Démographie: une récente révolution sexuelle

Le 07 juillet 2015 par Romain Loury
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La femme n'a pas toujours joui d'une plus longue espérance de vie que l'homme.
La femme n'a pas toujours joui d'une plus longue espérance de vie que l'homme.
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Le phénomène est observé quasiment partout dans le monde: les femmes présentent une meilleure espérance de vie que les hommes. Dans les pays industrialisés, la différence est assez récente: elle serait apparue à la fin du XIXème siècle, en partie à cause du tabac et de l’alimentation, révèle une étude publiée lundi 6 juillet dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (Pnas).

Selon l’Insee [1], l’espérance de vie d’une Française atteint actuellement 85,1 ans, contre 78,2 ans pour les hommes. Est-ce le résultat d’une plus grande vulnérabilité biologique des hommes, ou d’un mode de vie moins sain de ceux-ci, en termes d’alimentation et de tabagisme? Probablement les deux, savait-on déjà. Ce que révèle l’étude publiée par Hiram Beltrán-Sánchez, de l’université de Californie à Los Angeles, et ses collègues, c’est que ces disparités sexuelles sont beaucoup plus récentes qu’on ne le pensait.

Elles seraient apparues aux alentours de 1880, révèle cette analyse de la Human Mortality Database, menée sur les personnes nées entre 1800 et 1935. Avant cette date, le taux de mortalité chez les hommes n’était que de 10% supérieur à celui des femmes, pour la classe d’âge 50-70 ans. En deux décennies, tout change: la différence s’élève à 50% entre 1880 et 1900, puis passe la barre des 100% au début du XXème siècle.

Comment expliquer cette révolution démographique? En partie par l’arrivée du tabagisme de masse, largement restreint aux hommes dans un premier temps. Du fait des progrès médicaux, notamment contre les maladies infectieuses, la mortalité a certes diminué pour les deux sexes au cours du XIXème siècle. Mais elle s’est poursuivie de manière soutenue chez les femmes, à un rythme 70% plus élevé que chez les hommes après 1880.

Le tabac, premier responsable

Selon les chercheurs, le tabac serait d’ailleurs à l’origine de 30% de la différence croissante entre hommes et femmes aux alentours de 1900. En toute logique, l’effet du tabagisme dans ces inégalités de sexe est survenu plus tôt dans les pays où cette pratique s’est ancrée en premier, dont la Belgique et les Pays-Bas, plus tard pour les pays où elle est s’est généralisée après 1900, comme la France ou l’Italie.

Autre changement comportemental, une alimentation plus riche, qui a probablement contribué à renforcer une plus grande fragilité cardiovasculaire des hommes. En excluant le tabac, ces maladies, dont les infarctus et les accidents vasculaires cérébraux (AVC), expliqueraient 40% de la différence croissante entre hommes et femmes.

Certes, cette vulnérabilité accrue des hommes vis-à-vis des maladies cardiovasculaires, en réalité liée à l’effet protecteur des œstrogènes chez les femmes, existait bien avant 1880, estiment les chercheurs. Mais elle ne s’est révélée qu’avec le recul des infections, longtemps premières causes de mortalité dans la population, et qui masquaient l’effet des autres maladies.

Selon des projections de l’Organisation des Nations unies (Onu), l’espérance de vie mondiale, estimée à 70 ans en 2012, pourrait atteindre 82 ans en 2100, voire 89 ans dans les pays industrialisés. Du moins selon les tendances actuelles, sans tenir compte des divers bouleversements environnementaux à venir.

[1] Institut national de la statistique et des études économiques.



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