Des dirigeants déboussolés par un mouvement inédit

Le 15 mars 2019 par Romain Loury
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Parler aux jeunes, une question de style
Parler aux jeunes, une question de style
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Si aux Pays-Bas et en Belgique, pays de forte mobilisation, les premiers ministres ont reçu des représentants des lycéens pour parler action climatique, d’autres pays ont opté pour des attitudes différentes. Allant du «Go back to school» britannique au «On vous comprend, d’ailleurs on pense comme vous» français.

Pour Theresa May, la messe est dite: par la voix de son porte-parole, la première ministre britannique a jugé, le 15 février, que la place des lycéens n’était pas dans la rue, mais en classe. Le seul endroit où ils pourront, une fois sortis de la chrysalide, se transformer en magnifiques professionnels voletant à l'assaut du réchauffement climatique.

Bien sûr, c’est une bonne chose que les jeunes soient «engagés sur les questions qui les concernent le plus», mais il est «important de noter que de telles perturbations accroissent la charge de travail des enseignants et gâchent un temps de cours qu’ils ont soigneusement préparé», a ajouté, sans rire, Downing Street.

Merkel en surchauffe diplomatique

Manifestement inspirée, Angela Merkel a fait très fort, le 16 février. Alors qu’elle était interrogée sur les manipulations informatiques de la Russie, lors d’une conférence sur la sécurité organisée à Munich, la chancelière s’est brusquement emballée, jugeant «difficile d’imaginer» que «tous les enfants se mettent soudain à penser au changement climatique, sans interférence étrangère».

Début mars, elle faisait un virage à 180° dans son podcast hebdomadaire –garanti sans piratage russe: «je soutiens très fortement le fait que les étudiants manifestent dans les rues pour protéger le climat», a-t-elle déclaré, jugeant que les objectifs climatiques «ne pouvaient être atteints sans le soutien de la société». Tout juste a-t-elle risqué un mot sur la sortie allemande du charbon -prévue pour 2038-, rappelant qu’il était important, alors que les lycéens demandent d’aller plus vite, «de réconcilier emploi, compétitivité et objectifs climatiques».

Quand le prof cherche à se faire aimer

Côté France, l’attitude est celle d'un bon prof compréhensif. Limite lénifiant, dans un contexte social toujours aussi marqué par les Gilets jaunes: jeudi 14 mai dans l’Opinion, le ministre de la transition écologique François de Rugy indiquait ainsi «n’appeler évidemment pas à la grève dans les lycées, mais c’est une bonne chose que la jeunesse se mobilise pour une cause d’intérêt général».

Interrogé en marge du One Planet Summit de Nairobi (Kenya), Emmanuel Macron se veut même prof-copain: «notre jeunesse nous dit ‘vous n’allez pas assez vite’. Je veux la remercier, partout dans le monde. Elle a raison de s’impatienter car nous n’avons que trop tardé». Puis se fait grondeur dès qu’on lui parle de l’Affaire du siècle: «je ne pense pas qu’elle mènera à un débouché judiciaire et ce n’est pas là que ça se joue. Je n’achète pas cet esprit. Ce n’est pas le peuple contre le gouvernement, il faut arrêter ces bêtises».

Coté «bêtises», le gouvernement n’a pas été en reste cette semaine: d’une part, le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, tentait subtilement, lundi 11 mars, de cantonner les lycéens dans leurs établissements par l’organisation de débats sur l’environnement le jour même de la grève (entre 16h et 18h). «Ca va encore plus loin que d’aller dans la rue», a insisté le ministre sur LCI.

D’autre part, son secrétaire d’Etat Gabriel Attal et 10 jeunes députés LREM ont publié jeudi 14 mars dans L’Obs une tribune intitulée «nous marcherons demain pour la planète». «Avec une demande aussi simple qu’ardente: maintenir le monde à température normale, au sens propre du terme». Et, accessoirement, «avec la reconnaissance du chemin parcouru depuis 2017».



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