Dengue: la Malaisie dit adieu aux moustiques GM

Le 27 mars 2015 par Romain Loury
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En Malaisie, Aedes aegypti ne rasera plus les murs
En Malaisie, Aedes aegypti ne rasera plus les murs
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La Malaisie renonce aux moustiques génétiquement modifiés (GM) pour lutter contre la dengue, après avoir figuré parmi les premiers pays à tester la méthode. Selon elle, elle serait coûteuse et peu efficace. Rien ne dit que les méthodes de substitution, à base de l’insecticide deltaméthrine, soient meilleures pour la santé et l’environnement.

«Après les îles Caïmans, la Malaisie avait été le deuxième terrain de jeu de l’entreprise britannique Oxitec, qui avait lâché des milliers de moustiques (Aedes aegypti) génétiquement modifiés pour tenter d’endiguer l’épidémie de dengue dans une zone considérée comme inhabitée, Pahang», rappelle l’association Inf’OGM dans un article publié jeudi 26 mars.

Depuis cet essai malaisien lancé en décembre 2010, les moustiques d’Oxitec, rendus stériles par modification génétique -leur progéniture n’est pas viable-, ont accumulé quelques heures de vol. Après plusieurs tests, le Brésil est devenu en avril 2014 le premier pays à autoriser leur commercialisation. Et la Floride, qui cherche à contenir l’épidémie de chikungunya frappant les Caraïbes depuis fin 2013, pourrait bientôt s’y mettre dans ses îles des Keys, malgré une vive opposition de la population locale.

Or le ministère malaisien de la santé a récemment annoncé qu’il mettait fin à ses projets de moustique GM, dont les lâchers sont «trop coûteux et inefficaces», relaie Inf’OGM. Pour les quatre Etats malaisiens ciblés, le coût s’élèverait à 100 millions de ringgits, soit environ 25 millions d’euros. Parmi les mesures de substitution choisies, le ministère annonce la commercialisation d’un peinture murale, à appliquer à l’intérieur des maisons, à base d’insecticide.

Mis au point par l’Institut pour la recherche médicale du pays, le produit contient en effet du butoxyde de pipéronyle et de la deltaméthrine. Très toxique pour la faune aquatique, ce dernier insecticide, de la famille des pyréthrinoïdes, est le seul adulticide autorisé dans l’Union européenne. Accessoirement, c’est un perturbateur endocrinien, dont les Malaisiens s’apprêtent à badigeonner leur intérieur. Au risque de remplacer un problème sanitaire par un autre, certes moins immédiat.

Pour Oxitec, les insecticides peu efficaces

Contacté par le JDLE, le directeur général d’Oxitec, Hadyn Parry, se montre bon perdant: «nous adressons tous nos vœux de réussite à la Malaisie avec cette peinture murale à base de deltaméthrine. Les insecticides constituent l’outil standard (…), mais ils ont malheureusement échoué à enrayer la montée de la dengue et du chikungunya».

Quant à l’efficacité des moustiques d’Oxitec, «nous avons montré que nous pouvons réduire la population d’Aedes aegypti dans un environnement urbain de plus de 90% en 6 mois», bien plus que les insecticides, dont l’efficacité ne dépasserait pas 50%, indique Hadyn Parry. Opposante d’Oxitec, l’association britannique Genewatch émet quant à elle les doutes les plus vifs quant à la technique, qui nécessite des lâchers récurrents d’un grand nombre d’individus.

Quant aux prix, il indique «ne pas reconnaître le chiffre [de 100 millions de ringgits], car plusieurs scénarios différents ont été étudiés, qui prenaient en compte les ressources et les programmes existants». Oxitec ne dispose pas de prix fixe, ceux-ci étant ajustés selon le pays et ses moyens existants de lutte, en collaboration avec le ministère de la santé, explique son directeur général.

Les Antilles, future destination?

Après les îles Caïman, la Malaisie, Panama et le Brésil, les moustiques mâles GM rêvent déjà d’autres femelles sauvages, non seulement en Floride, mais aussi en Inde. «Il y a également un grand intérêt dans les Caraïbes, en particulier avec l’arrivée du chikungunya qui a fait plus de 1,2 million de cas dans la région depuis son arrivée fin 2013», ajoute-t-il.

Et du côté des Antilles françaises? Interrogé à ce sujet, Hadyn Parry explique «avoir rencontré des représentants martiniquais lors d’une rencontre des ministres caribéens de la santé, en octobre [2014] à Saint-Vincent-et-les-Grenadines. Ils avaient été particulièrement touchés par le chikungunya. Je crois me souvenir que la Guadeloupe a eu des contacts avec un collègue, mais je n’en suis pas sûr à 100%. Je ne me souviens d’aucun entretien concernant la Guyane française».

Lundi 23 mars, les autorités guyanaises ont suspendu les campagnes d’épandage du malathion, insecticide désormais classé cancérogène probable par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ). Interrogé par le JDLE sur les alternatives, le président du Conseil général, Alain Tien-Liong, avait au passage évoqué les moustiques GM.

«D’un point de vue réglementaire, [ces départements d’outre-mer] devraient obtenir l’autorisation de Paris» avant de recourir à la méthode, ajoute Hadyn Parry. Un feu vert que l’on imagine mal, au vu de l’affection des Français pour le concept d’OGM. La Réunion s’apprête aussi à recevoir, en 2015, des moustiques stériles, mais par une technique d’irradiation.



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