Déchets militaires: 275.000 tonnes à traiter

Le 16 juillet 2009 par Sonia Pignet
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31_decembre_2005_la_coque_q_790_quitte_le_port_de_toulon_les_travaux_de_desamiantage_ont_dure_10_mois
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Le 2 juillet dernier s’est tenue la troisième et dernière conférence du cycle Défense et environnement, organisé par le bureau d’études 3BConseils. Militaires, associations de défense de l’environnement et pouvoirs publics ont notamment débattu sur les progrès à accomplir en matière de traitement des déchets d’armement. Une synthèse des discussions est remise cette semaine au ministre de la Défense.

170 coques de navires et engins flottants, 800 aéronefs, 27.000 missiles, torpilles et autres roquettes, 95.000 tonnes de véhicules et blindés, des milliers de tonnes d’équipements électroniques. Au total, ce sont 270.000 tonnes de matériel militaire qu’il va falloir démanteler, dépolluer et recycler, entre 2009 et 2015. «Un challenge, presque un business», commente Xavier Lebacq, Ingénieur général de l’armement au Conseil général de l'armement du ministère de la défense, et co-auteur l’année dernière d’un rapport sur le sujet (1). Une opération qui devrait coûter entre 90 et 160 millions d’euros, selon les cours des métaux recyclables, d’après les estimations de la Direction générale de l’armement. Pour l’heure, dans le cadre du «Brienne de l’environnement», la déclinaison du Grenelle de l’environnement au sein du ministère de la défense, «108 millions € sont programmés pour les missions de démantèlement», a rappelé Eric Lucas, directeur de la mémoire, du patrimoine et du développement durable dans ce ministère.

Pour certains déchets, pas de problème majeur. C’est le cas des DEEE, qui sont gérés par la Direction interarmées des réseaux d’infrastructure et des systèmes d’information (la Dirisi), et suivent deux filières. Les DEEE de technologie civile partent en filière de démantèlement classique, avec une étape de broyage surveillée lorsqu’il s’agit de matériel informatique confidentiel. Les autres DEEE nécessitent plus de prudence, car ils sont généralement plus denses, et peuvent contenir des matières dangereuses telles que de l’amiante, des PCB ou encore du mercure. Il faut donc plus de temps pour les traiter, via des filières adéquates. «Si cela alourdit la facture, la forte densité de ces DEEE permet cependant aux industriels de récupérer plus de matière valorisable», précise Xavier Lebacq. «Il faut prendre des précautions supplémentaires, mais ce n’est pas un problème non résolu», indique-t-il.

Les principales difficultés des déchets militaires proviennent des munitions. Leur destruction s’apparente à une activité pyrotechnique, et exige des moyens techniques et financiers considérables. De plus «leur vieillissement accroit énormément le danger, du fait notamment que la substance détonante devient liquide», a rappelé l’amiral Joël Duroux, conseiller militaire du groupe Etienne Lacroix, une des rares sociétés françaises capables de recycler ce type de matériel. La France s’est engagée à détruire son stock de 22.000 MLRS (systèmes de lance-roquettes multiples) après avoir ratifié en mai dernier un traité d’interdiction des armes à sous-munitions. En y ajoutant les quelques milliers de tonnes d’autres munitions à détruire, il faudra traiter 20.000 tonnes de ces munitions entre 2009 et 2015. La France ne disposant pas des installations nécessaires, «la quasi-totalité d’entre elles pourraient bien être éliminées en Allemagne», estime Xavier Lebacq dans son rapport.

Enfin, se pose le problème du recyclage des navires. Les péripéties du Clémenceau (2) ont mis en lumière les difficultés liées à ces infrastructures. Pour l’instant, aucune convention ne leur est spécifiquement consacrée puisque celle de l’Organisation maritime internationale (Omi), signée le 11 mai dernier (3) à Hong-Kong, est destinée aux navires civils. «Mais on peut espérer que les pays qui l’auront signée feront du démantèlement propre et sûr avec les navires militaires également», a expliqué Xavier Lebacq.

La table ronde organisée lors de cette conférence a aussi été l’occasion de mettre en avant la réduction à la source de ces déchets. Stephan Robinson, directeur du programme international de désarmement de l’ONG Green Cross International, a ainsi dénoncé l’entrainement militaire avec du matériel réel et appelé à l’éco-conception du matériel militaire. «Les pays devraient, outre le coût d’achat, tenir compte des coûts sur l’ensemble du cycle de vie, y compris le démantèlement et la restauration des sites», a-t-il indiqué.

Dans le document remis hier au ministère de la défense, 3BConseils suggère quelques pistes, comme la mise en place d’un think tank («réservoir à idées») avec un rapport périodique faisant force de proposition ou encore le développement de la formation professionnelle. La société espère également que le travail initié avec le programme Défense et environnement se poursuive à travers de nouvelles conférences régulières.

(1) Voir la synthèse du rapport «Le démantèlement des matériels d’armement»
(2) Dans le JDLE «Le Clemenceau à nouveau devant la justice»



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