Deepwater Horizon : après la marée, les nuages noirs

Le 17 mai 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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C’est la première bonne nouvelle depuis le naufrage de Deepwater Horizon, le 22 avril. Dimanche 16 mai, des responsables de BP ont confirmé le démarrage d’un nouveau dispositif destiné à réduire le flux de pétrole qui s’échappe dans l’Atlantique. Un tube flexible de 12 centimètres de diamètre a été inséré, par 1.500 mètres de profondeur, dans la canalisation principale ( 1 m de diamètre) qui reliait le puits à la plate-forme accidentée. Couplé à un système d’injection de méthanol et d’eau de mer chauffé, ce riser permet de pomper une partie du brut vers l’Entreprise, un pétrolier réquisitionné pour l’occasion.


Selon les estimations de BP, ce système de fortune pourrait permettre de récupérer les trois quarts du volume de la fuite. Une estimation jugée très optimiste par certains spécialistes. Pour Satish Nagarajaiah, professeur d’ingénierie à l’université Rice de Houston, ce siphonage pourra tout juste capter 15 à 20 % de l’huile. Très critiquée pour sa promptitude à octroyer des permis de forage offshore, l’administration Obama a saisi la balle au bond. Dans un communiqué publié conjointement, le secrétaire à l’Intérieur, Ken Salazar, et la secrétaire à la sécurité intérieure, Janet Napolitano, ont indiqué que « cette technique n’est pas la solution au problème. » BP ne le prétend pas non plus.


Le pétrogazier britannique prépare toujours son opération « top kill ». En clair, il s’agit d’injecter sous forte pression un mélange de boue et de matériaux plus solides pour colmater le puits sous-marin. Mais l’opération est difficile à mettre au point. Et personne n’imagine que les premiers essais puissent intervenir avant une dizaine de jours. Parallèlement, une plate-forme de secours a commencé à forer des puits qui permettront d’assécher complètement le gisement fuyant.


La semaine passée, la communauté scientifique s’est émue d’une nouvelle découverte. Au cours d’une mission en mer, des océanographes de l’université de Géorgie ont découvert de vastes (plusieurs kilomètres carrés) et épais panaches sombres au fond de la mer. Panaches qui ont été trop rapidement qualifiés de nappes de pétrole brut. « Ce ne sont pas des nappes de pétrole, précise Christophe Rousseau, adjoint au directeur du Centre de documentation, de recherche et d’expérimentation sur les pollutions accidentelles des eaux (Cedre), car le pétrole léger du golfe du Mexique remonte forcément à la surface. Faute de données exploitables, nous en sommes réduits aux hypothèses. Il s’agit peut-être d’un mélange d’eau, de pétrole, de gaz et de dispersants. »


Quelle que soit leur nature, ces nuages sous-marins inquiètent. D’une part, parce qu’il s’agit d’un phénomène inédit dans l’histoire de la dépollution des mers. D’autre part, parce que la dégradation des hydrocarbures par les micro-organismes marins consomme l’oxygène dissous dans l’eau. Or, selon la biogéochimisteSamantha Joye , certaines zones proches desdits nuages ont perdu le tiers de leur concentration d’oxygène. De là à évoquer la création de zones anoxiques, il y a un pas que les scientifiques n’ont pas encore franchi.


Cette découverte a relancé la polémique sur le volume des fuites. Officiellement, 5.000 barils s’échappent, chaque jour, du puits MC 252. Mais, au vu des images prises par les robots sous-marins, certains experts estiment le flux réel à 25.000, voire 80.000 barils par jour. Des chiffres que ne confirment ni BP, ni l’administration américaine.



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