Des cargos à voile et à moteur

Le 14 février 2020 par Victor Miget
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20%, c'est la moyenne d'économie de carburant avancé par Airseas pour sa technologie.
20%, c'est la moyenne d'économie de carburant avancé par Airseas pour sa technologie.
Airseas

La startup toulousaine Airseas développe un kite pour les navires de commerce. Une solution élégante pour introduire un peu d’éolien dans la très carbonée marine marchande. La solution intéresse déjà de gros armateurs.   

 

Utiliser la force motrice du vent pour réduire le régime des moteurs thermiques d’un navire de commerce, une sacrée idée pour alléger l’empreinte carbone du transport maritime. L’idée n’est pas nouvelle. Au début des années 2000, l’entreprise allemande Skysails proposait d’équiper les cargos d’une voile de Kite pour se laisser tracter les jours de grand vent. Le concept a été décliné par le navigateur Yves Parlier et plus récemment par la start-up Airseas.

Dans les prochains mois, la compagnie toulousaine devrait équiper d’une voile de kite, le Ville de Bordeaux de la compagnie Louis Dreyfus Armateurs. Long de 150 m, ce roulier[1] transporte des pièces d’avion Airbus entre Saint-Nazaire et les Etats-Unis.

Cette drôle de voile de 500 m2 a été développée par la société Toulousaine. «Notre aile vole à 150 m d’altitude avec un angle de 30° par rapport au navire. De cette façon, les vents sont plus puissants et plus constants. L’intérêt de ce système est de réduire les consommations de carburant et toutes les émissions associées. Nous estimons la baisse de consommation à 20%», nous explique Luc Reinhard en charge du développement chez Airseas. Non négligeable quand on sait que les armateurs se sont engagés à réduire de 40% les émissions de CO2 de leurs navires d'ici à 2030.

L’économie d’énergie et de carbone réelle sera fonction du régime des vents, de la route empruntée et des navires. Sur un cargo moderne, équipés de moteurs sobres, les gains seront sans doute moins importants que pour un vieux navire.

Simplicité d’installation

Cette aile (voile) automatisée est installée sur un mât de 30 mètres à l'avant du bateau. Son déploiement ou son rangement prend une quinzaine de minutes. «D’une part c’est une technologie modulaire très simple à installer et à opérer. D’autre part, nous sommes à l’épreuve de l’avenir car nous pourrons toujours installer notre système sur un navire», assure Luc Reinhard. .

En parallèle de son partenariat avec Louis Dreyfus Armateurs, Airseas a signé un contrat avec l’armateur japonais Kawasaki Kisen Kaisha (K-Line). Une voile de 1.000 m2 équipera l’un de ses vraquiers[2] de 300 m de long en 2021. «C’est ce modèle d’aile qui sera d’ailleurs industrialisé», précise Luc Reinhard. Si l’armateur est satisfait du dispositif, il fera l’acquisition de 50 kite afin d’équiper sa flotte.

La voile revient à la mode dans le secteur maritime. Airseas n’est effectivement pas la seule société à la remettre au gout du jour. Zéphyr & Borée développe pour ArianeGroup un cargo de 121 mètres dédié au transport du lanceur Ariane 6. Le navire combine lui aussi la force du vent à celle des moteurs afin d’économiser du carburant.

 

 



[1] Un roulier est un navire utilisé pour transporter entre autres des véhicules, chargés grâce à une ou plusieurs rampes d'accès.

[2] Un vraquier est un navire de charge destiné au transport de marchandises solides en vrac