Déclin de la biodiversité : des causes bien identifiées

Le 06 mai 2019 par Victor Miget
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Les changements d’usage des terres manifestent leurs effets sur 75% de la surface terrestre.
Les changements d’usage des terres manifestent leurs effets sur 75% de la surface terrestre.
IPBES

Le rapport de la plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPEBS) met en cause l'utilisation des terres, l'exploitation directe des organismes (plantes, animaux), le changement climatique, les pollutions; et les espèces invasives sont montrées du doigt.

 

Un million d’espèces animales et végétales menacées d’extinction. Soit une espèce sur 8. Voilà le bilan du premier rapport d’évaluation de l’IPEBS. «La santé des écosystèmes dont nous dépendons, ainsi que toutes les autres espèces, se dégradent plus vite que jamais. Nous sommes en train d’éroder les fondements même de nos économies, nos moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, la santé et la qualité de vie dans le monde entier», constate Robert Watson, son président.

Des causes bien identifiées

Un recul de la biodiversité qui est imputable à l’activité humaine, dont 5 facteurs aggravants ont été clairement identifiés par les experts. En l’occurrence, les changements d’usage des terres; l’exploitation directe des organismes (plantes, animaux); le changement climatique; la pollution et les espèces exotiques envahissantes. «Ces 5 facteurs directs résultent d’un ensemble de causes sous-jacentes (les facteurs indirects de changement), à leur tour sous-tendues par des valeurs et des comportements sociétaux qui incluent les modes de production et de consommation, la population humaine, la dynamique et les tendances, le commerce, les innovations technologiques et locales par le biais de la gouvernance mondiale.»

Chaque milieu touché différemment

Les changements d’usage des terres, comprendre la déforestation, manifestent leurs effets sur 75% de la surface terrestre. Depuis 1970, par exemple, la production des cultures vivrières a triplé: il fallait bien nourrir une population qui, dans le même temps, a doublé. Cette course à la productivité alimentaire a épuisé les sols. 23% des terres connaissent déjà une réduction de leur productivité agricole en raison de la dégradation des sols.

La couverture forestière représente aujourd'hui 68% de ce qu'elle était à l'ère préindustrielle, et elle a baissé de 290 millions d'hectares (6%) entre 1990 et 2015.

Aliens. Autre mal et non des moindres, les espèces animales et végétales invasives. Leur nombre a bondi de 40% depuis 1980. C’est l’une des conséquences de l’augmentation des échanges commerciaux. D’après les conclusions du rapport, 1/5e de la surface de la Terre est menacée d’invasion.

Ce grignotage est à mettre en parallèle avec un doublement de la superficie urbaine depuis 1992 et une consommation galopante. Ces 50 dernières années, la population humaine a plus que doublé, l'économie mondiale a été multipliée par 4 et le commerce mondial par 10. «Nous serons 10 milliards en 2050, c'est un problème dont nous parlons au même titre que le Giec[1]. C'est un des grands facteurs d'impact, mais il va de pair avec l'augmentation de la consommation des ressources naturelles», estime l’halieute Yunne-Jai Shin (Institut de recherche pour le développement –IRD). Une démographie galopante, elle aussi, aux besoins toujours plus importants, conduit nécessairement à une explosion de la demande en énergie et en matériaux. Un constat valable sur terre comme sur mer.

En 2015, 33% des stocks de poissons marins ont été exploités à des niveaux non durables et 60% à leur niveau maximum, 7% à un niveau inférieur à celui estimé comme étant durable. A cette pression s’ajoute «la pollution terrestre et marine, y compris par les réseaux fluviaux, et le changement d’utilisation des sols et de la mer, y compris le développement côtier des infrastructures et de l’aquaculture», détaille le rapport.

Une pollution endémique

Côté pollution justement, le constat n’est pas plus reluisant. 300 à 400 millions de tonnes de métaux lourds, de solvants, de boues toxiques, etc. sont rejetées dans les eaux chaque année et 80% des eaux usées se retrouvent dans l'environnement sans traitement. Déversées par les fleuves, ces pollutions du quotidien consomment l’oxygène de l’océan. Les scientifiques recensent 400 ‘zones mortes’ s’étendant sur 245.000 kilomètres carrés: plus que la superficie du Royaume-Uni.

La pollution marine par les plastiques a décuplé depuis 1980. Elle touche au moins 267 espèces, dont 86% des tortues marines, 44% des oiseaux de mer et 43% des mammifères marins

Le perturbateur climatique

Le rapport insiste évidemment sur le facteur climatique. Il rappelle que l’homme est responsable d’un réchauffement d'environ 1°C depuis la fin du XVIIIe siècle. Un rythme qui s’accélère: depuis 30 ans, la température moyenne globale augmente de 0,2° C par décennie.

Le réchauffement climatique aggrave les autres causes de l’érosion de la biodiversité. Fréquence et intensité des phénomènes climatiques extrêmes, incendies, inondations et sécheresses, montée du niveau de la mer. Autant de perturbateurs qui agissent sur la répartition des espèces (diminution des aires de répartition), la phénologie, ou encore sur les écosystèmes (blanchiment des coraux, etc.).

 

[1] Giec: Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat



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