Denis Baupin: «Les Français considèrent la transition énergétique comme une nécessité»

Le 24 juin 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Denis Baupin, plutôt satisfait du DNTE.
Denis Baupin, plutôt satisfait du DNTE.
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Vice-président (EELV) de l’Assemblée nationale, Denis Baupin s’est beaucoup investi dans le débat national sur la transition énergétique. Il en tire, aujourd’hui, les premiers enseignements.

Six mois après le début du débat national sur la transition énergétique (DNTE), quel bilan tirez-vous?

De récents sondages le montrent: l’écrasante majorité des Français et des personnes qui débattent sont d’accord pour dire que la transition énergétique est nécessaire. Nécessaire pour réduire notre facture énergétique nationale, nécessaire aussi pour changer de modèle économique.

Qu’est-ce à dire?

Il est vain de vouloir affronter la crise que nous connaissons sans s’attaquer à ses fondamentaux: le gaspillage d’énergie et de ressources naturelles. On ne peut pas continuer avec un modèle économique qui présente comme seule valeur ajoutée la somme des kilowattheures consommés et des kilomètres parcourus.

Une synthèse qui ne doit pas plaire aux représentants du monde de l’entreprise.

Contrairement à ce que véhiculent certains, nous ne proposons pas la décroissance, mais au contraire d’accroître sensiblement la productivité de l’utilisation de l’énergie et des ressources. On ne peut se satisfaire de dépenser 60 milliards d’euros par an dans l’achat d’hydrocarbures à l’étranger. Cet argent pourrait servir à créer, ici, des filières énergétiques locales créatrices d’emplois. Selon les syndicats, les 19 centrales nucléaires françaises, qui produisent 75% de l’électricité française, occupent 30.000 emplois directs. A comparer aux 390.000 salariés du secteur renouvelables allemand, qui génère le quart des électrons outre-Rhin. Cela étant, le patronat commence à comprendre. Dans le cadre du DNTE, j’ai présidé, avec Vincent Mages du Medef, le groupe de travail sur la compétitivité des entreprises françaises. A l’unanimité, ses membres ont voté 17 résolutions, dont l’une appelle à la création d’un mix énergétique, à bas carbone, et créateur d’emplois.

Une proposition que l’on retrouve dans une note qui a été escamotée, la semaine passée, par la facilitatrice du débat [JDLE].

Il ne faut pas exagérer cet événement qui relève plus d’un cafouillage de l’organisation que d’une censure. Ce que je veux retenir de ce semestre de débat, c’est que nous avons sur la table bon nombre de propositions consensuelles. En cela, le DNTE est positif: il a fait progresser la prise de conscience sur la gouvernance, la nécessité de décarboner le mix énergétique, d’accroître notre efficacité énergétique et la part d’énergies renouvelables.

 

Restent tout de même des points de friction entre débatteurs…

Bien sûr, il y a, par exemple, disssensus sur la nécessité de diviser par deux notre consommation d’énergie d’ici 2050, comme le proposent les scénarios Negawatt ou de l’Agence nationale de l’environnement et de la maitrise de l’énergie (Ademe), ou comme l’ont prévu le Royaume-Uni et l’Allemagne. Or seule l’atteinte de cet objectif permet de diviser par 4 nos émissions de gaz à effet de serre à la même échéance, comme le stipule la loi Pope de juillet 2005. Je crois que cette position est imputable au fait qu’EDF a pris en otage le Medef. Car si nous divisons par deux la consommation d’énergie, et même si la part de l’électricité spécifique devrait progresser, ce sera de l’activité en moins pour les électriciens.

Les énergéticiens sont aussi des fournisseurs de services énergétiques. A ce titre, le durcissement des objectifs du dispositif des certificats d’énergie serait un bon point?

Certes, mais pour que ce soit efficace, il faut aussi en élargir le champ d’application à d’autres secteurs que le bâtiment. Je pense notamment à la mobilité.

Un sujet qui a été peu abordé, finalement, pendant le DNTE.

Vrai, alors qu’il est aussi important que le bâtiment. Mais là encore, on se heurte au conservatisme des industriels qui veulent perpétuer le modèle de la voiture familiale qui sert à partir en vacances. Or l’évolution de la mobilité (auto-partage, télétravail, etc.) condamne ce modèle. Il faut aussi rappeler qu’en France, l’âge moyen pour acquérir une voiture est de 54 ans. Il faut penser au reste de la population.

A vous écouter, on a le sentiment que de nombreuses solutions sont sur la table, mais que personne ne veut prendre le risque d’en faire la synthèse, sous la forme, peut-être, d’un projet de société. La faillite du politique?

Tout dépend de quels politiques on parle. De nombreuses collectivités, comme Paris, montrent leur volonté de restructurer le modèle urbain. On en voit d’autres qui œuvrent pour maîtriser l’étalement urbain. D’un autre côté, c’est vrai que les pouvoirs publics nationaux ont du mal à cristalliser toutes les propositions issues du DNTE. Ceci s’explique, sans doute, par le fait qu’ils sont tiraillés entre les obligations de court terme et le long terme. Sans oublier que l’équipe gouvernementale n’est pas homogène: Arnaud Montebourg plaide pour une exploitation des gaz de schiste quand Delphine Batho défend son interdiction.

 

Les discussions sur le projet de loi de finances 2014 sont-elles engagées?

Pas à notre niveau. Cela étant, je note avec satisfaction que la commission du développement durable a voté une résolution [JDLE] appelant le gouvernement à intégrer la fiscalité écologique dans le prochain projet de loi de finances. Il est intéressant de voir aussi que désormais le ministre du budget, Bernard Cazeneuve, est moins affirmatif sur le fait que ce texte ne taxera pas le gazole.

Que souhaiteriez-vous voir figurer dans le budget 2014?

La suppression progressive de la niche fiscale du diesel, le démarrage d’une contribution Climat-énergie. Cette dernière mesure devant être conjuguée avec l’accompagnement des ménages les plus modestes, comme le prévoyait d’ailleurs la commission Rocard.

 



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