DEEE : le «un pour un» est en panne

Le 20 avril 2009 par Sonia Pignet
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Une étude réalisée par l’association de consommateurs CLCV montre que le dispositif de collecte dit «un pour un» n’est toujours pas véritablement opérationnel. De trop nombreuses enseignes organisent mal, voire pas du tout, le système de reprise des anciens appareils lors de l’achat d’un nouvel équipement.

Si l’objectif de collecte des DEEE (déchets d’équipements électriques et électroniques) de 4 kilos par habitant et par an (kg/hab/an) a été atteint en 2008 pour la première fois, il reste encore des progrès à faire pour respecter la directive européenne. Cette dernière impose en effet leur reprise gratuite par les distributeurs lors de la vente d’un équipement similaire. Or cette mesure, dite de «un pour un», est loin d’être appliquée par toutes les enseignes, et encore moins lorsqu’il s’agit de vente par internet. C’est ce que révèle un sondage mené par l’association de consommateurs et d’usagers CLCV (1) auprès de 1.044 personnes. «Lors d'un achat en magasin, 23% seulement des personnes interrogées se sont vu proposer la reprise d'un ancien équipement», indique l’enquête. Pour les achats effectués via internet, c'est encore pire: dans 87% des cas, il n'y a pas eu de proposition de reprise. Et le comble: CLCV a constaté des cas où la reprise a été payante, «ce qui est formellement interdit», rappelle Stéphane Bernhard, juriste en environnement au sein de l’association.
Point positif du sondage: les consommateurs semblent informés au sujet de l’éco-contribution, puisqu’ils sont 81% à connaître le dispositif du «un pour un». «Force est de constater que beaucoup de professionnels ne jouent pas le jeu», en conclut Stéphane Bernhard, qui accuse les enseignes de «passivité». Pourtant, même si la mesure est contraignante, notamment en termes logistiques, les distributeurs sont indemnisés lorsqu’ils regroupent des DEEE pour leur collecte.

Pour Christian Brabant, directeur d’Eco-systèmes, l’un des 4 éco-organismes agréés pour ce type de déchets, et le plus important en termes de tonnages collectés en France, «il faut que le dispositif ‘un pour un’ devienne un terrain de conquête pour les enseignes». Pour décider les récalcitrants à mettre en place ou à améliorer la visibilité du «un pour un» dans leurs magasins (ou sur leur site internet), «il faut donc amener les distributeurs à passer de l’acceptation de la reprise à la proposition de reprise», estime-t-il. Certaines marques jouent d’ailleurs déjà cette carte et font même du zèle en proposant du «deux pour un» (deux produits repris pour un seul acheté) ou même du «un pour zéro». Un positionnement qui fait mouche auprès des consommateurs, si l’on en croit le sondage sur la «consommation durable» réalisé en mars dernier pour FCD (2). En tête des initiatives jugées utiles par les consommateurs se trouvait en effet la reprise des produits usagés pour le recyclage, avec 72% de sondés qui la plébiscitaient.

«En 2008, les DEEE provenant de distributeurs ont représenté 48% de nos tonnages de DEEE collectés, soit un peu plus de 92.000 tonnes sur 192.800 (16,2 millions d’appareils)», indique-t-il. C’est donc un gisement important. Conscient de l’enjeu, Eco-systèmes a réuni 40 enseignes fin mars pour lancer l’initiative «zéro défaut pour le un pour un». Objectif: mettre en place des outils de communication et de formation des vendeurs. Car même si le dispositif existe chez certaines enseignes, il souffre parfois d’un manque de visibilité.

Cependant, tous les DEEE ne sont pas logés à la même enseigne. Dans le secteur de la téléphonie mobile, «c’est peut être le consommateur qui n’est pas très actif, et a du mal à se séparer de son ancien appareil», souligne Stéphane Bernard. Alors que les téléviseurs et les gros appareils électroménagers se classent en tête des équipements repris lors de l’achat d’un nouveau (et particulièrement les appareils de froid), les téléphones portables sont bon derniers. «Le ratio mise sur le marché/reprise est de 30% pour le froid, et de 1,5% pour les téléphones», indique Christian Brabant.

Un gisement qu’il faudra sûrement aller chercher dans les années à venir. Le projet de révision de la directive DEEE prévoit en effet un objectif de collecte en 2016 représentant 65% de la moyenne de la mise en marché des deux années précédentes. S’il était appliqué aujourd’hui, cela représenterait environ 14 kg/hab. Et comme le marché d’ici 2016 d’équipements électriques et électroniques devrait croitre de 20 à 30%, les efforts de collecte devront nettement s’intensifier.

(1) CLCV: Confédération de la consommation, du logement et du cadre de vie
(2) FCD: Fédération des entreprises du commerce et de la distribution


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