Déchets nucléaires: un inventaire controversé

Le 01 juillet 2009 par Sonia Pignet
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Mardi 30 juin, l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) a rendu public son inventaire triennal des matières et déchets radioactifs. Les associations dénoncent le manque de contre-expertise.

1.152.533 mètres cubes de déchets radioactifs ont été répertoriés fin 2007, soit 2 kilogrammes par an et par habitant. 68,8% de ces déchets sont dits de faible et moyenne activité à vie courte (FMA-VC dans le jargon), composés essentiellement de déchets issus de l’exploitation et de la maintenance des installations nucléaires. 20,1% appartiennent à la catégorie très faible activité et proviennent pour la plus grande partie du démantèlement des installations nucléaires ou d’industries classiques utilisant des matériaux radioactifs; les pourcents restants se partagent entre les déchets de faible activité à vie longue (FA-VL), de moyenne activité à vie longue (MA-VL) et de haute activité (HA). Ces derniers sont les résidus du recyclage des combustibles nucléaires. S’ils ne représentent que 0,2% du volume des déchets, ils sont responsables à presque 95% de la radioactivité totale des déchets radioactifs français. C’est l’Andra qui le dit, et le publie sur son site internet, en vertu de la loi du 28 juin 2006, qui précise que la mise à disposition du public de ces informations fait partie de ses missions. Tous ces chiffres sont donc tirés de l’inventaire 2009, présenté hier à la presse.

Pour chaque type de déchets, l’Andra estime les quantités qu’il y aura à gérer dans les années à venir, et présente les solutions de stockage décidées par elle-même, «puisque l’inventaire se veut maintenant un véritable outil de gestion à long terme», indique François-Michel Gonnot, président du conseil d’administration de l’agence. Depuis un décret d’avril 2008 (1), ce document est en effet une donnée du Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs.

Pour le réaliser, l’Andra collecte les déclarations des producteurs de déchets, puis les vérifie via son comité de pilotage, présidé par la directrice générale de l’Andra, Marie-Claude Dupuis, et composé de membres extérieurs à l’agence (ministère en charge de l’environnement et de l’énergie, Autorité de sûreté nucléaire, représentants des producteurs de déchets et, à titre d’observateur, quelqu’un de l’Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques et quelqu’un de la Commission nationale d’évaluation). Pas d’association de protection de l’environnement, donc. «Le Comité a été mis en place en 2001, sans association. Mais nous n’excluons pas la possibilité d’envisager leur présence», indique Christine Trentesaux, en charge de l’inventaire à l’Andra. Pour l’instant, Marie-Claude Depuis a eu beau répéter que «l’inventaire est un outil de transparence», ce n’est pas l’avis de toutes les associations.

«Les associations sont écartées de la gestion des déchets radioactifs», déplore Arnaud Gossement, porte-parole de France nature environnement. Le choix des deux communes de l’Aube pré-selectionnées pour accueillir les déchets FA-VL d’ici 2019 illustre cette constatation, puisqu’aucune concertation avec les parties civiles n’a eu lieu, rappelle FNE qui regrette par ailleurs que la loi de 2006 n’ait fait qu’aggraver les choses, alors qu’elle devait apporter plus de transparence. «L’Andra est exploitant, juge et parties, et il n’y a pas de contre-expertise. Il faut la croire sur parole. Elle est désormais détachée de la tutelle politique», estime Arnaud Gossement.

«Nous n’avons aucun rôle à jouer au niveau de l’inventaire, souligne Christine Gilloire, une ancienne de FNE, en charge des questions nucléaires. Nous n’intervenons que pour des questions de sites pollués et de petit nucléaire familial», c’est-à-dire les objets radioactifs encore en circulation (type montres ou minéraux de collection, objets au radium à usage médical, etc.) ou les logements contaminés au radon, via la Cnar, la Commission nationale des aides dans le domaine radioactif. Une commission qui comprend également l’association Robin des bois. Si «la Cnar fonctionne bien», estime Charlotte Nitard, porte-parole de Robin des bois, l’inventaire pose problème. L’association a transmis à l’Andra des informations sur des sites de stockage de cendres de charbon. «Nous n’avons pas été avertis de la diffusion de l’Inventaire, regrette-t-elle. Et les sites que nous avons signalés ne figurent pas dans l’inventaire». Explications de l’Andra: «Si les producteurs de déchets ne les déclarent pas, nous n’investiguons pas». Pour l’inventaire 2009, le contexte réglementaire (décrets publiés en 2008) a été un peu tardif. Cependant, l’Andra estime que le rapport est «très dense et intéressant, mais pas directement exploitable». «Nous en tiendrons compte pour le prochain inventaire», indique Christine Trentesaux.

(1) Dans le JDLE «Parution d'un décret relatif à la gestion des déchets radioactifs»


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