Des alcaloïdes partout dans le seigle

Le 14 décembre 2011 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Les alcaloïdes issus de l’ergot de seigle sont quasiment tout le temps détectés dans cette céréale, selon une étude universitaire belge menée pour le compte de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa).
 
Riche en alcaloïdes, l’ergot de seigle (Claviceps purpurea) fait partie des contaminants alimentaires connus de très longue date, avec des épidémies rapportées dès le Moyen-Age. Parasite des céréales, en premier lieu du seigle, ce champignon provoque l’ergotisme (le «mal des ardents» ou «feu de Saint-Antoine»), maladie qui se caractérise notamment par des convulsions et des hallucinations. Plusieurs des alcaloïdes de l’ergot ont trouvé une utilisation dans le domaine médical; le LSD, une drogue hallucinogène, en est dérivé.
 
Malgré cet historique chargé, l’Efsa manque de données sur le niveau de contamination actuelle des aliments, qu’ils soient destinés à la consommation humaine ou animale. L’étude qu’elle a confiée au laboratoire d’analyse alimentaire de l’université de Gand (Belgique) constitue ainsi l’aperçu le plus complet au niveau européen.
 
Les chercheurs ont analysé 803 échantillons de céréales provenant de 13 pays européens -dont la France-, en premier lieu du seigle, suivi du blé et du triticale (hybride artificiel de ces deux céréales). Parmi les différents alcaloïdes testés, c’est l’ergosine qui revenait le plus souvent, sauf dans le blé destiné aux animaux, dans lequel c’est l’ergométrine qui dominait.
Pour le seigle destiné à la consommation humaine, 95% des échantillons s’avéraient positifs aux alcaloïdes, contre 52% de ceux prévus pour l’alimentation animale. Mais en moyenne, le niveau était plus faible dans le seigle destiné aux humains que dans celui pour les animaux, où les alcaloïdes pouvaient atteindre des niveaux très élevés, jusqu’à 12.340 microgrammes par kilogramme (µg/kg) dans un échantillon suisse.
 
Même constat pour le blé, dont 86% des échantillons pour les humains étaient contaminés, contre 34% de ceux destinés aux animaux. Les chercheurs, qui ne parviennent pas à s’expliquer ces différences, proposent de poursuivre l’étude, ces résultats ne portant que sur des échantillons récoltés en 2010.
 
Si l’ergotisme a quasiment disparu chez l’homme, il demeure «un problème vétérinaire important», estiment-ils. Selon une étude allemande datant de 2003, il serait même à la hausse chez les animaux d’élevage, phénomène lié à l’utilisation accrue d’hybrides de seigle.
 
En France, il faut remonter à l’été 1951 pour retrouver les derniers cas probables chez l’homme, avec l’affaire du «pain maudit de Pont-Saint-Esprit», qui a fait 7 morts dans cette petite ville du Gard et mené à l’internement psychiatrique d’une cinquantaine de personnes. Le rôle de l’ergot n’a toutefois jamais été prouvé, et d’autres hypothèses ont été avancées… notamment un test de LSD mené à grande échelle par les services secrets américains!


Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus