Déchets: faible connaissance des risques professionnels

Le 07 mars 2006 par Ludivine Hamy
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Contrairement à d’autres pays développés, la France dispose de très peu de statistiques sur les risques professionnels liés au secteur des déchets. Dans son dossier «Déchets et risques professionnels», l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) souligne que «ces risques sont souvent sous-estimés ou mal évalués.»

Aujourd'hui, en France, près de 100.000 salariés travaillent dans le secteur des déchets, dont près de la moitié dans les activités de collecte et de traitement des ordures ménagères. En 2003, les taux de fréquence et de gravité des accidents du travail subis par les salariés du secteur ont été 3 fois plus élevés que dans l'ensemble des activités relevant du régime général de la Sécurité sociale. Telles sont les données dont on dispose aujourd'hui pour cerner la problématique des risques professionnels dans le secteur des déchets: autant dire que c'est peu.

«On manque cruellement de publication sur ce thème», souligne Philippe Thoumelin, médecin du travail et membre du réseau Santé Déchets. «Les industriels, même s'ils prennent bien en compte les risques pour leurs salariés, sont discrets sur le sujet.» A la base, les entreprises du secteur des déchets ne sont soumises à aucune réglementation particulière en matière d'hygiène et sécurité. Elles dépendent simplement du Code du travail et doivent donc respecter les principes généraux de la prévention (éviter les risques, combattre les risques à la source, adapter le travail à l'homme…). «Il y a un vrai décalage entre la pression réglementaire en matière d'environnement à laquelle est soumis ce secteur et celle en matière d'hygiène-sécurité, explique Alain Chollet, responsable du dossier déchets à l'INRS. Si les contraintes étaient plus importantes concernant la santé et la sécurité des travailleurs, la prise en compte de cette problématique serait certainement meilleure.»

Car le problème ne vient pas forcément des grands groupes (Véolia Propreté, Sita) qui sont bien sensibilisés à la question et bénéficient des structures nécessaires (Comité d'hygiène et de sécurité des conditions de travail, médecin du travail) pour la mise en oeuvre d'une véritable politique de prévention et de maîtrise des risques (document unique). Les risques concernent plutôt les salariés des petites structures qui cumulent à la fois faiblesse du suivi médical, absence d'instance représentative et mauvaise sensibilisation du chef d'entreprise.

Cette dispersion des structures de travail se double, en outre, d'une extrême diversité dans la nature des déchets à manipuler (déchets d'équipement électrique et électronique –DEEE-, ordures ménagères, déchets chimiques, tubes fluorescents…) et des activités effectuées (collecte, tri, traitement). «On sait que les rippeurs sont plus sujets à des accidents du travail que d'autres types de salariés du secteur des déchets», déclare Alain Chollot. Un constat confirmé par Philippe Thoumelin: «De nombreuses études internationales ont démontré les risques micro-biologiques liés à la manipulation de déchets. Ainsi, lorsqu'un travailleur fait tomber une poubelle, il s'expose à un nuage de bio-aérosols (bactéries, champignons…) susceptibles de provoquer des irritations des voies aériennes et digestives ou de la peau.» En septembre 2005, sur la base d'études internationales, la revue Info santé déchets (1) soulignait également l'impact sanitaire des activités de compostage, révélant que «les salariés des centres de compostage présentent significativement plus de symptômes respiratoires (trachéobronchites, sinusites...), de symptômes cutanés, ou de nausées que les salariés de la collecte des déchets organiques, et surtout plus que les salariés témoins.» Il en va de même pour les activités de stockage qui occasionnent tout particulièrement des irritations oculaires et des maux de gorge (2).

«Avec le changement de l'Agence française de sécurité sanitaire environnementale (Afsse) en Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (Afsset), on assiste à un changement dans le bon sens, vers une meilleure prise en compte du risque professionnel. Mais l'évolution risque d'être lente, étant donnée la complexité et l'hétérogénéité du secteur des déchets», conclut Philippe Thoumelin. Autre signe positif: l'INRS travaille actuellement avec l'association technique du commerce et de la grande distribution (Perifem) sur les risques liés à la reprise des DEEE par la grande distribution. Un guide devrait bientôt voir le jour.

(1) Info santé déchets, N°49 septembre 2005

(2) Info santé déchets, N°48, juillet 2005


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