Deepwater horizon: un an après

Le 15 avril 2011 par Geneviève De Lacour
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La marée noire bat des records de taille et de profondeur
La marée noire bat des records de taille et de profondeur
AP

Un an après la pire marée noire jamais vécue par les Etats-Unis, une scientifique de l’université de Géorgie découvre une large couche de pétrole au fond de l’océan à quelques milles marins de la plate-forme de BP. Une découverte qui dérange le pétrolier britannique, mais aussi le gouvernement américain.

Alors que British Petroleum tenait jeudi 14 avril, à Londres, l’assemblée annuelle de ses actionnaires, des artistes, des militants et même des pêcheurs qui avaient fait le trajet depuis les Etats-Unis, sont venus manifester sous les fenêtres du géant pétrolier britannique.

«Je suis ici pour demander à BP de payer pour ses actions dans le Golfe, pour sa marée noire, les mensonges, les défauts de sécurité, les morts, et l’absence d’informations fournies par l’entreprise. Je suis venue ici pour exprimer la colère de milliers de personnes habitant sur la côte du Golfe dont la vie et le moyen de subsistance ont été détruits alors que les principaux actionnaires du conseil d’administration de BP continuent à prospérer», déclare Diane Wilson, l’une des manifestantes. Vivant sur le bord du golfe du Mexique, elle représente la 4e génération d’une famille de pêcheurs.

Le 20 avril 2010, la plate-forme Deepwater Horizon explose, provoquant la mort de 11 travailleurs, et déverse plus de 4 millions de barils de brut et 360.000 tonnes de méthane dans le Golfe engendrant la pire marée noire de l'histoire des Etats-Unis. Le 15 juillet, BP annonçait que la fuite était réparée.

Et BP clame que pas une goutte de pétrole ne s’est échappée du puits accidenté depuis que la fuite a été réparée. Allant même jusqu’à lancer une campagne de publicité. Le groupe affirme par ailleurs avoir engagé plus de 13 milliards de dollars (8,99 milliards d’euros) dans les opérations de nettoyage, ainsi que 500 millions $ (346,11 millions €) pour financer des études scientifiques sur l’impact environnemental de la marée noire, et 280 millions $ (193,82 millions €) pour restaurer la faune et la flore.

Samantha Joye, scientifique à l’université de Géorgie (Etats-Unis), s’intéresse depuis des années à l’interaction entre pétrole, gaz et vie marine dans le canyon du Mississippi. En décembre dernier, elle plonge à 20 kilomètres de la plate-forme de BP et découvre une épaisse couche de pétrole couvrant le plancher océanique sur une superficie de 7.000 km2. Partout, des organismes morts et des coraux couverts d’une vase noirâtre. Les rares créatures évoluant encore dans cet endroit, que la scientifique compare à une maison hantée, étaient trop apathiques pour fuir. «Le plus souvent, quand vous vous approchez de crabes avec un sous-marin, ils déguerpissent. Mais là, ils n’ont pas bougé. Ils ne se comportaient pas d’une manière normale», raconte Samantha Joye au Guardian. En mai dernier, son équipe de recherche a été la première à détecter la présence d’un panache de pétrole évoluant à grande vitesse dans les eaux profondes du Golfe. «Il n’est pas insensé de dire que 50% du pétrole flotte encore dans les eaux autour du puits.»

Mais d’autres études scientifiques sont venues contredire les découvertes de Samantha Joye. Terry Hazen, scientifique au laboratoire national Lawrence de Berkeley, n’a détecté aucune trace de pétrole dans les 6 semaines après la fermeture du puits. En revanche, il a mis en évidence la présence de bactéries dégradant naturellement les hydrocarbures. John Kessler, un autre scientifique de l’université de Californie à Santa Barbara, affirme que l’énorme quantité de méthane ayant fui en même temps que le pétrole s’est rapidement dégradée.

Mais Samantha Joye reste imperturbable. Dans son laboratoire, les techniciens ont mené des expériences pendant des mois afin de comprendre la manière dont le pétrole qui plonge au fond des océans se dégrade. «Les micro-organismes ne sont pas heureux. Ils ne métabolisent pas ce produit», explique la scientifique. «Ils devraient faire un pique-nique et se régaler mais en fait, ils ne le font pas. Pourquoi? Aucune idée. Nous essayons différentes combinaisons pour essayer de trouver ce qui régule leurs activités.»

Alors que la Maison blanche, le Congrès et les compagnies pétrolières tentent de tourner la page de la catastrophe, l’opinion de Samantha Joye dérange. C’est pourquoi l’administration Obama a dépêché sur place d’autres scientifiques, qui sont parvenus à des conclusions moins tranchées sur l’état du Golfe. Les expertises de la célèbre National Oceanic and Atmospheric Agency (Noaa), l’agence nationale des océans et de l’atmosphère, sont malgré tout bien plus noires que la situation décrite par BP. Ainsi, selon un porte-parole, «il n’y a aucune raison de conclure que le Golfe retrouvera une situation normale avant la fin 2012». D’autant que certaines des conséquences de la marée noire pourraient ne pas être connues avant des décennies. Pour l’instant, des vagues bitumineuses continuent de déferler sur les plages de Louisiane, du Mississippi, d’Alabama et de Floride. Près de 150 dauphins, dont une moitié de bébés, ont échoué sur les côtes depuis le début de l’année et 87 tortues de mer ont été retrouvées mortes depuis un mois.

Le secteur pétrolier, lui, se refait une santé. L’administration américaine a recommencé, le mois dernier, à délivrer des permis de forage en eaux profondes dans le Golfe. Le Congrès, lui, n’a toujours pas légiféré sur l’une des principales questions soulevées par la marée noire, à savoir l’engagement des compagnies pétrolières dans le renforcement des réglementations environnementales.

 


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