Déforestation: le commerce international, cause de paludisme

Le 09 mars 2020 par Romain Loury
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Le paludisme de déforestation touche surtout l'Afrique
Le paludisme de déforestation touche surtout l'Afrique

La déforestation tropicale liée à la consommation mondiale constitue un fléau pour la biodiversité et pour le climat, mais altère aussi la santé humaine, selon une étude publiée lundi 9 mars dans Nature Communications. La production de tabac, de soja, de cacao ou de café serait ainsi responsable de 20% des cas de paludisme dans les zones de déforestation.

Comme d’autres maladies, le paludisme est favorisé par la déforestation: celle-ci crée non seulement des zones plus chaudes pour les moustiques -ce qui favorise la croissance des larves-, mais bouleverse aussi les équilibres entre espèces. Débarrassés d’un grand nombre de leurs prédateurs, les moustiques prolifèrent plus facilement dans ces milieux dégradés.

20% du risque dans les hotspots de déforestation

Une grande part de la déforestation tropicale étant liée à la demande alimentaire de pays industrialisés, l’équipe de Manfred Lenzen, de l’université de Sydney (Australie), a cherché à savoir dans quelle mesure celle-ci était responsable de ces cas de paludisme. Pour cela, ils ont analysé les données du commerce international de plusieurs produits issus de la déforestation (bois, tabac, café, cacao, coton, soja, bœuf, huile de palme), les croisant avec l’exposition au risque de paludisme dans les pays producteurs.

Bilan: 20% du risque de paludisme lié à la déforestation dans ces pays découle du commerce international, les 80% restants étant liés aux usages locaux (bois, agriculture vivrière). Selon les chercheurs, les principaux responsables sont l’Allemagne, les Etats-Unis, le Japon, la Chine, le Royaume-Uni, la France, l’Italie, l’Espagne, les Pays-Bas et la Belgique. A eux seuls, ils seraient responsables de 10% du risque de paludisme dans les zones touchées par la déforestation, soit 10,7 millions de personnes dont le risque est nettement accru.

Cinq pays africains

En mars 2019, des chercheurs néerlandais avaient calculé l’empreinte biodiversité de notre consommation de biens importés: l’élevage bovin, l’huile de palme et le soja arrivaient en tête pour l’impact causé à la nature. Or la nouvelle étude montre que ces cultures ont beaucoup moins d’impact sur le risque de paludisme que le commerce de cacao ou de bois.

Pas étonnant selon les auteurs de la nouvelle étude: l’Amérique du Sud (élevage bovin, soja) et la Malaisie (huile de palme) sont peu touchées par le paludisme, maladie qui sévit plus fortement en Afrique. Les cinq pays les plus touchés par ce paludisme lié au commerce sont d’ailleurs tous africains: le Nigéria, la Tanzanie, le Cameroun, l’Ouganda et la République démocratique du Congo.