejoint lors de grands incendies un titre de presse "doit on reboiser ou jouer la carte du tourisme". Nos forêts sont les plus grands absorbeurs de CO2 ; elles sont vitales.
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BINDER Pierre | 28/01/2009 - 19H19
lien avec plan biomasse Lien avec plan biomasse lancé par l'état par l'intermédiaire de l'ADEME ???
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ANCELIN Jordane | 28/01/2009 - 15H23
opportunité Un article des semaines précédentes traitait du déboisement de plusieurs centaines d'ha, notamment dans les landes, pour l'installation de centrales photovoltaïques au sol ; esperons qu'un lien pourra rapidement être étudié entre les "nouvelles disponibilités" de terrain suite à la tempête et les besoins de sol nu...
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Sylvius Aeneas | 28/01/2009 - 15H12
Sylvius Du pin, du peuplier... Que peut-on faire avec çà ? Cela ne vaut pas grand chose. Si c'était du chataigner ou du chêne on pourrait parler.
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José BABOT | 28/01/2009 - 15H00
Aides je me demane, encore une fois, si les aides sont bien ciblées. Certes la forêt des landes a pris un rude coup. Maintenant, il faut bien considérer que le Landais est au Sylviculteur ce que le beauceron est au paysan. Or il y a des petits paysans dans les Landes. Qui s'en emeut ? pas M Barnier semble-t-il
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