Déforestation : Redd+ est inefficace, selon des experts

Le 25 janvier 2011 par Sabine Casalonga
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13 millions d'ha de forêts disparaissent chaque année selon la FAO
13 millions d'ha de forêts disparaissent chaque année selon la FAO

Le mécanisme Redd+, comme d’autres accords internationaux sur les forêts, serait insuffisant pour lutter contre la déforestation. Ils ne prendraient pas assez en compte les besoins locaux et la demande croissante en terres pour l’agriculture et les biocarburants. Tel est le constat d’un rapport d’experts mondiaux, publié le 24 janvier, qui sera présenté à l’ONU fin janvier.

 

Des programmes de protection des forêts comme Redd[1], un mécanisme permettant aux pays luttant efficacement contre la déforestation de générer des crédits carbone, seraient inefficaces. Tel est le pavé dans la mare jeté par le réseau mondial d’experts sur la forêt dans son rapport. Intitulé « Inclure la complexité : relever les défis mondiaux de la gouvernance des forêts » et élaboré par l’Union internationale des instituts de recherche forestière (IUfro), il sera présenté le 31 janvier devant les Nations unies, à l’occasion du lancement de l’année internationale des forêts.

Lancé lors du sommet de Copenhague fin 2009, le système Redd a été formellement négocié à Cancun en décembre dernier [voir le JDLE].

Sa remise en cause par ces experts arrive donc un peu tard, à moins qu’elle ne permette une amélioration du système, avant qu’il ne soit trop tard... L’Amérique du Sud et l’Afrique ont respectivement perdu 4 millions et 3,4 millions d’hectares de forêts par an entre 2001 et 2010, d’après le dernier rapport de la FAO. La perte de superficie mondiale a été de 13 millions ha/an pour cette même période [voir le JDLE]. Soit l’équivalent de 33 terrains de football par minute, souligne le WWF qui lance une campagne en 2011 visant « zéro déforestation nette » en 2020. Environ 20 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) seraient dues à l’abattage des arbres, soit plus que le secteur des transports. 

Malgré certains succès engrangés pour ralentir la destruction des forêts, le système Redd, bien qu’innovant par rapport aux instruments antérieurs, aurait reproduit de nombreuses erreurs, d’après le rapport. « A moins que tous les secteurs ne s’allient pour s’attaquer à l’impact de la consommation mondiale, en particulier la demande croissante en aliments et en agrocarburants, ainsi que la rareté des terres, Redd va échouer à stopper la dégradation environnementale et accroître la pauvreté », explique Constance McDermott de l’Institut du changement environnemental de l’université d’Oxford, dans le communiqué de l’IUfro.

Même le renforcement du mécanisme, alors rebaptisé Redd+, a échoué à intégrer les besoins et les rôles des populations et communautés forestières locales. « Redd+ continue à valoriser davantage le stockage de carbone que l’amélioration des conditions des forêts et des habitants », souligne Jeremy Rayner, professeur à l’université de Saskatchewan (Canada) et président du réseau de l’IUfro. La priorité donnée au stockage de carbone risque de conduire, selon les experts, à une exclusion des populations indigènes et à la criminalisation de leurs modes de vie traditionnels. Des inquiétudes renforcées par l’augmentation des « saisies de terres » par les gouvernements et les particuliers, uniquement motivées par le profit des crédits carbone de Redd, voire par le détournement des subventions. Ce dernier point avait été dénoncé l’été dernier par Greenpeace et deux autres ONG [voir le JDLE].

Pour la soixantaine d'experts ayant participé au rapport, l'ONU et les gouvernements doivent modifier leur approche du problème. Une des solutions proposées est une meilleure association des acteurs hors du secteur forestier (agriculture, énergie et transport), ainsi que l’abandon du recours à un schéma unique pour traiter de situations très variées et distinctes en fonction des régions et des pays.

Le rapport propose enfin la création d’un nouveau cadre, baptisé « Forêt + », dont l’objectif est d’inclure, dès le départ, toutes les parties prenantes et de ne négocier des accords mondiaux que lorsqu’une approche du haut vers le bas (« top-down ») est largement plébiscitée.

Au-delà de ces mises en garde, le rapport se montre optimiste quant au contexte actuel grâce à une conscience aigue des impacts néfastes du commerce de bois illégal, ou encore l’action des ONG en faveur des communautés locales.

En guise d’exemples sont cités la législation américaine relative à l’interdiction d’importer du bois illégal, ainsi que son pendant européen entré en vigueur en décembre 2010 [voir le JDLE]. Mais aussi les réformes adoptées au Brésil pour ralentir la déforestation en Amazonie. Ce dernier progrès pourrait toutefois être remis en cause, sous la pression de l'agrobusiness face à la demande européenne en viandes, aliments fourragers et agrocarburants, selon un rapport des Amis de la terre Europe publié mardi 25 janvier.

 


[1] Réduction des émissions provenant de la déforestation et de la dégradation des forêts



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