Derrière les gilets jaunes, la recherche d’une autre mobilité?

Le 19 novembre 2018 par Marine Jobert
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L'organisation du territoire, l'essence des gilets jaunes?
L'organisation du territoire, l'essence des gilets jaunes?
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L’exécutif fait désormais des hausses de taxes sur les carburants une croisade pour le climat et la santé. Les ‘gilets jaunes’, tout en dénonçant ce qu’ils considèrent comme une ponction fiscale inique, ne bousculent-ils pas le regard sur l’organisation du territoire?

 

Défileront ils à Paris le 24 novembre? La semaine qui s’ouvre sera sans nul doute sous haute tension, alors que plus de 287.710 personnes (selon les seuls chiffres du ministère de l’intérieur) ont manifesté ce 17 novembre avec leur gilet jaune, signe de ralliement d’une France qui se sent déclassée, ignorée et pressurée. Plus de 2.000 sites ont été investis dans tout le pays, à grand renfort de blocages de routes, d’opérations escargots et de barbecues. 409 personnes ont été blessées –dont 14 gravement– et une femme est morte en Savoie sous les roues d’une conductrice paniquée qui tentait de passer un barrage. Les blocages se sont poursuivis avec une moindre intensité le lendemain. Et ce lundi, c’est vers les dépôts pétroliers qu’ont convergé les plus déterminés, comme à Vern-sur-Seiche (près de Rennes), La Pallice (à La Rochelle), à Lespinasse (près de Toulouse) ou à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône). «On veut désormais bloquer les raffineries et les dépôts industriels pour avoir un impact économique, a expliqué Benjamin Cauchy, un organisateur du mouvement à Toulouse. Edouard Philippe nous a entendus d’une seule oreille mais ne nous écoute pas.»

A 22 voix contre 20, les députés ont adopté un amendement excluant l’huile de palme des agrocarburants (et des avantages fiscaux qui vont avec), contre l’avis du gouvernement. Et les 300 emplois de la bioraffinerie de la Mède? Et les tensions diplomatiques avec l’Indonésie? Bruno Millienne, le député MoDem à l’origine de la fronde leur a préféré les ravages de la déforestation, et la cohérence en matière de transition énergétique. «Pourquoi on rajoute de la taxe carbone, pourquoi on augmente la taxe sur le gazole, et quand on veut faire du carburant propre en France, on garde l'huile de palme (...) L'huile de palme, c'est plus nocif que l'essence».

Sortir de la voiture?

C’est que le Premier ministre ne semble effectivement avoir aucune intention de modifier la trajectoire de la fiscalité des carburants, point de départ officiel de cet embrasement populaire. «Le cap, il est beau et nous allons le tenir», a-t-il déclaré dimanche soir sur France 2, quelques jours après avoir déjà concédé une série d’aides fiscales. Avant d’ajouter, «nous voulons libérer [les Français] de cette dépendance à la voiture». Une assertion qui peut être mise en doute au vu du poids du secteur automobile en France, ou encore de la stratégie nationale sur la voiture autonome, fer de lance de la relance industrielle hexagonale, dont les effets sur l’autosolisme ou la réduction des congestions sont loin d’être avérés. «Est-ce que c'est emmerdant?, a risqué Benjamin Griveaux. Oui, a répondu le porte-parole du gouvernement. Mais il faut changer les habitudes, et arrêter de raconter n'importe quoi. On aura bien l'air malin si on est tous malades dans 20 ans et qu'on a gagné du pouvoir d'achat.»

Un malentendu?

C’est probablement là le nœud et le grand malentendu de ce conflit. Car le gouvernement affiche sa fermeté comme une réponse à un enjeu climatique et sanitaire, repris au bond par les signataires de la pétition des gilets jaunes, qui estiment «tout à fait honorable que nous cherchions des solutions pour circuler en polluant le moins possible notre environnement». «Comment voulez-vous que les gens soient convaincus de la volonté du gouvernement de faire la transition écologique alors qu'ils ferment 9.000 kilomètres de voies ferrées?», assène par exemple Benjamin Cauchy sur BFMTV, en référence aux ‘petites lignes’ qu’Edouard Philippe avait justement refusé d’éradiquer d’un coup de plume depuis Paris.

Une jacquerie de colères

D’autant que des arrière-pensées bien fiscales motivent grandement le gouvernement, qui a des vues sur les 37,7 milliards d’euros que doit rapporter la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) en 2019. 12,3 Md€ seront affectés aux collectivités locales, 1,2 Md€ sera consacré aux infrastructures de transport. 17 Md€ iront dans les poches de l’Etat, dont 2,9 Md€ générés par «la poursuite de la hausse de la fiscalité énergétique». Et seulement 7,2 Md€, soit 19% du total, iront dans le compte d’affectation spéciale ‘transition écologique’, qui sert notamment à développer les énergies renouvelables. L’organisation du territoire (50% des Français prennent quotidiennement leur véhicule), dans lequel les déplacements ont été pensés comme «la variable d’ajustement de toutes les autres activités», semble nourrir cette jacquerie agrégative de décennies de colères qu’expriment les ‘gilets jaunes’.

 



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