Démantèlement: l’Assemblée auditionne l’ASN et EDF

Le 22 février 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Evacuation d'un générateur de vapeur à Chooz A.
Evacuation d'un générateur de vapeur à Chooz A.
Mammoet

Le coût et le calendrier de la déconstruction des réacteurs nucléaires d’EDF restent toujours un sujet de débat entre les parties prenantes. Ce qui n’empêche pas l’opérateur historique de s’y préparer.

 

Elle a fait vite! Trois semaines après avoir adopté un inquiétant rapport sur le démantèlement des centrales nucléaires françaises, la commission du développement durable de l’Assemblée nationale auditionnait, ce mercredi 22 février, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et EDF.

Débutant la matinée de questions-réponses, Pierre-Franck Chevet, président de l’ASN, a partagé certains des questionnements des députés. Notamment celui de l’estimation du coût du démantèlement du parc. D’une façon générale, l’ancien directeur général de l’énergie et du climat reproche à l’électricien d’estimer son devis à partir de l’extrapolation réalisée sur le seul site de Dampierre-en-Burly (4 réacteurs de 900 mégawatts -MW). Or, souligne le gendarme de l’atome tricolore, «le démantèlement est souvent plus long que prévu. C’est une opération complexe qui réserve parfois des surprises, comme la découverte de pollution oubliée ou d’amiante. On ne peut pas exclure que les délais dérapent.»

7 décennies de retard

Une référence à peine voilée au démantèlement des réacteurs à uranium naturel graphite gaz (UNGG), dont le démantèlement total est désormais prévu pour le début du siècle prochain, avec plus de 70 ans de retard. Un calendrier que l’ASN aimerait beaucoup raccourcir. Ces dérapages influent, bien sûr, sur l’économie du projet. Raison pour laquelle Pierre-Franck Chevet est plutôt favorable à un provisionnement des dépenses centrale par centrale et non plus globalement comme c’est le cas actuellement.

Etonnant. La première des auditions –celle de Pierre-Franck Chevet- était présidée par Christophe Bouillon, député PS de Seine-Maritime, mais aussi président du conseil d’administration de l’Agence nationale de gestion des déchets radioactifs (Andra). Comme un mélange des genres…

Autre idée soulevée par le patron de l’ASN: les sites d’entreposage locaux. Rappelant que la déconstruction des installations nucléaires génère de gros volumes de déchet (dont seuls 20% sont radioactifs), Pierre-Franck Chevet milite pour la création de sites d’entreposage des résidus faiblement actifs locaux, voire régionaux. «Il n’est pas optimal du point de vue de la sûreté, de l’environnement, que les déchets soient transportés par camion à l’autre bout de la France», souligne-t-il. Certes. Ne reste qu’à faire accepter par les riverains ces nouvelles décharges nucléaires. Et à les financer, bien sûr.
Retour d’expérience significatif

Sous-dotation des provisions, calendrier audacieux, optimisme technique, Dominique Minière savait, en arrivant à l’Assemblée, les critiques auquel il devrait répondre. Reconnaissant l’incapacité de l’entreprise à résoudre prochainement les problèmes techniques posés par la complexité des réacteurs UNGG, le directeur exécutif des parcs nucléaires et thermiques d’EDF s’est montré plus optimiste quant à la gestion de la fin de vie des 58 réacteurs à eau pressurisée. «Nous avons acquis, lors du démantèlement de Chooz, un retour d’expérience significatif et transposable à l’ensemble du parc. Nous devons encore progresser dans l’optimisation des opérations.» Surprenant! Chooz A est un ‘petit’ réacteur (305 MW) expérimental, construit dans la caverne d’une falaise surplombant la Meuse. Rien à voir avec ses gros cousins de 900, 1.300, voire 1.450 MW, situés en plaine fluviale ou en bord de mer.

Le dirigeant d’EDF estime aussi que l’effet de série (démanteler plusieurs installations en même temps) permettra de réduire les coûts, de gardiennage ou d’étude, par exemple.

Important. Après de multiples demandes, EDF a cédé. De mauvaise grâce, Dominique Minière a révélé aux députés le montant déjà investi par l’électricien dans le démantèlement des 9 réacteurs en cours de déconstruction. Verdict: 2,5 milliards. Et on est loin, notamment pour les UNGG, d’avoir terminé.

Bien qu’il se défende d’un sous-provisionnement des dépenses, l’opérateur historique indique toutefois avoir intégré, en 2016, le coût de l’évacuation des combustibles usés et de la réhabilitation des sols des centrales. En conséquence, le montant provisionné est passé de 23,6 à 24,4 milliards entre 2015 et 2016. Cela devrait encore augmenter. Les taux bancaires étant à la baisse, EDF va réduire à 4,2% (contre 4,5%) son taux d’actualisation. Ce qui va l’obliger cette année à acheter pour 1 milliard de nouveaux actifs (actions ou obligations), dont les revenus serviront à sécuriser les provisions.

Fermeture de centrales

Des provisions qui pourraient être décaissées plus rapidement que prévu. Dominique Minière a indiqué qu’EDF allait prochainement présenter à son conseil d’administration son plan stratégique d’entreprise. Au sommaire: le nom des réacteurs qui devront être définitivement fermés «à l’horizon 2025», au titre de l’article 1 de la loi de transition énergétique. Selon le décret du 27 octobre 2016 relative à la programmation pluriannuelle de l’énergie, EDF devra présenter son plan de fermeture d’une vingtaine de tranches avant la fin du mois d’avril prochain.

 



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