Deepwater Horizon : chronique d’une catastrophe annoncée

Le 08 septembre 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La plupart des installations électriques n'étaient pas conçues pour éviter les explosions.
La plupart des installations électriques n'étaient pas conçues pour éviter les explosions.

Toutes les erreurs ou presque ont été commises durant les heures qui ont précédées l’explosion de la plateforme louée par BP. C’est ce qu’affirme le rapport interne du pétrogazier qui accuse ses prestataires de ne pas avoir respecté les bonnes pratiques de l’offshore. Pour mieux se dédouaner ?

 

Une fois de plus, BP crée l’événement ! A l’origine de la plus dramatique marée noire qu’aient connue les Etats-Unis, le pétrogazier britannique joue latransparence. Mercredi 8 septembre, la compagnie a mis en ligne le rapport d’enquête interne sur les causes de la catastrophe. Une opération vérité que ses avocats et analystes lui avaient pourtant déconseillé. Qu’importe !

 

En près de 200 pages, BP établit sa vision des faits. Un réquisitoire qui s’ajoutera, sans doute, à ceux que rédigent les Gardes-Côtes, le Bureau of Ocean Energy Management Regulation and Enforcement Joint Investigation et une commission établie par la Maison blanche. A quoi s’ajoutera le dossier à charge de l’inévitable commission d’enquête parlementaire. En attendant, sans doute, que la justice ne s’en mêle.

 

Le 20 avril dernier, dans les heures qui suivent l’explosion de laplateforme Deepwater Horizon , BP constitue sa propre équipe de limiers. Carte blanche est donnée à cette cinquantaine d’experts. Des semaines durant, ils épluchent les plans des installations pétrolières, contrôlent les enregistrements des instruments de mesure, interrogent les personnels de BP et de ses prestataires. Les courriers électroniques de toutes les parties sont regardés à laloupe. Une véritable enquête de police !

 

Pour ces spécialistes, l’explosion et le naufrage de la plateforme semi-submersible est imputable à une dizaine de causes majeures. Si l’on part du bas (le puits) vers le haut (les installations de surface), le premier problème concerne l’anneau de ciment spécial qui devait empêcher les infiltrations indésirables d’hydrocarbures dans le tubage du puits.

 

Dans son rapport, BP estime que le parapétrolier Halliburton, responsable de cette partie du chantier, a coulé, dans la nuit du 19 au 20 avril, un ciment non-conforme aux caractéristiques du puits Macondo. Résultat : le coulis n’a pas fait obstacle à l’huile et au gaz qui ont pu remonter vers la plateforme sans y être invités. Au moment du drame, Deepwater Horizon est en cours de qualification. Elle ne doit entrer en production que quelques jours plus tard.

 

Peut-être sous l’effet d’un relâchement d’azote, le verrou suivant (baptisé le Shoe Track) n’a pas, lui non plus, fonctionné. Pour un motif que les enquêteurs de BP ne s’expliquent toujours pas.

 

Dans la matinée du 20 avril, les techniciens de Transocean (propriétaire et exploitant de la plateforme) réalisent des tests de pression pour établir l’intégrité du puits. Après épluchage des données, BP estime qu’au moment où les tests de pression négative et positive sont conduits, cette intégrité du puits n’est pas du tout démontrée. Cela aurait dû suffire pour interrompre les opérations. Ce qui n’a pas été le cas. A 19 h 55, les résultats des tests sont déclarés « positifs ». A bord, les techniciens de BP approuvent.

 

Tout aussi grave, les techniciens et ingénieurs de Transocean et de Sperry (une filiale d’Halliburton) n’ont pas vu, sur leurs appareils de mesure, que le flexible reliant le puits à la plateforme était envahi d’hydrocarbures. Or, le guide de contrôle des puits de Transocean stipule que ce flexible doit faire l’objet d’une surveillance de tous les instants.

 

Du fait, probablement, de ce manque d’attention, les tardives réactions correctives ne peuvent éviter la catastrophe. Pour tenter de faire retomber la pression exercée par les hydrocarbures, des techniciens orientent le flux d’huile et de gaz vers un dégazeur situé sur la plateforme. Ce gros séparateur sépare le liquide du gaz. Mais il n’est pas conçu pour traiter d’importants volumes. Le gaz s’échappe dans l’atmosphère par une ouïe.

 

Un nuage d’hydrocarbures se forme alors au dessus de Deepwater Horizon. Une situation que n’avait pas prévu ses concepteurs. Seuls deux des quartiers de la plateforme ont des installations électriques conçues pour ne pas provoquer d’explosion.

 

A 21 h 47, alors que les installations subissent des vibrations de plus en plus intenses, les sirènes d’alarme retentissent. Moins de 2 minutes plus tard, la plateforme est secouée par deux violentes explosions.

 

Les déflagrations tuent 11 membres d’équipage et en blessent 17. Elles déconnectent aussi les câbles électriques qui relient la plateforme à un dispositif de fermeture du puits. Les hydrocarbures continuent d’alimenter l’incendie qui ravage désormais la plateforme. Tous les espoirs des sauveteurs résident désormais dans le système de fermeture automatique qui doit s’activer de lui-même en cas d’incident sérieux. Hélas, aucun des deux systèmes de commande ne fonctionnent : le premier à cause de sa batterie à plat ; le second en raison d’une valve défectueuse.

 

Erreurs de conceptions, non-respect des règles de sécurité, maintenance approximative, la liste des fautes commises par les opérateurs de Deepwater Horizon est longue. Et probablement pas exhaustive. Car, sous couvert de son opération vérité, BP dévoile son jeu : ce sont les pratiques de ses prestataires qui sont en cause. Traduction : à eux de payer la facture financière (nous en sommes déjà à plus de 8 milliards de dollars) et judiciaire. Il n’est pas sûr que les autorités américaines et les nouveaux accusés l’entendent de cette oreille.



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