Des enfants surexcités par les perfluorés

Le 15 juin 2011 par Romain Loury
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Les composés perfluorés (PFC) pourraient augmenter le risque de troubles de déficit de l’attention et d’hyperactivité (TDAH) chez les enfants, selon une étude publiée dans la revue Environmental Health Perspectives (EHP).
 
Cette famille chimique est notamment utilisée dans la fabrication de revêtements antiadhésifs pour les ustensiles de cuisine, dont les poêles à base de Téflon, et pour les traitements antitaches et imperméabilisants de textiles. Parmi eux, l’acide perfluorooctanoïque (PFOA) est bien connu de la justice américaine: dans les années 2000, il a fait l’objet d’une «class action» déposée contre l’entreprise DuPont par les riverains de son usine de Washington Works (Virginie-Occidentale, USA).
 
Si les PFC sont suspectés d’être des perturbateurs endocriniens et des cancérogènes, ils agiraient aussi sur le développement neurologique. Notamment sur le risque de TDAH, trouble infantile de l’attention et de la concentration, qui semble à la hausse [1].
 
Suggéré pour la première fois en 2010, ce phénomène prend un peu plus de réalité avec l’étude menée par Cheryl Stein, de la Mount Sinai School of Medicine de New York [2].
 
Résultat des analyses: parmi les 4 PFC testés [3], c’est le PFHxS qui est le plus étroitement associé au TDAH. En cas de présence élevée dans le sang, le risque était augmenté jusqu’à 59%. Même tendance pour le PFOS, avec un risque accru de 27%. Quant au PFOA et au PFNA, leurs chiffres n’étaient pas concluants.
 
Si ces résultats confirment l’étude de 2010, l’association entre PFC et TDAH devra être étayée par «une évaluation approfondie», tempèrent les auteurs. Mais le taux de TDAH dans la zone étudiée est déjà évocateur: 14,3% chez les 12-15 ans. Contre 8,4% dans le groupe étudié en 2010, censé refléter la population générale.
 
En France, la présence des PFC dans l’eau vient de faire l’objet d’un rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) (voir le JDLE). Plutôt rassurante, l’Anses indique que seuls 25% des échantillons d’eau brute et d’eau traitée présentent une quantité mesurable de PFC, toujours en dessous de la cote d’alerte.
 
Quant à la présence de PFOA dans les ustensiles de cuisine, l’agence a estimé en 2009 que le risque était négligeable, le niveau d’exposition étant très inférieur à la dose journalière tolérable (DJT).
 
 
 
[1] Selon une étude (http://www.cdc.gov/mmwr/preview/mmwrhtml/mm5944a3.htm?s_cid=mm5944a3_w) publiée en 2010 par le Centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC selon l’acronyme anglais), le taux de TDAH chez les enfants et adolescents américains est passé de 7,8% à 9,5% entre 2003 et 2007, soit une hausse de 21,8% en 4 ans.
 
[2] La chercheure a analysé plus de 10.500 enfants et adolescents du projet «C8 Health» (C8 étant un autre nom du PFOA), grande étude lancée en 2005 afin de surveiller les effets sanitaires de l’agent chimique près de l’usine de Washington Works. L’exposition aux PFC a lieu par consommation d’eau contaminée.
 
[3] Ces 4 agents sont le PFOA, le PFOS (sulfonate de perfluorooctane), le PFHxS (sulfonate de perfluorohexane) et le PFNA (acide perfluorononanoïque).


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