Deepwater Horizon: la FDA jugée laxiste sur le poisson

Le 19 octobre 2011 par Romain Loury
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Des experts américains critiquent la Food and Drug Administration (FDA) pour ne pas avoir pris assez au sérieux la pollution du poisson et des fruits de mer par les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), due à la marée noire d’avril 2010 dans le golfe du Mexique.
 
Suite à l’explosion de la plate-forme pétrolière Deepwater Horizon, 37% des eaux fédérales ont été fermées à la pêche, avant d’être progressivement toutes rouvertes. Pas de panique pour la FDA: les niveaux de HAP observés dans le poisson et les fruits de mer n’ont jamais dépassé la cote d’alerte [JDLE].
 
Constat un peu trop optimiste, estiment trois expertes de l’ONG californienne National Resource Defense Council (NRDC) [1]. Dans un article publié dans la revue Environmental Health Perspectives (EHP), elles relèvent plusieurs omissions de la FDA dans ses calculs. Des oublis qui suscitent des craintes quant aux personnes les plus vulnérables, dont les femmes enceintes et les enfants en bas âge.
 
Entre autres critiques, la FDA n’a calculé de seuil de sécurité que pour des personnes pesant 80 kilogrammes en moyenne [1], et n’a travaillé que sur la consommation moyenne des Américains. Pas sur celle des personnes vivant sur le golfe du Mexique, qui mangent 5 fois plus de crevettes que la moyenne nationale.
 
Autre problème, la FDA a négligé l’effet cancérigène du naphtalène, principal HAP, pour ne s’occuper que de ses autres effets sanitaires, au risque de sous-estimer le risque cancéreux d’un mélange de HAP. Même problème pour la durée d’exposition, que l’agence estime à 5 ans: lors d’autres marées noires, la présence de HAP dans les fruits de mer a été détectée jusqu’à 13 ans après la catastrophe.
 
Résultat: la cote d’alerte calculée par les trois expertes pour le naphtalène serait d’environ 10.000 fois plus faible que celle fixée par la FDA! En tenant compte des chiffres de l’agence, elles aboutissent à 4.094 cas supplémentaires de cancer pour un million de femmes, voire 20.214 cas pour un million de femmes enceintes.
 
Accusée de ne pas utiliser les méthodes les plus récentes de calcul des risques, la FDA fait innocemment remarquer, dans un courrier de réponse, qu’utiliser les valeurs des expertes reviendrait à exclure «de nombreux aliments» dont « les bénéfices nutritionnels dépassent le risque négligeable lié aux HAP».
 
[1] Il s’agit de Miriam Rotkin-Ellman, Karen Wong et de Gina Solomon, ces deux dernières travaillant à l’université de Californie de San Francisco.
[2] La FDA ne s’est pas intéressée au risque d’exposition au stade fœtal, notent les trois experts.


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