Déforestation: le bois de chauffage, un effet surestimé

Le 23 janvier 2015 par Romain Loury
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Le bois sert de combustible à 2,8 milliards de Terriens.
Le bois sert de combustible à 2,8 milliards de Terriens.
Bellona

Considéré comme un moteur de la déforestation, le bois utilisé pour le chauffage ou la cuisson aurait un impact moins important qu’on ne le pense, aussi bien sur les forêts que sur les émissions de gaz à effet de serre (GES), estiment des chercheurs dans la revue Nature Climate Change.

Sous forme de bois entier ou de charbon de bois, ce combustible est utilisé par 2,8 milliards de Terriens, principalement dans les pays pauvres. Souvent considéré comme en partie responsable de la déforestation et des émissions de GES, son effet ne serait pas si important que cela: dans la plupart des cas, cet usage ne dépasse pas les capacités de la forêt.

Selon Robert Bailis, de l’université de Yale (Connecticut), et ses collègues, seuls 27% à 34% de la collecte de bois excède les capacités de la forêt. Un excès qui provient principalement en Afrique de l’est (Erythrée, ouest de l’Ethiopie, Kenya, Ouganda, Rwanda, Burundi) et dans le sud de l’Asie (Pakistan, Népal, Bhoutan, Indonésie et Bangladesh), soit 275 millions de personnes.

L’agriculture, plus déterminante

Pour les chercheurs, les utilisateurs recourent souvent à des sous-produits du bois, provenant d’arbres abattus pour d’autres buts, par exemple pour l’agriculture. «Si les forêts et les bois sont de toute façon coupés pour d’autres usages, les projets visant à réduire la demande de ce combustible n’auront que peu d’effets sur la déforestation», estime l’un des auteurs, Robert Bailis. Selon lui, il est préférable d’agir sur d’autres leviers, notamment la demande croissante de terres agricoles.

Autre explication, les forêts sont parfois replantées, comme c’est le cas dans certaines régions de Chine ou d’Inde où la reforestation est en cours. C’est d’ailleurs l’une des surprises de l’étude: bien qu’ils soient les deux plus grands consommateurs, les deux géants asiatiques recourent au combustible bois de façon le plus souvent durable.

«Ces résultats contredisent l’affirmation courante selon laquelle ce combustible, qui constitue 55% du bois abattu dans le monde, est un facteur majeur de déforestation et de changement climatique», commentent les auteurs.

Au maximum 2,3% des GES

Selon leurs calculs, ce produit ne serait en effet responsable que de 1,9% à 2,3% des émissions mondiales de GES. Lancé par la Global Alliance for Clean Cookstoves (GACC), l’objectif de déployer 100 millions de foyers propres à travers le monde d’ici 2020 ne réduirait cet impact qu’au maximum de 17%. Soit un effet quasi-nul sur les GES.

«L’une des caractéristiques de cette énergie traditionnelle est qu’elle dépend fortement du contexte local, il est donc inutile d’apporter une réponse générale pour tous», juge un autre auteur de l’étude, Omar Masera. Du point de vue de la déforestation, il est donc préférable de se concentrer sur les pays où la forêt est réellement amoindrie par ce phénomène.

Ces foyers à bois ont toutefois un autre impact que les chercheurs oublient: ils sont liés à une très mauvaise qualité de l’air intérieur dans les pays pauvres, phénomène responsable de 4,3 millions de morts dans le monde en 2012. Parmi les premières causes de décès, des maladies cardiaques, des accidents vasculaires cérébraux, des bronchopneumopathies chroniques obstructives et des cancers du poumon.



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