Denrées non animales: une amélioration en trompe-l’œil

Le 25 juin 2014 par Romain Loury
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L'arachide indienne, hors radar en 2013
L'arachide indienne, hors radar en 2013
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A l’entrée de l’UE, la situation microbiologique des aliments d’origine non animale importés semble s’être nettement améliorée en 2013, selon un bilan publié vendredi 20 juin par la Commission européenne. En réalité, il s’agit plutôt d’une stagnation.

Au-delà des contrôles de routine, certains aliments d’origine végétale font l’objet de contrôles renforcés à leur entrée dans l’Union européenne, en raison d’un risque sanitaire spécifique. Et ce en vertu du règlement n°669/2009, qui prévoit que les denrées en question transitent par des points d’entrée désignés, et qu’une proportion d’entre elles soient analysées de manière physique ou biologique.

Qui est in, qui est out

Selon l’acuité du risque, la fréquence des contrôles est de 10%, 20% ou 50%, taux réévalué tous les trois mois selon les résultats. S’ils sont favorables, les aliments peuvent même être «délistés».

En 2013, cela a été le cas pour les grenades d’Egypte, les brassicacées (chou, navet, etc.) de Thaïlande et les tomates de Turquie, suivies en raison d’une présence souvent trop élevée de résidus de pesticides. Du côté des aflatoxines, les noix d’Azerbaïdjan, le curcuma et le gingembre indien, ainsi que les arachides sud-africaines sont aussi revenus au simple contrôle de routine.

A l’inverse, d’autres produits se sont fait remarquer de manière négative: parmi les entrants dans la liste, on compte ainsi la menthe marocaine, les pois et haricots du Kenya, le basilic, la coriandre et le curry du Vietnam (pour les pesticides), ou encore les graines de pastèque du Sierra Leone (pour les aflatoxines). Et aussi les fraises chinoises, accusées de porter du norovirus et l’hépatite.

Ces fruits rouges sont à l’origine de la plus grande épidémie de gastro-entérites à norovirus qu’a connue l’Allemagne, en septembre 2012, avec plus de 11.000 enfants contaminés dans des cantines scolaires (voir le JDSA). Sur les 98 échantillons de fraises chinoises analysés en 2013, 2 se sont avérés positifs au norovirus ou à l’hépatite A -le rapport ne précise pas lequel-, tous deux au cours du premier semestre [1].

Quant aux brocolis chinois, inclus dans la liste depuis octobre 2012, ils obtiennent la palme des aliments les moins souvent conformes en 2013: 61,9% des échantillons analysés cette année-là dépassaient les seuils réglementaires de résidus de pesticides!

Ces aliments qui faussent la balance

Sur l’ensemble de l’année 2013, on compte 4,1% de non-conformité parmi les 11.108 contrôles pratiqués dans le cadre du règlement n°669/2009. Une nette amélioration par rapport à 2012, où ce taux était de 7,1%. Si la tendance peut sembler très encourageante, elle s’explique en réalité par le «délistage» des aliments les plus à risque.

En 2012, 5 aliments ont atteint des niveaux de non-conformité tellement élevés qu’ils ont fait l’objet de mesures spécifiques: les arachides d’Inde et du Ghana, les graines de pastèque du Nigeria pour les aflatoxines, ainsi que les gombos et les feuilles de curry d’Inde pour les pesticides. Cela leur a valu d’être régulés par un règlement distinct, le n°91/2013, qui stipule que ces denrées doivent être accompagnées d’un certificat sanitaire délivré par le pays d’origine.

Or du fait qu’ils sont régis par un autre règlement que le n°669/2009, aucun de ces produits n’est mentionné dans les résultats 2013, alors qu’ils l’étaient dans ceux de 2012. Ils restent pourtant soumis à des contrôles accrus à leur entrée dans l’UE, outre le certificat sanitaire délivré par le pays. En bref, le seul fait de changer de règlement les exclut des statistiques.

Faisons le calcul: en ôtant aux résultats de 2012 les 5 produits incriminés, on obtient non pas 7,1% de non-conformité, mais seulement 4,5%. Pour tous les autres produits, les non-conformités ont donc assez peu baissé entre les deux années: de 4,5% en 2012 à 4,1% en 2013.

[1] Les fruits rouges constituent un vecteur émergent d’infection par le norovirus, l’hépatite A et même les salmonelles. Le sujet a fait l’objet d’un avis publié le 18 juin par l’autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa). Plusieurs séries de cas groupés d’hépatite A liés à des fruits rouges sont récemment survenues en Europe, mais du fait de produits issus d’Europe de l’Est et de Turquie.



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