Dès demain, nous vivons à crédit

Le 20 août 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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A partir de samedi, nous vivons à crédit écologique.
A partir de samedi, nous vivons à crédit écologique.

Selon le Global Footprint Network, nous avons déjà consommé tous les biens et les services naturels que la planète peut nous apporter pour l’année.

Les défenseurs de l’environnement rivalisent d’imagination pour attirer l’attention des citoyens sur les ravages de la société de consommation. En juin 2009, la filiale américaine de la Deutsch Bank a fait afficher sur la façade d’un gratte-ciel new-yorkais un compteur géant indiquant en temps réel le tonnage de nos émissions mondiales de gaz à effet de serre. Chaque seconde, environ 800 tonnes de plus s’ajoutent ainsi au tableau.

 

Le Global Footprint Network (GFN) a une autre approche. D’origine californienne, ce lobby écolo a créé l’Overshoot Day : le jour du « dépassement ». Son principe est assez simple. Chaque année, les membres de ce réseau international estiment la consommation de biens et services naturels (de la production d’aliments au stockage de gaz à effet de serre). Ils évaluent ensuite les surfaces de terres et d’océans nécessaires à la satisfaction de nos besoins, gestion des déchets comprise. Ils estiment ensuite si cette surface est capable de régénérer les ressources consommées. Voilà pour le calcul de cette empreinte écologique.

 

Mais c’est sa déclinaison médiatique qui se révèle particulièrement astucieuse. En prenant comme base de calcul les projections économiques de l’année, le GFN estime les niveaux de consommation. Conjuguée à la capacité des milieux à régénérer les matières premières, cela permet d’estimer à partir de quel moment de l’année nous dépassons les capacités de la planète à satisfaire nos besoins.

 

L’an passé, le jour du « dépassement » est tombé le 25 septembre. Cette année, reprise économique oblige, c’est pire. C’est demain, le 21 août, que nous dépassons, globalement, nos quotas pour 2010. Dit autrement, nous avons englouti en moins de 9 mois notre réserve annuelle de biens et de services naturels. Dès le 22 août, nous commencerons à creuser notre découvert écologique. Hélas, cette situation n’est pas nouvelle. « Cela fait une trentaine d’années que nous consommons plus que la terre ne peut nous donner », rappelle Mathis Wackernagel, président du GFN et co-inventeur de la méthode d’empreinte écologique.

 

Dans le classement des « débiteurs » et des « créditeurs », la France ne fait pas bonne figure. L’empreinte écologique per capita tourne autour de 4,5 hectares quand seulement 3 sont disponibles. Aux Etats-Unis, c’est pire : 4,5 ha utilisables pour chaque Américain, mais 9 effectivement utilisés. Deux fois plus. Les Japonais sont encore plus irresponsables : le rapport entre terres utilisables et terre utilisée va de 1 à 4,5.

 

Dans la colonne des bons élèves, on trouve, curieusement, la Birmanie, la Colombie, le Congo, l’Erythrée, la Russie ou le Laos, dont on ignorait jusqu’alors qu’ils avaient mis en pratique les principes du développement soutenable.

 

N’en déplaisent aux économistes, l’« overshoot day » n’est pas qu’un gadget médiatique. Il est aussi un moyen ludique de rappeler la non-pertinence de certains fondamentaux de la comptabilité publique, comme le produit intérieur brut, qui ne comptabilise pas la valeur des biens et des services naturels. En 2008, à l’invitation du président Sarkozy, une quinzaine d’économistes (dont 5 Nobel) et de statisticiens planchèrent sur la question. Un an après la publication de leurs recommandations, les membres de la commission Stiglitz attendent toujours qu’elles soient traduites en actes.



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