Depuis le 20 juin, la France n'a plus de poisson

Le 09 juillet 2010 par Célia Fontaine
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Selon un rapport publié aujourd'hui par la New Economics Foundation (NEF) et Ocean2012, coalition d’ONG de protection des océans, l’Europe a, au 9 juillet, consommé la totalité du stock de poissons disponible dans ses mers. Elle doit donc recourir à l’importation. Un comble alors que certaines espèces européennes surpêchées sont exportées dans d’autres parties du monde. Près de la moitié de la consommation de poisson dans l'UE reposerait donc sur des stocks provenant d'eaux non communautaires.

« Nous engloutissons en 189 jours les réserves prévues pour 365 » prévient la Nef dans son communiqué du 8 juillet. Malgré le fait que l’Union européenne soit dotée de zones de pêche extrêmement riches, « elle n'a pas réussi à les gérer de manière responsable », déclare Aniol Esteban, économiste de la Nef et d'Ocean2012.

Pour arriver à cette constatation, l’organisation a évalué le degré d' « autosuffisance », en termes de consommation de poisson, pour l'ensemble de l'UE et pour chacun de ses Etats membres. « L'autosuffisance se définit comme la capacité des pays européens à répondre à la demande en poisson grâce à la production provenant de leurs propres eaux », précise le rapport.

Un calendrier a été élaboré, pour indiquer de manière précise le jour où chaque pays membre sort de cette autosuffisance et devient dépendant des exportations pour sa consommation de poisson. Il montre que le « Jour de dépendance à l'égard du poisson » est le 9 juillet pour l’Europe, et le 20 juin pour la France. « Depuis 2000, le jour de dépendance à l'égard du poisson de l'UE tombe de plus en plus tôt dans l'année et survient à l'heure actuelle presque un mois plus tôt, indiquant un niveau croissant de dépendance à l'égard du poisson » s’inquiète la NEF et Ocean2012. Qu’en sera-t-il dans quelques années ?

Dans le Livre vert du 22 avril 2009 sur la réforme de la politique commune de la pêche la Commission Européenne révélait que 88 % des stocks halieutiques étaient surexploités en Europe, au-delà de leur « rendement maximal durable » et que 30% l’étaient au-delà de la limite de sécurité biologique.

Dans le reste du monde, ce n’est pas mieux. Selon le rapport, « la dépendance croissante de l'UE à l'égard du poisson a des conséquences sur la durabilité des stocks halieutiques dans d'autres pays, dont les eaux sont également surexploitées, et sur les communautés qui en dépendent ».

Le Programme des Nations unies sur l’environnement (Pnue) relevait déjà en 2007 que « les stocks de poissons marins et continentaux [montraient] de façon évidente des baisses, dues à la combinaison des pressions de pêche non durable, de la dégradation des habitats et du changement climatique mondial ». La Chine se place parmi les principaux producteurs avec 17,1 millions de tonnes de poissons pêchés. Elle est suivie par le Pérou (7 millions t) puis des Etats-Unis (4,9). Selon le rapport de la FAO de 2008, 7 des 10 principales espèces de poisson (qui représentent environ 30 % de la production totale des pêches de capture) sont pleinement exploitées ou surexploitées. « Si la capacité de pêche continue d'augmenter, de graves problèmes biologiques et économiques se feront sans doute jour » précise l’organisation sur son site.

Comment inverser la tendance ? L’aquaculture (élevages de poissons) ne permet de compenser que de façon marginale la surexploitation des stocks halieutiques de l'UE, selon le rapport de la Nef. « Si les gens veulent poissons et fruits de mer issus d'une production durable, ils doivent s'assurer que leurs décideurs politiques mettent en place une politique de pêche responsable » poursuit-il.

L’une des solutions passe par une réforme de la Politique commune de la pêche (PCP). Selon les auteurs du rapport de la Nef, cette nouvelle « Europe bleue » devrait davantage garantir la viabilité de la pêche européenne, « que la continuation des importations croissantes en parallèle au maintien des exportations ». Pour cela, la Nef propose que la PCP mette en place un cadre politique qui restaurera les écosystèmes marins à des niveaux viables : « elle doit proposer une juste répartition des ressources à l'échelle internationale ».

La PCP devrait également améliorer la collecte des informations, la transparence et la communication des données, tout en donnant la priorité aux avis scientifiques pour déterminer les quotas de captures. Pour adapter la consommation de poisson aux ressources disponibles, il est nécessaire de mieux informer les consommateurs.

Autres préconisations du rapport : « conditionner l'accès aux ressources en fonction de critères sociaux et environnementaux », et « appliquer des quotas et des pratiques durables ».

Pour parvenir à ces objectifs, qui semblent loin de la réalité actuelle, « les décideurs politiques doivent regarder au-delà des coûts à court terme que pourrait induire la réforme, et donner la priorité aux bénéfices à long terme que donneront des ressources marines en bon état » conclut le rapport du 8 juillet.

Lire le rapport



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