Des idées plein les filets pour limiter les rejets de poissons

Le 07 novembre 2018 par Stéphanie Senet
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Clara Ulrich est chercheuse à l'université technique du Danemark, qui pilote le projet européen Discardless
Clara Ulrich est chercheuse à l'université technique du Danemark, qui pilote le projet européen Discardless

Les premiers résultats du projet européen Discardless ont été présentés ce 7 novembre à Paris. Plusieurs techniques sélectives et stratégies d’adaptation permettent de réduire les prises accessoires.

 

Pour limiter au maximum les rejets de poissons en mer, l’Union européenne a adopté en 2013 une obligation de débarquement des prises, dont l’entrée en vigueur s’étale entre 2015 et 2019 selon les espèces[1] et les zones de pêche. Par exemple, toutes les pêcheries de la mer Baltique y sont aujourd’hui soumises. «Malgré cette évolution réglementaire, force est de constater qu’il y a encore très peu de changements visibles dans les pratiques des pêcheurs. Ils ne recourent pas encore aux techniques de sélectivité et utilisent très peu le Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche (FEAMP). Par ailleurs, ils affichent une très forte opposition à cette obligation», relève Clara Ulrich, chercheure à DTU Aqua, l’université technique danoise qui pilote le projet européen Discardless jusqu’en janvier 2019. 

 

Plus de quotas, c’est plus de rejets en mer

Réduire les rejets reste pourtant une priorité absolue, alors que les Etats membres font pression pour augmenter, voire supprimer, les quotas de pêche et que des dérogations au rendement maximal durable (RMD) –censé être appliqué au plus tard en 2020– font leur apparition dans les plans régionaux. La dernière en date revient aux eurodéputés de la commission Pêche dans le cadre du plan pluriannuel pour les eaux occidentales. Elle a toutefois été annulée 15 jours plus tard par le Parlement réuni en session plénière.

 

Etat des lieux scientifique

Pour aider les pêcheurs et les autorités à passer à la vitesse supérieure, les scientifiques réunis autour de Discardless –31 partenaires de 12 pays dont l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer)– se sont penchés sur les effets de cette obligation sur les écosystèmes et les pêcheurs. Et surtout sur les techniques et tactiques disponibles pour accroître la sélectivité des captures.

 

Priorité aux techniques sélectives

«La solution miracle n’existe pas. Mais ces travaux montrent qu’on peut quand même faire plein de choses pour réduire les rejets», résume Clara Ulrich. A commencer par repenser le choix des techniques de pêche. Une évolution nécessaire mais complexe, compte tenu des résultats différents obtenus selon les espèces ciblées. En réalisant 38 tests de sélectivité sur l’églefin, les chercheurs ont pu mettre en valeur l’importance du maillage et du fil utilisé sur la quantité de rejets.

En général, l’adoption de mailles carrées et de plus grandes tailles de mailles permettent de réduire les captures non désirées. En Espagne, des tests de panneaux flottants ont également été concluants pour réduire les impacts du chalutage sur l’environnement et réaliser des économies de carburant. Les expériences menées sur l’éclairage des chaluts n’ont en revanche donné aucun résultat significatif.

 

Les stratégies d’évitement

Deuxième piste d’action: la mise en place de stratégies d’évitement. L’idée est de mieux connaître les espèces présentes sur les zones de pêche, ainsi que leurs trajectoires au cours de l’année, pour éviter les zones où les chevauchements sont les plus grands. Un bémol: les cartographies réalisées par les chercheurs montrent des évolutions rapides, d’une année sur l’autre. Difficile, dans ce contexte, de prévoir à long terme la présence des espèces halieutiques à un instant T. Autre problème: en réduisant les prises accessoires de certaines espèces, les pêcheurs participant aux expériences ont vu augmenter les rejets d’autres espèces. C’est pourquoi les stratégies d’évitement s’avèrent globalement moins efficaces que les techniques de sélectivité.

 

Une mine d’informations en ligne

«Dans tous les cas, la hausse de la sélectivité ne marchera que si elle n’est pas imposée au pêcheurs. Il faut donc développer les incitations et les processus ‘bottom-up’[2] pour que les solutions innovantes proviennent des pêcheurs eux-mêmes», conclut Clara Ulrich. Si de nombreuses données, dont un manuel des techniques sélectives, sont d’ores et déjà disponibles sur le site dédié à Discardless, l’ensemble des applications web développées par les chercheurs ne seront pas rendues publiques avant la conclusion du projet, en janvier 2019.



[1] Il s’agit des espèces soumises à des totaux admissibles et des tailles minimales de capture

[2] bottom-up: approche ascendante



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