Des investissements d’avenir difficiles à chiffrer

Le 10 juillet 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Jean-Marc Ayrault: Que sera la France dans 20 ans?
Jean-Marc Ayrault: Que sera la France dans 20 ans?

Pas facile de s’y retrouver dans les annonces faites, mardi 9 juillet, par le premier ministre. Dans le cadre prestigieux de l’université Pierre et Marie Curie (Paris), Jean-Marc Ayrault a présenté une nouvelle mouture des programmes d’investissements d’avenir (PIA). Doté de 12 milliards, ce PIA poursuit les investissements financés par le Grand Emprunt de 2010. A l’époque, le gouvernement Fillon avait levé 22 milliards d’euros. Cette manne avait été complétée par le remboursement des fonds prêtés par l’Etat aux banques lors de la crise de 2008, soit 13 milliards d’euros.

Le Grand Emprunt avait 5 priorités: l’université et la recherche, l’industrie, le développement durable, les PME innovantes et l’économie numérique. Le PIA en ajoute 3: la santé, le soutien aux industries de défense et l’aéronautique. Jusqu’ici, tout va bien. Répondant aux critiques formulées la semaine passée par Delphine Batho [JDLE], le premier ministre a assuré que «la moitié concernera directement ou indirectement des investissements pour la transition écologique». Des projets dont l’attribution sera soumise à un «critère d’éco-conditionnalité». Et là, le décompte se corse.

La mobilité est l’une des nouvelles priorités du gouvernement Ayrault. Plus de 5 milliards d’euros seront ainsi consacrés à la modernisation et le développement des infrastructures et des services de transport. On achètera de nouvelles locomotives Diesel, on rénovera les vieux trains Corail.

Et l’on appliquera aussi le scénario 2 du rapport présenté, il y a deux semaines, par le député (PS) Philippe Duron [JDLE]. Lequel prévoit d’accroître de 400 M€ les crédits de l’Agence de financement des infrastructures de transport de France —grâce aux recettes générées par l’écotaxe poids lourd et non par le PIA — et surtout de réaliser bon nombre de projets… routiers: l’aménagement du tronc commun RN154/RN12, contournement d’Arles, la liaison A31bis entre Toul et la frontière luxembourgeoise, liaison autoroutière A28-A13 de contournement Est de Rouen, liaison A45 entre Lyon et Saint-Etienne et aménagement de la RN 126 entre Toulouse et Castres. Des projets dont on peut discuter de la «durabilité». Des projets qui ne seront pas forcément financés non plus par le PIA. Passons.

Place à la transition énergétique, avec le énième déploiement annoncé de Linky, le compteur communicant d’électricité. Son installation chez les 35 millions de clients français doit être achevée en 2020, a indiqué le locataire de l’hôtel Matignon. Ce qu’impose d’ailleurs la directive du 13 juillet 2009 sur le marché intérieur de l’électricité.

Le premier ministre a aussi annoncé qu’un premier appel d’offres européen sera lancé, cet été, pour la fabrication de 3 millions de compteurs jaune vif. Ces merveilles de design industriel devraient être installées d’ici à 2016. Coût de cette première vague : 500 millions d’euros, entièrement réglé par… le groupe EDF. Et non par le PIA. Le gros de la flotte (avec des compteurs de technologie différente!) sera mis en œuvre entre 2017 et 2020 et sera, cette fois, entièrement payé par… le consommateur, via le tarif d'utilisation des réseaux publics d'électricité (TURPE, qui fournit l’essentiel des revenus de la filiale distribution d’EDF, ERDF, laquelle est en charge du déploiement de Linky).

Là encore, le PIA n’est pas concerné. A noter que le montant total de la facture de la généralisation du compteur «intelligent» atteint désormais les 5 milliards d’euros: un peu plus que le montant initial du devis officiel. Le premier ministre a aussi annoncé que 2,3 milliards d’euros seraient directement consacrés à la transition énergétique.

En 10 ans, cette manne servira tout à la fois à «accompagner les entreprises du secteur de la rénovation thermique des logements», à la recherche sur de nouvelles technologies de stockage, de transport et de production d’énergie. Mais aussi à développer de nouvelles technologies de recyclage des déchets, des technologies vertes et des «solutions de transport de demain».

Pour Delphine Batho, le compte n’y est pas: 2,3 milliards, «c'est moins que par le passé où l'Ademe disposait de 2,8 milliards pour les appels à manifestation d'intérêt», rappelle l’ancienne ministre de l’écologie, dans un communiqué. Cela ne fait pas non plus la moitié du montant du PIA. Qu’importe.

Car les écologistes sont contents. Ce qui est sans doute l’un des objectifs visés par le chef du gouvernement. Cécile Duflot, ministre de l’égalité des chances, voit dans le PIA «un effort sans précédent en faveur de la transition écologique et du désenclavement des territoires.» Même tonalité chez Pascal Durand, le patron d’EELV qui met l’accent sur l’éco-conditionnalité: «On va devoir justifier de l'utilisation des fonds».



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus