Des mers plus gélatineuses que poissonneuses

Le 26 août 2011 par Célia Fontaine
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La surpêche pourrait être à l’origine de la prolifération des méduses en Europe. C’est ce qu’indique Ocean 2012 dans un rapport publié le 25 août.
 
Cela fait quelques années que le phénomène existe, mais en 2010 et 2011, il s’est accentué. Des bancs de méduses atteignant des proportions inquiétantes ont conduit à la fermeture des plages de la Méditerranée et de la mer Noire en plein cœur de la saison touristique estivale.
 
Ces organismes de la famille des cnidaires peuvent être dangereux. Début août, en seulement une demi-heure, la Croix-Rouge a soigné 50 personnes à Denia sur la Costa Brava pour des blessures causées par la méduse pélagique (Pelagia noctiluca), Des bancs de cuboméduses (Carybdea marsupialis), potentiellement mortelles, ont été aperçus cet été au large de ces mêmes côtes.
 
Il y a plusieurs facteurs à l’origine de cette situation. Outre les courants, la salinité ou la température, le changement climatique et la pollution pourraient être responsable de la remontée des méduses dans des eaux plus septentrionales. Pour Ocean 2012, bien qu’il existe des liens entre ces facteurs, la surpêche est également un élément important qui contribue à pratiquement toutes les grandes pullulations de méduses étudiées. «Les écosystèmes des pêcheries sont fréquemment surexploités et le prélèvement d’un trop grand nombre de poissons dans ces écosystèmes offre à ces méduses une niche écologique où elles peuvent prospérer», note le rapport de l’alliance d’organisations.
 
En effet, les grands prédateurs comme le thon, la morue ou les tortues sont de plus en plus pêchés, tout comme les crustacés et les mollusques, ce qui peut conduire à des changements dévastateurs dans l’équilibre marin (voir le JDLE). Dans les eaux namibiennes, la surpêche de la sardine aurait conduit à la domination par les méduses d’un écosystème autrefois riche en poissons. «Cette modification de l’écosystème est ensuite amplifiée par la quantité de méduses qui supplantent les poissons en se nourrissant des mêmes espèces de zooplancton», peut-on lire dans une étude de 2009[1].
 
En 2011, 63 % des stocks de poissons européens connus sont touchés par la surpêche, contre une moyenne mondiale de 28 %. La Méditerranée est particulièrement «pillée», avec 82 % des stocks connus surpêchés. En France, 7 espèces sur 10 aux étals des poissonneries sont surexploitées ou au bord de la surexploitation, selon Greenpeace (voir le JDLE).
 
La prolifération des méduses ne nuit pas qu’aux vacanciers. Un rapport de 2008 de la National Science Foundation américaine estime que l’importante invasion de méduses en mer Noire a coûté aux industries du tourisme et de la pêche près de 240 millions d’euros depuis les années 1990. Les élevages écossais et français de saumons et de truites ont subi des pertes de plusieurs millions d’euros. «Les filets de pêche sont obstrués par les méduses et se déchirent ; la qualité du poisson peut être considérablement diminuée», peut-on lire dans le rapport. Certaines collectivités doivent aussi mettre la main à la poche pour empêcher les bancs de méduses d’atteindre les eaux peu profondes et leurs plages (barrières flottantes, bateaux de collecte).
 
Pour mettre fin à cette situation « cauchemardesque », Ocean 2012 mise sur la réforme de la politique européenne commune de la pêche (PCP). 
 
Le projet a présenté le 13 juillet dernier par Maria Damanaki, la commissaire européenne à la pêche, prévoit notamment, pour les navires de plus de douze mètres ou ceux dotés d'engins traînants (chalutiers, drague), l'instauration d'un marché des droits individuels de pêche, des «concessions» que les pêcheurs pourront vendre au plus offrant s'ils veulent quitter la profession. Bruxelles envisage également l'interdiction progressive d'ici à 2016 des rejets de poisson, par exemple en obligeant les pêcheurs à débarquer au port tous les poissons capturés, y compris les plus petits jusqu'ici rejetés en mer.
 
Selon un collectif d’associations de défenses de l’environnement regroupant Greenpeace, Bloom, La Fondation pour la Nature et l’homme, Océan 2012 et le WWF, «l’une des explications de l’échec de la Politique commune de la pêche (PCP) est le poids des pays ayant des intérêts dans la pêche, au premier rang desquels la France et l’Espagne, porte-parole du lobby de la pêche industrielle dans les décisions européennes» (voir le JDLE).


[1] Pauly, D., Graham, W., Libralato, S., Morissette, L. and Palomares, M.L.D. (2009) Jellyfish in ecosystems, online
databases, and ecosystem models. Hydrobiologia, Vol.616, No.1, pp.67–85.



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