Démantèlement: EDF file à l’anglaise

Le 02 juin 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le démantèlement des réacteurs UNGG pourrait s'achever au siècle prochain.
Le démantèlement des réacteurs UNGG pourrait s'achever au siècle prochain.
SFEN

L’électricien entend démanteler ses premiers réacteurs nucléaires deux fois moins vite que prévu. Un choix technique et économique que doit encore avaliser l’Autorité de sûreté nucléaire.

En 2009, EDF rachète British Energy pour 15 milliards d’euros. L’idée n’est pas seulement d’éliminer un concurrent, mais aussi de disposer de plusieurs sites susceptibles d’accueillir des réacteurs EPR. On connaît la suite. Ce que l’on oublie trop souvent, c’est qu’en inscrivant British Energy à son tableau de chasse, l’électricien français hérite de centrales nucléaires dont il n’a plus l’habitude: toutes équipées de réacteurs modérés au graphite dont le caloporteur est le CO2.

Graphite contre eau pressurisée

Cette technologie a pourtant failli être une spécialité française. Développé par le CEA, la filière Uranium naturel graphite-gaz (UNGG) a longtemps bataillé contre les réacteurs à eau pressurisée développés par Westinghouse. Le gouvernement et EDF choisiront, en 1969, le modèle américain. Officiellement, 10 réacteurs UNGG sont toutefois construits: 3 par le CEA à Marcoule (pour produire du plutonium), 6 par EDF (à Chinon, Saint-Laurent, au Bugey) et un en Espagne, à Vandellos. Un petit dernier doit être ajouté à la liste: le réacteur israélien de Dimona, copie conforme du réacteur G1 de Marcoule, lui aussi dédié à la production de matières fissiles pour l’arme atomique.

Au Royaume-Uni, le démantèlement des réacteurs graphite-gaz est une activité durable. La stratégie adoptée par le gouvernement britannique, en décembre 2014, prévoit un achèvement des opérations de démantèlement des réacteurs Magnox 85 ans après la fin de leur activité. Rendez-vous au XXIIe siècle!

Aussi vite que possible

En France, c’est tout le contraire. La loi sur la transparence nucléaire fixe un principe très clair: le démantèlement total doit être réalisé le plus rapidement possible après la fermeture des installations. EDF a arrêté ses 6 UNGG entre 1973 et 1996. Après mure réflexion et de nombreux essais, l’opérateur historique a établi sa stratégie de démantèlement de ses réacteurs de première génération en… avril 2001. A l’époque, celle-ci prévoit une quasi-remise à l’herbe, «sans période d’attente», à l’horizon 2025. L’échéance sera, par la suite, repoussée à 2047 pour Chinon A, le dernier de la série.

Rapidement, les parties non nucléaires (gravats, salles des machines, contrôle-commande, générateurs de secours, etc.) sont enlevées ou détruites. Restent les réacteurs. Deux techniques sont testées par les ingénieurs du Centre d’ingénierie déconstruction et environnement d’EDF (Ciden): une déconstruction à sec et à l’eau. Testée à Bugey 1, cette seconde technique vise à découper le réacteur rempli d’eau, notamment pour améliorer la radioprotection[1]. Jusqu’à la fin 2015, elle semble devoir être la technique de référence.

Nettoyage à sec

Depuis un communiqué mis en ligne ce jeudi 2 juin par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), on sait que ce n’est plus cas. Le 29 mars dernier, l’industriel informe officiellement l’ASN de son changement de stratégie. Finalement, les UNGG seront démantelés à sec. Il faut donc revoir, une nouvelle fois, le programme industriel. Et surtout le calendrier.

Pour EDF, c’est avant tout le retour d’expérience qui a dicté son choix: «La complexité du chantier sous eau relativise son intérêt», affirme une porte-parole de l’entreprise. L’explication fait s’étrangler les gendarmes du nucléaire. «C’est tout de même étonnant qu’il ait fallu 10 ans à EDF pour se rendre compte de l’impossibilité de démanteler sous eau», souligne Fabien Schilz, directeur des déchets, des installations de recherche et du cycle de l’ASN.

De là à lier le changement de technique aux difficultés financières qui frappent le groupe présidé par Jean-Bernard Lévy il n’y a qu’un pas, aisément franchissable. Deux indices font pencher la balance du côté financier. EDF a déjà provisionné dans ses comptes 588 millions d’euros pour assurer le surcoût occasionné par la généralisation du ‘nettoyage à sec’. Un alourdissement de 30% du devis établi en janvier 2012 par la Cour des comptes. Mais l’addition sera réglée en un siècle plutôt que sur 30 ans. Car l’industriel table désormais sur une très longue période de démantèlement, qui pourrait s’achever dans les premières années… du siècle prochain. Comme au Royaume-Uni.

Mise devant le fait accompli, l’ASN n’a pas dit son dernier mot. C’est elle qui, finalement, devra autoriser ou non la nouvelle stratégie d’EDF. «Nous engageons un cycle de discussion», confirme Fabien Schilz. Un cycle qui devrait s’achever vers 2019.

Seule certitude: le surcoût sera probablement supérieur à celui provisionné par EDF. L’ASN prévoit déjà de demander à l’industriel de renforcer la résistance au séisme des trois anciennes centrales, d’améliorer leur résistance au feu, ainsi que leur système de ventilation.

 



[1] Ces réacteurs contiennent notamment 18.000 tonnes de graphite très irradiés.

 



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