Deepwater Horizon : une catastrophe « systémique »

Le 06 janvier 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'explosion de la plate-forme Deepwater Horizon a tué 11 personnes.
L'explosion de la plate-forme Deepwater Horizon a tué 11 personnes.

Diffusé, en partie, dans la presse avec 5 jours d’avance, le rapport fédéral sur les causes de la marée noire qui a dévasté le golfe du Mexique accable tous les acteurs de la catastrophe, pouvoirs publics compris.

 

L’histoire est parfois ironique. C’est par une fuite dans la presse que l’on connaît enfin les causes de la pire marée noire qu’aient subie les Etats-Unis. Mardi 4 janvier, les médias américains ont publié le 4e chapitre du rapport que la Commission fédérale d’enquête sur la catastrophe de Deepwater Horizon devait, en principe, rendre public le 11 janvier.

 

En une cinquantaine de pages, les auteurs du rapport déroulent, implacablement, le fil de la courte histoire du puits Macondo ; un puits dont l’explosion, le 20 avril dernier, a été la cause du relâchement dans le golfe du Mexique de près de 5 millions de barils de brut et d’importants volumes de gaz naturel.

 

Cette histoire commence d’ailleurs fort mal. En mars 2008, BP achète au Minerals Management Service (MMS), pour 34 millions de dollars (26,11 millions d’euros), l’exclusivité de l’exploitation du bloc 252 de Mississipi Canyon, un site situé à une soixantaine de kilomètres au large des côtes de Louisiane.

 

Pour réaliser le forage d’exploration, le pétrogazier britannique loue une plate-forme semi submersible et son équipage au numéro un mondial : Transocean. La compagnie suisse dépêche la Marianas, un engin mis à l’eau en 1979. Hélas, le 7 novembre 2009, la plate-forme, construite par Mitsubishi Heavy Industries, est sévèrement endommagée par le cyclone Ida. Le 31 janvier 2010, Transocean installe à sa place Deepwater Horizon : une plate-forme construite par Hyundai Heavy Industries qui, comme Marianas, bat pavillon des îles Marshall.

 

A son arrivée, l’équipage doit s’occuper d’une tâche essentielle : installer par 1.600 mètres de fond le bloc obturateur de puits. Pour les pétroliers, ce « BOP » est vital. Ce très imposant système de vannes est, en effet, destiné à empêcher toute éruption de gaz ou de pétrole. Son installation est des plus délicates : il s’agit de positionner, avec une grande précision, un engin pesant 400 tonnes, avec pour seule aide visuelle les caméras installées sur un sous-marin télécommandé.

 

L’opération est un succès. Mais avant d’entrer en production, il est nécessaire de totalement étancher le puits en injectant un ciment. Une tâche dévolue aux experts du groupe parapétrolier, l’Américain Halliburton. Pour ce faire, ils utilisent un ciment spécial contenant des bulles d’azote, cette composition lui donnant une grande résistance.

 

Problème : la réglementation américaine prévoit, avant toute injection de ciment dans un puits, de tester ledit ciment pour s’assurer de ses caractéristiques. A plusieurs reprises, Halliburton réalise ses tests, dont les résultats s’avèrent… négatifs. Le ciment ne devrait pas être utilisé sur ce puits. Mais Halliburton omet d’en avertir ses partenaires, BP et Transocean. Le ciment est injecté. Et, le 19 avril, l’équipage réalise des essais de montée en pression des « outils » pour vérifier que le dispositif peut entrer en production dans les plus brefs délais. Le résultat ne se fait pas attendre : le puits entre en éruption, provoquant une violente explosion à bord de laplate-forme. Onze personnes sont tuées. Quelques jours après, la plate-forme, toujours ravagée par les flammes, finit par sombrer.

 

Contrairement à ce que l’on aurait pu attendre, les enquêteurs de la commission fédérale ne désignent pas Halliburton comme le seul responsable de la catastrophe.

 

Pour les limiers, l'explosion est due à « plusieurs erreurs et omissions individuelles de la part de BP, Halliburton et Transocean, et les régulateurs du gouvernement n'avaient pas l'autorité, les ressources et l'expertise technique nécessaires pour les empêcher », peut-on lire dans l’extrait du rapport.

 

Le rapport estime notamment que BP et Halliburton ont sciemment caché des informations importantes à leurs partenaires, voire à leurs propres salariés. Les salariés de BP n’étaient pas non plus capables de réagir dans une telle situation. Et les décisions qu’ils ont pu prendre l’ont été sans étude de risque préalable ni avis d’expert extérieur, poursuit le document. Il est également reproché à Transocean de ne pas avoir formé son équipage à ce genre d’événement, pourtant survenu sur une autre de ses plates-formes, 4 mois auparavant en mer du Nord.

 

Le régulateur n’est pas épargné. Au Minerals Management Service (MMS), les experts fédéraux reprochent de ne pas avoir mis en place de réglementation suffisamment sévère pour empêcher de tels dysfonctionnements. Le rapport fustige plus largement le pouvoir politique qui n’a pas donné, ces dernières années, les moyens humains, notamment, au MMS pour contrôler plus strictement les activités offshore.

 

Les causes fondamentales de l'explosion sont « systémiques et, en l'absence de réforme d'envergure à la fois dans les pratiques du secteur et dans la politique du gouvernement, pourraient bien se reproduire ».

« Qu'elles aient été intentionnelles ou non, beaucoup des décisions prises par BP, Halliburton et Transocean qui ont accru le risque d'explosion (...) ont clairement permis à ces entreprises de gagner beaucoup de temps (et d'argent) », souligne encore le texte.

 

BP a réagi à la publication partielle de ce rapport en soulignant que de premiers éléments d'enquête avaient conclu que « l'accident avait eu des causes multiples et impliquait de multiples entreprises ». Le groupe souligne qu'il travaille en collaboration avec les instances de régulation et les autres acteurs du secteur pour « faire en sorte que les leçons (de la marée noire) conduisent à des améliorations dans les opérations et les services de sous-traitance en matière de forage en eaux profondes ». Le pétrogazier britannique cite également la mise en place d'une nouvelle division au sein de l'entreprise, consacrée à la sécurité et à la gestion des risques, qui rend compte directement au PDG, Bob Dudley, et qui assure « une surveillance indépendante » des opérations liées à la sécurité.



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